L’ADL annonce un « Mamdani Monitor » chargé du suivi de l’administration entrante
Selon Greenblatt, l'ADL est "profondément inquiète de ce que les 4 prochaines années pourraient présager pour les New-Yorkais juifs" ; "ce maire ne nous soutiendra pas", alerte-t-il

JTA — Mercredi, alors que New York se réveillait avec un nouveau maire, les groupes juifs qui avaient rejeté Zohran Mamdani ont dû prendre une décision, et déterminer comment ils devaient réagir face à un élu dont les critiques virulentes à l’égard d’Israël allaient à l’encontre de leurs convictions profondes.
Leurs premières réactions ont été diverses : découragement ou optimisme, recherche d’unité ou mise en place d’un champ de bataille.
Jonathan Greenblatt, le directeur de l’Anti-Defamation League, virulent critique de Mamdani tout au long de la campagne, a convoqué une réunion mercredi, afin d’échanger sur la manière d’aborder la nouvelle administration. Il a également annoncé la création d’un « Mamdani Monitor » (observatoire de Mamdani), un outil accessible au public permettant de suivre les politiques et les nominations de Mamdani, des décisions considérées par l’ADL comme faisant peser une menace sur la sécurité des Juifs.
« Nous sommes profondément inquiets de ce que les quatre prochaines années pourraient présager pour les New-Yorkais juifs : le discours antisémite qu’il a promu, les politiques antisémites qu’il a défendues, les radicaux antisémites auxquels il est notoirement affilié », a déclaré Greenblatt.
Greenblatt a notamment cité le soutien accordé par Mamdani au mouvement anti-Israël BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), ainsi que ses déclarations passées sur l’armée israélienne, comme autant de preuves attestant que « ce maire ne nous soutiendra pas ». Sous la direction de Greenblatt, l’ADL a restreint sa mission en matière de droits civiques, et s’est concentrée sur la lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme.
Après sa victoire, Mamdani devient le premier maire musulman de la ville sans majorité d’électeurs juifs, ceux-ci s’étant divisés en raison des critiques virulentes du candidat à l’égard d’Israël. D’après les premiers sondages de sortie des urnes de CNN, s’il a remporté un peu plus de 50 % des voix, il n’a bénéficié que de 33 % des voix juives, tandis que son adversaire, le pro-israélien Andrew Cuomo, a presque doublé ce score, avec 63 %.
Greenblatt a annoncé que l’ADL surveillait de près Mamdani, avec une liste d’exigences incluant notamment l’interdiction de nommer des personnes présentant des antécédents d’antisémitisme, la protection par la police de New York des synagogues et des écoles juives, ainsi que « un enseignement factuel et impartial sur le Moyen-Orient » dans les écoles. Il a également souligné « l’extrême importance » de maintenir les partenariats entre la police de New York et les services israéliens de contre-espionnage et de lutte contre le terrorisme.
Hindy Poupko, directrice de la stratégie à l’UJA-Federation of New York, a pour sa part fait savoir que son organisation se préparait à lutter contre les décisions potentielles de Mamdani qui s’aligneraient sur le mouvement BDS. L’UJA s’apprête, a-t-elle ajouté, faire pression pour élargir une ordonnance anti-BDS au niveau de l’État, adoptée par Cuomo en tant que gouverneur, afin qu’elle s’applique à la ville de New York.
« Nous devons étendre cette ordonnance de Cuomo à la mairie. En effet, tout engagement de l’administration Mamdani dans une activité, quelle qu’elle soit, qui serait liée au BDS aurait des conséquences désastreuses à bien des égards – sans parler des conséquences économiques catastrophiques pour les New-Yorkais – », a expliqué Poupko.
Interrogés sur la possibilité de rencontrer Mamdani, Greenblatt et Poupko ont tous deux donné des réponses nuancées.
« Je ne le rencontrerai pas seul », a indiqué Greenblatt. « Je suis convaincu que nous avons tous, en tant que Juifs, une responsabilité envers notre communauté. Je ne participerai pas à une telle rencontre sans la présence de l’UJA. Je ne participerai pas non plus à cette réunion sans un certain leadership spirituel. »
« La balle est dans son camp », a quant à elle répondu Poupko. Si Mamdani prend des mesures pour « rassurer les New-Yorkais juifs », alors les dirigeants de l’UJA le rencontreront, a-t-elle précisé.
Lors d’une conférence de presse, mercredi, Mamdani a par ailleurs été interrogé sur le « Mamdani Monitor » proposé par Greenblatt.
