L’ADL dévoile un pic électoral spectaculaire du harcèlement des journalistes juifs
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L’ADL dévoile un pic électoral spectaculaire du harcèlement des journalistes juifs

En un an, 2,6 millions de tweets contiennent des termes antisémites, provenant principalement de partisans de Trump, selon une étude

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Un tweet envoyé à Jonathan Weisman, qui represente le journaliste comme un prisonnier d'un camp de concentration alors que Donald Trump est son gardien nazi. (Crédit : Twitter via JTA)
Un tweet envoyé à Jonathan Weisman, qui represente le journaliste comme un prisonnier d'un camp de concentration alors que Donald Trump est son gardien nazi. (Crédit : Twitter via JTA)

WASHINGTON – Trois semaines avant que les Américains ne déposent leur bulletin dans l’urne pour décider du résultat d’une élection qui ne ressemble à aucune autre, la Ligue anti-diffamation (ADL) a publié un rapport soulignant le harcèlement antisémite en hausse à l’égard des journalistes qui a eu lieu depuis le début du processus électoral.

Bien que de nombreux journalistes juifs aient documenté leurs expériences après avoir été ciblés par des trolls sur les réseaux sociaux et ailleurs, la nouvelle étude quantifie ce phénomène.

Le groupe d’action de l’organisation, réuni en juin dernier, a montré qu’environ 800 journalistes avaient été l’objet de harcèlement antisémite entre août 2015 et juillet 2016, pour lequel environ 1 600 comptes sont responsables.

Le rapport annonce aussi qu’au total, 2,6 millions de tweets sur cette période contenaient des termes fréquemment associés à l’antisémitisme, et estime que ces tweets ont été vus 10 milliards de fois.

L’exposition élevée de ces attaques sur le populaire réseau social a mené la commission à affirmer son inquiétude devant une tendance qui pourrait « normaliser et renforcer » l’antisémitisme à grande échelle.

« Le pic de haine que nous avons vu sur Internet pendant cette élection est extrêmement troublant, et n’est pas comparable à tout ce que nous avons vu dans la politique moderne », a déclaré le président du groupe, Jonathan Greenblatt, dans un communiqué. « Il y a un demi-siècle, le KKK brûlait des croix. Aujourd’hui, les extrémistes brûlent sur Twitter. »

Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à Bangor, dans le Maine, le 15 octobre 2016. (Crédit : Sarah Rice/Getty Images/AFP)
Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à Bangor, dans le Maine, le 15 octobre 2016. (Crédit : Sarah Rice/Getty Images/AFP)

Bien que le rapport ne suggère pas que le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump, ou sa campagne, soient coupables de ce déchaînement, les individus présentant un tel comportement raciste s’identifient de manière disproportionnée comme des partisans de Trump.

Beaucoup ont été associés avec le mouvement de la droite alternative, qui est définie par un éthos extrémiste et un engagement à préserver l’influence de la « race blanche ». Sur les 1 600 biographies publiées par les attaquants sur Twitter, beaucoup comprennent les mots « conservateur », « nationaliste », « blanc » et « Trump », selon le rapport.

L’ADL avait rassemblé un groupe d’action cet été pour étudier la hausse de l’antisémitisme visant spécifiquement des journalistes.

Jonathan Greenblatt, président de l'ADL. (Crédit : autorisation)
Jonathan Greenblatt, président de l’ADL. (Crédit : autorisation)

Après la description par plusieurs journalistes juifs des discours violents, et dans certains cas des menaces qui leur étaient adressées, dont Julia Ioffe et Bethany Mandell, Jake Tapper de CNN, Jeffrey Goldberg de The Atlantic et Jonathan Weisman du New York Times, le groupe a décidé de convoquer des experts pour analyser ce qui se passait et proposer une réponse efficace.

