La vraie histoire de la série « Hunters », les chasseurs de nazis
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La vraie histoire de la série « Hunters », les chasseurs de nazis

L'esthétique du spectacle est plus proche de la bande dessinée que du livre d'histoire, mais ses histoires et ses intrigues sont basées sur de nombreux événements réels

Un extrait de "Hunters", une nouvelle série d'Amazon. (Avec l'aimable autorisation de Amazon Studios)
Un extrait de "Hunters", une nouvelle série d'Amazon. (Avec l'aimable autorisation de Amazon Studios)

(JTA) – « Hunters », la nouvelle série coproduite par Jordan Peele et créée par David Weil pour Amazon Prime, raconte l’histoire d’une équipe de chasseurs nazis dans l’Amérique des années 1970. Ils sont dirigés par un homme mystérieux nommé Meyer Offerman, qui a un fort accent yiddish et est joué par nul autre qu’Al Pacino.

La série a suscité des critiques mitigées et soulevé des questions sur l’éthique des Juifs qui se vengeaient violemment. Mais il y a une autre question qui reste en suspens : Y avait-il autant de nazis en Amérique dans les années 1970 qu’il fallait pourchasser ?

La série, qui met en vedette plusieurs stars juives – Logan Lerman, Saul Rubinek, Josh Radnor et Carol Kane, qui jouent tous des chasseurs de nazis – est une fiction exagérée. Son esthétique est plus proche de la bande dessinée que du livre d’histoire, mais ses histoires et ses intrigues sont basées sur un certain nombre d’événements réels.

Détaillons donc les faits de la fiction nazie sur le mélodrame de l’après-Shoah.

Les chasseurs de nazis ont-ils existé dans l’Amérique des années
1970 ?

La réponse à cette question est un peu compliquée – oui, dans les décennies qui ont suivi la Shoah, des universitaires et des survivants juifs et non juifs ont œuvré pour traduire les nazis en justice. Certains étaient américains et d’autres européens.

Mais « Hunters » exagère le côté dramatique de la traque, pour ainsi dire.

L’équipe de chasseurs de nazis de la série est un groupe équipé et prêt à l’action, composé d’un vétéran de l’armée (joué par Louis Ozawa Changchien), de la star de cinéma Lonny Flash (Josh Radnor), de deux experts en armes (Saul Rubinek et Carol Kane), d’un crocheteur de serrures (Tifanny Boone) et d’une nonne britannique (Kate Mulvany).

Il va sans dire que les véritables chasseurs sur lesquels ils se basent formaient un groupe moins éclectique et moins glamour.

Al Pacino (à gauche) dans un extrait de « Hunters », une nouvelle série d’Amazon. (Avec l’aimable autorisation de Amazon Studios)

Les vrais chasseurs de nazis n’ont pas non plus apprécié le côté obscur à la Bruce Wayne, du personnage d’Offerman interprété par Al Pacino et son groupe de chasseurs. Ils ne se sont pas non plus mis à torturer clandestinement les nazis avec du fumier de cheval (oui, cela se passe dans la série) et à les assassiner, pour autant que nous le sachions.

Mais ils ont réussi à découvrir et à traduire en justice certains criminels de guerre nazis.

Qui étaient donc ces véritables chasseurs de nazis ?

En fait, il y en a trop pour les nommer. Mais voici les plus célèbres.

Le plus connu était probablement Simon Wiesenthal, qui a survécu à quatre camps de concentration. Wiesenthal et son épouse, Cella, ont perdu environ 89 membres de leur famille à cause des nazis.

Simon Wiesenthal était un écrivain autrichien et un chasseur de nazis. (SeM/Universal Images Group via Getty Images via JTA)

Il a commencé sa chasse aux nazis peu après avoir été libéré du camp de Mauthausen. Encore émacié et frêle, Wiesenthal commença à rassembler les noms et les informations sur les nazis et leurs collaborateurs, des gardes aux fonctionnaires de la Gestapo.

Après la guerre, Wiesenthal a lancé le Centre de documentation de l’Association des victimes juives du régime nazi à Vienne dans les années 60 et est devenu un agent du Mossad. Bien qu’il n’ait probablement pas contribué à la capture d’Adolf Eichmann, comme certains ont été amenés à le croire, il a aidé à retrouver d’autres nazis, notamment Karl Silberbauer, l’officier de la Gestapo qui a arrêté Anne Frank, et Franz Stangl, le commandant des camps de Treblinka et de Sobibor. Il a également fourni des renseignements clés sur de nombreux anciens responsables nazis. Wiesenthal est mort en 2005.

En 1977, l’année où se passe « Hunters », le rabbin Marvin Hier a créé le Centre Simon Wiesenthal aux États-Unis (Wiesenthal n’était pas personnellement affilié au centre). L’année suivante, Hier nomme un autre chasseur de nazi, Efraim Zuroff, à la tête du centre, qui se décrit comme « une organisation mondiale des droits de l’homme qui fait des recherches sur la Shoah et la haine dans un contexte historique et contemporain”.