« Chacun est libre d’inventorier les actions de notre administration », a-t-il déclaré. « J’ai quelques doutes quant à la capacité de Jonathan à le faire de manière honnête, compte tenu du fait qu’il a précédemment prétendu que je ne m’étais rendu dans aucune synagogue, avant de devoir se corriger. »
En effet, en août, Greenblatt a affirmé à tort que Mamdani n’avait visité « aucune synagogue » au cours d’une interview accordée à CNBC, précisant par la suite avoir voulu dire que Mamdani ne s’était rendu dans aucune synagogue depuis les primaires de juin.
L’ADL et l’UJA ne sont pas les seules à déplorer la victoire de Mamdani. Dans un communiqué conjoint, le New York Board of Rabbis et d’autres institutions juives de premier plan de la ville ont ainsi déclaré : « Nous ne pouvons ignorer que le maire élu a des convictions fondamentales qui sont en contradiction totale avec les convictions les plus profondes et les valeurs les plus chères à notre communauté. » Ils ont ajouté qu’ils continueraient à travailler avec tous les échelons du gouvernement.
Le rabbin Marc Schneier, qui dirige la synagogue Hampton, sur Long Island, et qui a soutenu Cuomo, a annoncé qu’il prévoyait de créer la première école juive dans les Hamptons, dans le but d’offrir un refuge aux « milliers de familles juives » fuyant « le climat antisémite du New York de Mamdani ».
Pour sa part, la coalition juive républicaine (RJC) a qualifié la victoire de Mamdani de « résultat profondément inquiétant pour les New-Yorkais, et en particulier les New-Yorkais juifs », accusant l’ensemble de son parti de tolérer l’antisémitisme. « Dans ce pays, UN SEUL parti lutte contre l’antisémitisme et soutient Israël. Il s’agit du Parti républicain », a affirmé la coalition.
D’autres critiques passés de Mamdani ont quant à eux semblé désireux de passer à autre chose. Le milliardaire pro-Israël Bill Ackman, dont les attaques prolifiques et prolongées visant Mamdani durant la campagne prédisaient la survenue d’une apocalypse dans la ville en cas de victoire, a semblé vouloir faire la paix avec le maire élu, quelques heures seulement après avoir prédit la victoire de Cuomo.
« Félicitations pour votre victoire », a écrit Ackman à Mamdani sur le réseau social X. « Vous avez désormais une importante responsabilité. Si je peux vous apporter une aide à New York, faites-le moi savoir. »
Certains ont également insisté sur la nécessité de s’atteler à réparer les divisions qui ont agité les communautés juives tout au long de la campagne. Au lendemain de l’élection, l’Union for Reform Judaism, qui a exhorté ses rabbins à ne pas soutenir de candidats malgré la pression intense des fidèles, a appelé les Juifs à « participer à apaiser les tensions, à écouter avec bienveillance, et à prendre des mesures de nature à favoriser la réconciliation ».
« Les personnes raisonnables, de tous bords politiques et de toute la communauté juive, doivent aspirer à respecter leurs divergences d’opinion. Nous ferons notre part pour rassembler les gens sans effacer les différences réelles », a fait savoir le groupe, ajoutant qu’il se réjouissait de coopérer avec Mamdani, et qu’il le tiendrait responsable de « ses engagements à protéger les communautés juives et tous les New-Yorkais ».
Soulignant le fait que la mairie n’a pas de politique étrangère, l’organisation a annoncé qu’elle « n’hésiterait pas à riposter si des politiques ou des discours anti-Israël entraînaient des inquiétudes et un sentiment d’insécurité chez les New-Yorkais juifs profondément attachés à l’État juif ».
Pour d’autres dirigeants juifs, l’avenir sous Mamdani ne provoque ni consternation ni désir de prudence, mais plutôt un sentiment de jubilation. Les militants de groupes de gauche comme Jewish Voice for Peace et Jews for Racial and Economic Justice, qui ont soutenu l’ascension au pouvoir de Mamdani, ont fêté sa victoire mardi soir, lors de la soirée électorale. Plusieurs personnes présentes ont déclaré à la Jewish Telegraphic Agency qu’elles auraient enfin un allié à la mairie, qui partageait leur point de vue sur des questions telles que les inégalités de revenus ou les droits des Palestiniens.
La rabbin Lauren Grabelle Herrmann, qui dirige la synagogue SAJ, dans l’Upper West Side, a exhorté les fidèles, dont les réactions à l’élection étaient très variées, à garder à l’esprit leurs espoirs communs pour le bien-être de tous les Juifs et de tous les New-Yorkais.
Elle a cité le prophète Jérémie, écrivant : « Recherchez le bien-être de la ville où je vous ai exilés et intercédez auprès de l’Éternel en sa faveur, parce que votre propre bien-être est lié au sien. »







