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La nomination de Mojtaba Khamenei, plus radical que le père, montre que le régime ira jusqu’au bout

Le successeur du guide suprême iranien assassiné "n'aura pas d'autre choix" que d'accroitre la répression même si la guerre prend fin, estime un responsable pour lequel le monde "va regretter son père"

Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 30 octobre 2024. (Crédit : Bureau du Guide suprême/AFP)
Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 30 octobre 2024. (Crédit : Bureau du Guide suprême/AFP)

DUBAI (Reuters) — La direction cléricale iranienne a choisi la confrontation et non le compromis en nommant Mojtaba Khamenei comme successeur de son père, Ali Khamenei – un geste que les autorités régionales analysent comme un reproche direct au président américain Donald Trump, selon lequel la candidature du fils était tout bonnement « inacceptable ».

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a été tué le 28 février dernier au tout premier jour des bombardements américano-israéliens en Iran, suivis de tirs de missiles et de drones iraniens dans toute la région.

La nomination de Mojtaba par l’Assemblée des experts est un signe du maintien des durs au pouvoir à Téhéran — ce qui pourrait bien impulser une nouvelle dynamique à la guerre de l’Iran contre les États-Unis et Israël et se répercuter bien au-delà du Moyen-Orient.

« Le fait de nommer Mojtaba successeur est une reconduction de la même politique », analyse Alex Vatanka, chercheur principal à l’Institut du Moyen-Orient. « Pour les États-Unis, c’est très humiliant de mener une opération de cette ampleur et prendre autant de risques pour tuer un homme de 86 ans au final remplacé par son fils, plus intransigeant encore. »

Au sein du système complexe et théocratique qui prévaut en Iran, le guide suprême est l’autorité suprême, y compris en matière de politique étrangère et de nucléaire. C’est aussi lui qui guide le président élu et le parlement.

Selon les spécialistes de la question, le choix de Mojtaba, religieux des plus intransigeants dont l’épouse, la mère et d’autres proches ont été tués par des frappes américano-israéliennes, envoie un message on ne peut plus clair, à savoir que les dirigeants iraniens refusent tout compromis et mettent au-dessus de tout la protection du régime, fût-ce au prix d’une confrontation, faite de vengeance et d’obstination.

Selon des sources internes, Mojtaba serait aux prises avec de très fortes tensions tout autant internes qu’externes, entre une population mécontente et un conflit qui ne fait qu’empirer, et il est probable qu’il agisse rapidement pour asseoir son pouvoir.

À gauche, photo fournie par le bureau du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’un discours à Téhéran le 17 février 2026. (Document / KHAMENEI. IR / AFP) ; à droite, Mojtaba Khamenei, fils du leader suprême iranien assassiné, l’ayatollah Ali Khamenei, assiste à un événement pour la Journée de Jérusalem à Téhéran, le 31 mai 2019. (Morteza Nikoubazl/NurPhoto/Reuters)

Cela passera sans doute par davantage de pouvoir pour le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), une surveillance intérieure accrue et une répression généralisée pour écraser toute forme de dissidence.

« Le monde regrettera l’époque de son père », a estimé auprès de Reuters un responsable régional proche de Téhéran. « Mojtaba n’aura d’autre choix que de faire preuve d’une main de fer… même si la guerre prend fin, il y aura une sévère répression en interne. »

Avant cette nouvelle guerre, l’Iran avait fait face à plusieurs mois de troubles intérieurs de plus en plus graves — les plus sanglants depuis la Révolution islamique de 1979 —, lesquels avaient affaibli la République islamique.

Affligé d’une économie malade, avec une inflation galopante, une monnaie profondément dévaluée et une pauvreté endémique, l’Iran a de surcroît été le théâtre d’une dure répression qui a nourri la colère des manifestants — il est possible que cela ne fasse qu’empirer avec la guerre.

De sombres perspectives

Des jours difficiles s’annoncent sous la férule de Mojtaba, avec une surveillance intérieure et une répression plus strictes encore et une posture internationale encore plus agressive et hostile, estime un autre Iranien au fait de la question, depuis le terrain.

Selon Paul Salem, chercheur principal à l’Institut du Moyen-Orient, Mojtaba n’a pas été nommé pour parvenir à un accord avec les États-Unis ou changer d’axe diplomatique.

« Ceux qui prennent le pouvoir en ce moment ne sont pas là pour le compromis », estime Salem. « C’est un choix dur, fait dans un moment difficile. »

Aux yeux des religieux iraniens, qui sont nombreux à qualifier l’Amérique de « Grand Satan », l’assassinat d’Ali Khamenei, la plus haute autorité religieuse de la République islamique, en a fait un « martyre ».

Des personnes portent des portraits du guide suprême iranien assassiné, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une manifestation contre les États-Unis et Israël, en pleine guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, après la prière de vendredi à Téhéran, en Iran, le 6 mars 2026. (AFP)

Ils voient désormais en lui un héros, qu’ils comparent à l’imam Hussein — symbole chiite du sacrifice et de la résistance à l’oppression.

« Mojtaba est pire et plus dur que son père », renchérit Alan Eyre, ancien diplomate américain et spécialiste de l’Iran, et qu’il était le candidat préféré des Gardiens de la Révolution. « Il va y avoir un grand désir de vengeance. »

Ce calcul ne va pas sans risques. Israël a fait savoir que le successeur de Khamenei, quel qu’il soit, serait une cible et Trump a déclaré que la guerre ne prendrait fin qu’une fois la direction militaire iranienne et l’élite dirigeante éliminées.

Un nouveau dirigeant depuis longtemps opposé aux réformistes

Puissant religieux, Mojtaba, 56 ans, s’oppose depuis longtemps aux groupes réformistes désireux de nouer des liens avec l’Occident. Sa proximité avec les hauts responsables religieux et le CGRI — qui domine les forces de sécurité iraniennes et son économie et orchestre le réseau régional iranien de mandataires hostiles à Israël — lui confère un levier au sein des institutions politiques et coercitives de l’État.

Il s’est fait un nom, du vivant de son père, en devenant un personnage incontournable de l’appareil de sécurité et de l’immense empire commercial qu’il contrôle, agissant pendant des années comme l’aide d’Ali Khamenei et, au quotidien, comme une sorte de « mini-leader suprême », estiment les spécialistes.

La campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran s’est intensifiée, avec des frappes conjointes contre des dépôts de carburant et d’autres cibles en Iran et des missiles et drones iraniens qui frappent les États du Golfe, ce qui ne fait qu’étendre le périmètre du conflit.

Un épais panache de fumée s’élevant d’un dépôt pétrolier touché par une frappe israélienne le 7 mars soir à Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

Mojtaba a étudié auprès de religieux les plus conservateurs dans les séminaires de Qom, cœur de l’érudition théologique chiite.

En 2019, le Trésor américain lui avait imposé des sanctions au motif qu’il représentait de facto le guide suprême quand bien même il n’ait jamais été élu ou nommé à des postes publics.

Selon une source du Golfe très au fait de la pensée des gouvernements régionaux, la nomination de Mojtaba « … indique à Trump et Washington que l’Iran ne reculera pas, qu’ils comptent se battre jusqu’au bout. »

Salem, de l’Institut du Moyen-Orient, compare la trajectoire de l’Iran à celle de l’Irak sous Saddam Hussein après 1991 ou de la Syrie sous Bachar al-Assad après 2012 — des gouvernements qui ont survécu à des années de guerre et d’isolement mais ont progressivement perdu le contrôle.

« Ils redoublent d’intransigeance », conclut Salem. « À l’intérieur, c’est terrible — et profondément déstabilisant. »

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