La mort de George Floyd relance en France le débat sur les violences policières
Rechercher

La mort de George Floyd relance en France le débat sur les violences policières

Des militants et collectifs français veulent imposer durablement "les violences policières" dans le débat public alors que l'exécutif réfute l'utilisation même du vocable

La police anti-émeute française prend position devant des manifestants "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées, à Paris, le 15 décembre 2018. (Crédit : Valery Hache / AFP)
La police anti-émeute française prend position devant des manifestants "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées, à Paris, le 15 décembre 2018. (Crédit : Valery Hache / AFP)

La mort de George Floyd résonne particulièrement en France où le décès de cet Américain noir donne un nouvel écho à ceux qui dénoncent les violences policières ciblant les minorités et accusent les autorités de ce pays de « déni ».

Malgré une interdiction des autorités régionales en raison de la crise sanitaire, au moins 20 000 personnes ont répondu mardi à Paris à l’appel du comité de soutien à la famille d’Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans mort en région parisienne en 2016 après son interpellation. Un « succès » populaire inédit pour les militants et associations engagés dans la lutte contre les violences policières en France.

Mais ceux-ci espèrent « plus » et veulent imposer durablement « les violences policières » dans le débat public alors que l’exécutif français réfute l’utilisation même du vocable.

En France, « on vit dans le déni. Toutes celles et ceux qui dénoncent les violences policières racistes sont jetés en pâture dans les médias. Les politiques et des ministres montent au créneau pour protéger la corporation », estime Amal Bentounsi, membre du collectif « Urgence notre police assassine ».

Une manifestante portant un masque facial et un T-shirt portant la mention « Justice pour Adama » lors d’une manifestation après que des experts médicaux français ont disculpé les gendarmes impliqués dans l’arrestation d’Adama Traoré, un jeune homme noir décédé en garde à vue en 2016, devant le Palais de justice de Paris, le 2 juin 2020. (Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

« Les Français n’osent pas se positionner sur le sujet de peur de se faire taxer d’anti-flic, d’antirépublicain, sauf qu’en France, on a des George Floyd », assure la militante, citant le cas de Cédric Chouviat, un livreur de 42 ans décédé à l’issue d’un contrôle routier début janvier à Paris.

Le président de SOS Racisme Dominique Sopo dénonce pour sa part « le racisme qui traverse les forces de l’ordre comme aux Etats-Unis ». « On est dans une doctrine de l’interpellation et non de la protection de la population et on finit par avoir des policiers qui peuvent traiter un Egyptien de ‘bicot' » (terme péjoratif et raciste désignant un Arabe nord-africain, proféré lors d’une interpellation en région parisienne en avril, NDLR).

« Brebis galeuses »

Violences, discriminations : à l’appui de leurs propos, militants et associatifs rappellent qu’en novembre 2016, dans une décision inédite, la Cour de cassation a condamné l’Etat français sur la base de recours de treize personnes d’origine africaine qui dénonçaient des contrôles policiers injustifiés, parfois associés à des palpations et insultes, dans le quartier d’affaires de la Défense.

« Il faut sanctionner les brebis galeuses », plaide Youcef Brakni, du comité La Vérité pour Adama, avec dans son viseur une réforme de la police des polices en France, une revendication portée par quelques personnalités politiques.

Face à ces accusations, le préfet de police de Paris et le directeur général de la police (DGPN) sont montés au créneau. « Non, la police en France n’est pas raciste », a déclaré le DGPN Frédéric Veaux.

Sur quelque 1 500 enquêtes judiciaires confiées à la police des polices en 2019, seule une trentaine concernerait des faits de racisme ou de discrimination qui appellent le cas échéant, « les sanctions les plus sévères », a-t-il ajouté, mettant en garde contre les tentatives de « récupération » et les « analogies » avec les Etats-Unis.

Christophe Castaner, le 24 mai 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

Devant le Sénat, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a promis que chaque faute ou mot raciste dans la police feraient l’objet d’une « sanction », et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a assuré qu’il n’y avait « pas de violence d’Etat instituée dans notre pays.

Pour le chercheur Mathieu Zagrodzki, « il y a des différences » entre la France et les Etats-Unis, notamment « dans le rapport à la violence, la circulation des armes à feu, et le mandat que l’on donne à la police ».

« En France, la police blesse beaucoup, mais elle tue peu. Les polices américaines tuent plus d’un millier de personnes par an, pour 320 millions d’habitants. La police et la gendarmerie en France, une vingtaine », avance M. Zagrodzki, auteur d’un ouvrage sur ces deux polices.

Ancien policier et président de l’association Agora des citoyens, de la police et de la justice, Christophe Korell appelle à renouer le dialogue, notamment dans certaines banlieues françaises.

« On a perdu la proximité avec ces citoyens car on s’est coupé de 90 % de la population qui y vit à cause des 10 % qui forment un noyau délinquant », estime M. Korell, ex-officier de police judiciaire.

S’il ne nie pas que la police soit confrontée à des problèmes de racisme, c’est le cas de « toute la société française ». Ni plus ni moins, selon lui.

« On a des policiers qui ont toute l’année le nez dans la misère sociale. Les policiers ont parfois du mal à s’extraire, à prendre du recul. De là naît le danger de la généralisation ».

Sa solution ? « De la formation, à l’école et tout au long de la carrière, et du suivi psychologique. »

Capture d’écran d’une vidéo montrant un motard de la police, à gauche, brandissant son arme à feu alors que lui et d’autres motards de la police sont menacés par des manifestants sur les Champs-Élysées, à Paris, le 22 décembre 2018. (Crédit : LINE PRESS / AFP)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...