Le comité est composé de membres des médias et d’universitaires d’importantes écoles de journalisme aux Etats-Unis, comme Steve Coll, doyen de l’école doctorale de journalisme de l’université Columbia, et Leon Wieseltier, ancien rédacteur littéraire de The New Republic, qui est à présent collaborateur de la rédaction de The Atlantic et chercheur à l’Institution Brookings.

https://twitter.com/rabite/status/733356102352535552

Pendant toute la campagne, des journalistes juifs ont régulièrement été attaqués sur Internet.

Après la publication sur Twitter par Weisman d’un essai sur la montée de Trump par l’expert en sciences politiques néoconservateur Robert Kagan, intitulé This is how fascism comes to America (c’est ainsi que le fascisme est arrivé aux Etats-Unis), il est devenu la cible de moqueries antisémites. Il a répondu en retweetant plusieurs des messages qui lui étaient adressés pour montrer leur nature péjorative.

Ioffe avait également subi un torrent d’insultes et de menaces via le réseau social, des e-mails et des appels téléphoniques après sa publication dans GQ le 28 avril d’un article sur Melania Trump. « Je reçois des appels téléphoniques d’un numéro masqué qui passe des discours d’Hitler quand je décroche », avait-elle écrit sur Twitter.

Julia Ioffe sur CNN en septembre 2013. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Julia Ioffe sur CNN en septembre 2013. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Après avoir collecté les 2,6 millions de tweets, le groupe d’action avait ensuite réduit son examen à 50 000 messages qui ciblaient délibérément de journalistes. Sur ces tweets, 19 253 étaient des attaques antisémites sans équivoque.

Oren Segal, qui dirige le Centre sur l’extrémisme de l’ADL, a déclaré qu’étudier ces tweets avait montré que les coupables étaient « antisémites et prennent un plaisir apparent à tenter d’encourager le harcèlement de juifs. »

Il a expliqué le processus que lui et son équipe ont utilisé pour compiler les données et découvert un « réseau relativement petit » d’utilisateurs de médias sociaux qui menaient les attaques.

« Nous avons commencé en paramétrant un ensemble de mots clefs et de formulations liées que nous savions être fréquemment utilisés par les antisémites ou dans les discours antisémites. Une fois que nous avions ces critères, le premier ensemble d’informations que nous avons obtenu était de 2,6 millions [de tweets] », a-t-il déclaré au Times of Israël.

« De là, nous avons utilisé ce grand ensemble de données pour arriver à une liste de 50 000 journalistes, et avons ensuite identifié les tweets qui étaient des réponses – par retweet ou par réponse directe – à l’un de ces 50 000 journalistes. Ensuite, nous avons dû les examiner manuellement pour être certain que nous n’avions que les tweets antisémites. »

Andrew Anglin, qui dirige le site internet néonazi The Daily Stormer, avec un chapeau pro-Donald Trump après avoir apporté officiellement son soutien au candidat républicain. (Crédit : BFG101/CC BY SA 4.0/Wikipedia)
Andrew Anglin, qui dirige le site internet néonazi The Daily Stormer, avec un chapeau pro-Donald Trump après avoir apporté officiellement son soutien au candidat républicain. (Crédit : BFG101/CC BY SA 4.0/Wikipedia)

Le rapport a également identifié deux individus responsables de la fomentation des attaques : Andrew Anglin, fondateur du populaire site de suprématie blanche The Daily Stormer, et Lee Rogers, qui dirige le site néonazi Infostormer.

Tous deux sont interdits de Twitter, mais ont encouragé d’autres personnes à utiliser la plateforme pour des attaques.

Bien que l’ADL reste très préoccupée par le niveau d’activités antisémites identifié par son groupe de travail sur le discours raciste et le journalisme, Segal a tenu à préciser qu’il ne s’agit pas du seul type de discours de haine qui a imprégné internet.

« C’est très concentré sur une dimension, mais pas sur la haine sur tout Twitter, a-t-il déclaré. Ce nombre serait très différent, mais nous avions le sentiment qu’il était important de commencer à comprendre ce que nous voyons en restreignant notre attention à ces découvertes initiales. »

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