La vie juive reprend son cours à Gdańsk
La communauté de la ville polonaise rebâtit son riche héritage après les tragédies de la Shoah
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Aujourd’hui forte d’une soixantaine de familles, ce qui représente 100 à 150 membres actifs avec les enfants, la communauté juive de la ville portuaire de Gdańsk en Pologne (connue autrefois sous le nom de Danzig) connaît un renouveau regain de résilience.
Selon les estimations rapportées par Ynetnews, plusieurs centaines de personnes d’origine juive non répertoriées vivraient également dans l’agglomération qui regroupe Gdańsk, Sopot et Gdynia.
L’implantation juive dans cette région de la mer Baltique remonte aux Xᵉ et XIᵉ siècles, portée principalement par des marchands itinérants empruntant les voies maritimes. Durant les XIVᵉ et XVᵉ siècles, sous la domination de l’Ordre Teutonique, la résidence permanente y était strictement interdite aux Juifs.
Le tournant majeur a eu lieu au milieu du XVᵉ siècle lors du rattachement de la ville au Royaume de Pologne. Bien que la municipalité ait maintenu des lois restrictives, les commerçants juifs ont obtenu l’autorisation de commercer durant les grandes foires, ce qui a entraîné l’émergence de faubourgs juifs en dehors des limites de la ville. Ce n’est qu’au XIXᵉ siècle, grâce à l’émancipation sous le régime prussien, que les Juifs de Gdańsk ont acquis la pleine égalité des droits.
En 1887, les cinq petites communautés locales se sont unies en une seule entité : ce fut le début d’un « âge d’or » qui a atteint son apogée dans les années 1920, avec près de 10 000 habitants juifs dans la « Ville libre de Dantzig ».
Suite à l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, en 1933, la situation s’est rapidement détériorée. Dans le sillage des pogroms de la Nuit de Cristal en 1938, durant lesquels les institutions juives ont subi de lourds dégâts, les dirigeants communautaires ont pris une décision tout autant stratégique qu’héroïque, à savoir vendre les biens de la communauté — y compris la prestigieuse Grande Synagogue — pour financer l’émigration des habitants.
Grâce à cette initiative, ce sont près de 7 000 personnes qui ont pu quitter l’Europe, beaucoup pour la terre d’Israël (certains à bord du navire Atlantic). Avant leur départ en 1939, les responsables ont expédié la « Collection de Dantzig » — dix grandes caisses renfermant des objets rituels rares, de la Judaïca et des rouleaux de la Torah — en dépôt au Jewish Theological Seminary (JTS) de New York.
Il avait été convenu que si une communauté juive libre renaissait à Dantzig, ce trésor lui serait restitué.
Les 1 500 Juifs restés sur place ont été déportés vers les camps d’extermination (principalement au camp voisin de Stutthof) et assassinés. Près de 120 enfants ont pu être sauvés avant la guerre, évacués vers le Royaume-Uni grâce aux convois des Kindertransport, ce que commémore une statue en bronze sur le parvis de la gare centrale.
La vie juive locale s’articule aujourd’hui autour de la Nouvelle Synagogue, située dans le quartier de Wrzeszcz.
C’est le seul lieu de culte juif de la ville à avoir survécu aux destructions de la Seconde Guerre mondiale. Saisie après le conflit et transformée en école de musique, elle a été restituée à la communauté en 2007.
Affiliée à l’Union des communautés religieuses juives de Pologne (ZGWŻ), elle comprend une salle de prière pour Shabbat et les fêtes, une cuisine strictement casher, un musée, des salles d’étude ainsi qu’une grande salle de spectacle à l’étage.
Ses responsables — le président Michael Samet, son adjoint Michael Rucki et Marek Brand (chargé de la culture) — assurent la gestion quotidienne et les offices.
La communauté doit composer avec plusieurs problèmes d’infrastructures : en l’absence d’école ou de jardin d’enfants à temps plein, un enseignement religieux est dispensé le dimanche et lors d’ateliers. Faute de commerce ou de restaurant casher permanent, les fidèles s’approvisionnent via les listes d’aliments certifiés dans la grande distribution ou commandent de la nourriture dans d’autres villes.
En outre, il n’y a ni rabbin permanent, ni mohel (circonciseur) résidant à Gdańsk. La communauté est placée sous la direction spirituelle du Grand Rabbin de Pologne, Michael Schudrich, qui se trouve à Varsovie, et les mohalim doivent venir de Varsovie, Berlin ou des États-Unis.
Enfin, en l’absence de mikvé, les pratiquants doivent faire près de 3 heures de train pour se rendre à Varsovie ou Łódź, voire à Berlin. L’immersion dans la mer Baltique ou les lacs voisins demeure difficile en raison des températures glaciales.
Comme le résume Ayelet Mamo Shay interrogée par Ynetnews : « La communauté juive de l’actuel Gdańsk n’est pas la communauté florissante du XIXᵉ siècle, mais elle porte fièrement le flambeau du souvenir. Une visite à la synagogue du quartier de Wrzeszcz et une rencontre avec les membres de la communauté locale nous relie à cette histoire de survie, de continuité et ce désir puissant de garder la flamme juive allumée, envers et contre tout ».
la Communauté du Times of Israël !







