La supériorité aérienne d’Israël à l’œuvre dans le ciel iranien
"Hatovim la-tays" est un slogan célèbre en Israël, popularisé dans les années 1960 pour encourager les recrues à s'inscrire aux cours de pilotage

Depuis une semaine, l’aviation israélienne frappe l’Iran avec une précision dévastatrice et a éliminé, dès les premiers instants de la guerre, le guide suprême, Ali Khamenei, fruit de décennies d’expérience du combat et d’entraînement de ses pilotes au plus haut niveau.
L’offensive contre la République islamique d’Iran, lancée le 28 février par Israël en collaboration avec les États-Unis, témoigne d’une doctrine stratégique arrivée à maturité et de « vingt ans de préparation théorique et opérationnelle », souligne Sarah-Masha Fainberg, chercheuse en puissance militaire aérienne et spatiale à l’Université de Tel Aviv.
Avec un territoire étroit, Israël a bâti sa stratégie de sécurité nationale sur une doctrine de « défense offensive » : la protection du pays repose sur des frappes préventives de longue portée contre des cibles ennemies, explique Fainberg à l’AFP.
Israël ne vise pas une supériorité, mais une suprématie dans les airs, en s’appuyant sur sa flotte de quelque 320 avions de chasse.
En Iran, remarque-t-elle, les capacités aériennes d’Israël se déploient avec une efficacité inédite.
L’attaque a d’emblée ciblé le complexe du guide suprême à Téhéran, éliminant de nombreux hauts responsables de l’appareil sécuritaire.
« En 40 secondes, environ 40 hauts responsables » iraniens « ont été éliminés », avait affirmé jeudi le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée israélienne, qui a fait état de 2 500 frappes aériennes en six jours.
Mercredi, un avion de chasse furtif F-35I israélien a abattu un Yak-130 iranien au-dessus de Téhéran, a annoncé Tsahal, déclarant ainsi avoir établi un contrôle de facto du ciel au-dessus de la capitale iranienne.
« Les meilleurs seront pilotes »
L’historien militaire Danny Orbach fait remonter cette domination à des choix effectués dans les années 1960.
Selon ce maître de conférences à l’Université hébraïque de Jérusalem, Israël « a décidé d’investir une quantité disproportionnée de ressources dans son armée de l’air », au détriment parfois d’autres secteurs comme les missiles ou les forces terrestres.
En juin 1967 déjà, lors de la troisième guerre israélo-arabe, Israël avait pris le contrôle du ciel en détruisant 90 % de la chasse égyptienne lors de son attaque initiale surprise.
Avec une population de dix millions d’habitants et des voisins hostiles, Israël a intégré depuis longtemps qu’il ne pourrait pas rivaliser avec ses ennemis en nombre de soldats ou de chars.
« Il faut une capacité asymétrique », analyse Orbach.
« Et la décision a été prise d’investir dans l’armée de l’air. »
Cet investissement « s’est étendu à une formation de pilotes exceptionnellement rigoureuse », ajoute Fainberg, pour qui « les pilotes israéliens sont les mieux entraînés au monde ».
« Hatovim la-tays » en hébreu, « Les meilleurs seront pilotes », est un slogan célèbre en Israël, popularisé dans les années 1960 pour encourager les recrues à s’inscrire aux cours de pilotage.
Il a contribué à faire de l’armée de l’air un pôle d’excellence.
Selon Orbach, l’avantage d’Israël dans les airs est également lié à la culture de l’armée de l’air, où les pilotes disposent très vite d’une grande autonomie pour décider de la meilleure façon de remplir leurs missions.
Répartition du travail
Un autre pilier du succès d’Israël est le degré d’intégration opérationnelle avec les États-Unis, ajoute Fainberg.
« C’est une guerre menée en anglais », dit-elle, une campagne aérienne conjointe avec une « répartition claire du travail ».
Israël se concentre sur l’ouest et le centre de l’Iran, y compris Téhéran, tandis que les États-Unis visent les régions du sud et la marine iranienne, et tentent de protéger leurs bases dans les pays du Golfe.
Pour la première fois, Israël bénéficie également du ravitaillement en vol américain.
La chercheuse y voit un facteur déterminant du succès de cette campagne, qui a permis à l’aviation israélienne de tirer « 6 000 munitions » durant les six premiers jours de l’Opération « Lion rugissant », d’après les chiffres de Tsahal.
Israël a également mis à profit des années de collecte de renseignements, recourant à des technologies de pointe, à la cyberdéfense et à des opérations clandestines, pour sélectionner ses cibles, explique Shlomo Mofaz, directeur du Centre Meir Amit d’information sur les renseignements et le terrorisme.
« L’effort principal vient bien sûr du renseignement militaire israélien, l’Aman, et de l’unité 8200, chargée du renseignement électronique et de la cybersurveillance, mais aussi d’autres capacités du Mossad, les services de renseignement extérieurs », ajoute-t-il.
L’effondrement des capacités de défense iraniennes a encore renforcé la domination d’Israël.
La République islamique d’Iran dispose aujourd’hui d’une aviation faible, en partie à cause des sanctions américaines, puis internationales, qui la frappent depuis plusieurs décennies.
Les frappes israéliennes répétées sur son territoire en avril et octobre 2024, puis en juin 2025, ont également affaibli sa défense antiaérienne.
En outre, les défenses aériennes iraniennes ont été paralysées par les capacités israéliennes en matière de cyberattaque, de renseignement et de brouillage, des outils sophistiqués développés grâce à une étroite collaboration entre le secteur technologique israélien et son armée, comme le souligne Orbach.