Le chasseur de nazis Efraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal, durant une interview accordée au « Times of Israel », le 17 août 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Zuroff, 71 ans, originaire de New York, vit à Jérusalem. Son travail a conduit au procès de plus de 40 nazis et de leurs collaborateurs, et il travaille toujours à traduire les criminels nazis en justice.

Puis il y a eu Serge et Beate Klarsfeld, qui ont récemment remporté un prix national du livre juif pour leurs mémoires sur leur période de chasse aux nazis.

Serge est un juif roumain dont le père a été tué à Auschwitz. Beate est allemande, et ses parents, bien que n’étant pas nazis, ont voté pour Hitler comme chancelier avant la Seconde Guerre mondiale. Elle a été confrontée pour la première fois aux atrocités commises par le régime nazi en tant que jeune fille au pair à Paris.

C’est également en France qu’elle a rencontré et épousé Serge. Par leur travail de recherche et leur activisme, les Klarsfeld ont contribué à traduire en justice des nazis et leurs sympathisants de Vichy, comme Klaus Barbie, le fonctionnaire SS surnommé « le boucher de Lyon ».

Beate et Serge Klarsfeld posent avant de recevoir un prix du US Holocaust Memorial Museum à Washington D.C., le 29 avril 2019. (Ron Kampeas/JTA)

Les Klarsfeld ont été arrêtés à plusieurs reprises au cours de leur carrière de chasseurs de nazis, notamment Serge en Allemagne en 1972 pour avoir tenté de kidnapper l’ancien fonctionnaire SS Kurt Lischka et Beate en Syrie pour avoir tenté de capturer Alois Brunner, l’assistant d’Eichmann.

En 1969, Beate a interrompu une réunion du Reichstag en Allemagne de l’Ouest pour crier au Chancelier allemand Georg Kiesinger : « Vous êtes un nazi ! »

Après cela, selon le Guardian, elle « a interrompu un meeting politique en bondissant sur l’estrade et en le giflant ». Elle a été condamnée à un an de prison et a passé quatre mois derrière les barreaux.

Y-avait-il vraiment des Nazis dans les années 1970 en Amérique ?

La majorité des criminels de guerre nazis en fuite sont allés en Amérique du sud après la guerre en passant par des itinéraires de fuite surnommés les « échelles de corde ». Des pays comme l’Argentine et le Brésil sont devenus des havres de paix où ces officiels nazis pouvaient vivre dans l’anonymat.

Mais on pense que des milliers de nazis ont également fui aux Etats-Unis. Il y a eu quelques cas marquants de nazis arrêtés aux Etats-Unis. Hermine Braunsteiner Ryan a été la première Nazie arrêtée aux Etats-Unis. On la surnommait la « jument qui piétine de Majdanek ». Cette garde était tristement connue pour tuer des prisonniers juifs à coups de pied.

Après la guerre, elle a rencontré son mari américain, Russell Ryan. Elle a ensuite immigré en Nouvelle Ecosse, au Canada, puis aux Etats-Unis, où elle s’est installée dans le Queens, à New York – non loin du lieu où se déroule une bonne partie de « Hunters ».

Sur cette photo du 9 novembre 2005, un couple marche le long de la barrière extérieure de l’ancien camp de la mort Nazi à Majdanek, autour de Lublin dans l’est de la Pologne. (AP Photo/Czarek Sokolowski)

C’est Wiesenthal qui a aidé à la capture de Braunsteiner Ryan en se basant sur des renseignements qu’il avait reçus d’un survivant de Majdanek. Braunsteiner Ryan a renoncé d’elle-même à sa citoyenneté américaine et a été extradée vers l’Allemagne de l’Ouest en 1973. Elle a été condamnée à une peine de prison à vie en 1981 mais a été libérée en 1996 à cause de sa santé défaillante. Elle est morte trois ans plus tard.

Il y aussi eu le cas de Feodor Fedorenko, un garde ukrainien au camp d’extermination de Treblinka. Fodorenko vivait à Waterbury dans le Connecticut. Il a seulement été retrouvé en 1977. Trois ans plus tard, il a été extradé en Union soviétique, où il a été jugé, condamné à mort et exécuté.

Boļeslavs Maikovskis était un collaborateur nazi letton qui était entré aux Etats-Unis en 1950. Il avait menti sur son implication avec les nazis dans sa demande de visa. En 1965, un tribunal letton a reconnu Maikovskis, qui vivait à Mineola dans l’Etat de New York, coupable de meurtre pour sa collaboration avec les nazis. Mais Maikovskis est resté aux Etats-Unis jusqu’en 1987, où il est clairement apparu qu’il serait extradé vers l’Union soviétique et probablement condamné à mort.

Il y a peut-être d’autres Nazis que nous ignorons – et ils pourraient toujours vivre parmi nous.

A LIRE : Le centre Wiesenthal révèle une liste de 12 000 nazis en Argentine

Dans le livre de 2014 « Les Nazis de la porte d’à côté : Comment l’Amérique est devenue un havre de paix pour les hommes d’Hitler », le journaliste Eric Lichtau écrit que les agences américaines d’espionnage ont recruté au moins 1 000 anciens collaborateurs nazis pendant la Guerre froide et plusieurs de ces espions nazis ont été récompensés en obtenant la citoyenneté américaine.

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