La police fait une descente musclée dans une ville bédouine après plusieurs jours d’affrontements
Les habitants de Tarabin parlent de grenades assourdissantes lancées dans des maisons et de gaz lacrymogènes tirés sur la mosquée : « On se croirait à Tulkarem » ; la police fait état de 16 arrestations et de la saisie de munitions de Tsahal

Lundi après-midi, des centaines d’agents de la police et de la police des frontières lourdement armés ont fait une descente à Tarabin al-Sana, en usant de tactiques de style militaire dans cette ville bédouine du sud du pays sur fond d’intensification des opérations policières dans le Neguev.
Quelques jours plus tôt, quatre habitants de la ville auraient mis le feu à des véhicules des quartiers juifs voisins. Trois suspects ont été interpelés dans la journée.
Considérés comme des actes de « vengeance » suite aux opérations policières menées dans la ville, ces incendies criminels ont provoqué la venue, dimanche, du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, qui s’est engagé à lutter contre la criminalité dans la région et, plus globalement, dans le sud d’Israël.
Alors que la pluie tombait sur le désert, des dizaines de fourgonnettes de la police des frontières se sont lentement frayé un chemin jusqu’à Tarabin al-Sana. Des policiers vêtus de casques anti-émeute et d’équipements tactiques ont pénétré dans des maisons tandis que des agents de la police montée patrouillaient dans les rues inondées.
La police a bouclé les entrées du village à l’aide de parpaings, une pratique de plus en plus courante dans les villes bédouines du Neguev, mais pas exempte de controverse au sein des forces de l’ordre. L’opération s’est poursuivie jusqu’au soir.
Les habitants se sont dits alarmés par le comportement des policiers lors de cette descente. Selon Haaretz et Ynet, la police aurait fait usage de grenades assourdissantes dans des maisons, brisé des fenêtres et tiré des gaz lacrymogènes sur une mosquée lors de la prière.
« Ils entrent dans les maisons et arrêtent de jeunes hommes. Ils viennent d’arrêter mon frère, qui a 28 ans : j’ignore pourquoi », confie un résident de Tarabin al-Sana que Haaretz nomme Yasser.
« Il y a un hélicoptère de la police, des chevaux, un canon à eau. On se croirait à Tulkarem », poursuit-il en évoquant une ville de Cisjordanie. « Je ne sais pas ce qu’ils veulent. »
Dans un communiqué, la police a annoncé l’arrestation de 16 suspects activement recherchés et la saisie de munitions et d’équipements militaires, non sans ajouter que les agents ont émis des ordonnances restrictives interdisant à 19 criminels présumés de se rendre dans le sud d’Israël. « L’opération continuera aussi longtemps que nécessaire », a indiqué la police.
Avant le raid, des dizaines de camionnettes de la police des frontières ont été aperçues près d’une station-service, à proximité de Tarabin al-Sana, manifestement avant l’incursion. Les bases de l’Armée, quant à elles, ont renforcé leur préparation à la défense pour « raisons opérationnelles ».
La police n’a pas précisé l’objectif de cette opération mais a indiqué qu’elle visait à « renforcer la gouvernance, faire respecter l’État de droit et apporter une réponse claire et nette à toute tentative d’activité criminelle grave ».
Lors de cette descente, le chef du parti Raam, Mansour Abbas, a dénoncé à la Knesset ce qu’il a qualifié d’influence indue de Ben Gvir sur les forces de l’ordre. Lors d’une réunion de faction, il a accusé le ministre d’extrême droite d’ « ingérence dans le travail de la police ».
« La police doit agir conformément à la loi et avec professionnalisme », a-t-il déclaré en appelant les forces de l’ordre à « respecter les droits des citoyens afin de garantir leur sécurité et d’agir de manière appropriée pour vaincre la criminalité et la violence. »
« Les citoyens arabes ne doivent pas être traités comme des ennemis, et les villes arabes comme si elles se trouvaient en dehors des frontières d’Israël », a ajouté Abbas.
À la nuit tombée, Ben Gvir a publié une vidéo pour parler du raid.
« Je dis à tous ces délinquants qui pensaient nous menacer, à tous ces contrevenants qui ne veulent pas que nous continuions à démolir des maisons, à infliger des amendes de circulation et à entrer dans Tarabin que la police est là pour les retrouver et leur faire payer le prix de leurs méfaits », a déclaré Ben Gvir.
Depuis la mi-novembre, la police renforce sa présence dans les zones bédouines du Neguev dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre la criminalité violente, la contrebande d’armes et les infractions au code de la route – une initiative de Ben Gvir et du chef de la police, Danny Levy.
L’opération, baptisée Nouvel Ordre, a d’ores et déjà donné lieu à une dizaine de raids de grande ampleur dans des villes du Neguev, à commencer par Tarabin al-Sana, Lakiya, Tel Sheva ou encore Hura.
Dans l’ensemble, les riverains n’ont pas bien accueilli ces raids, en lesquels ils sont nombreux à voir des atteintes à leurs droits de citoyens israéliens.







