L’ambassadeur d’Israël en Allemagne reproche à Smotrich de s’en être pris au chancelier
Fait rare, Ron Prosor a critiqué le ministre d'extrême droite qui a dit "Vous ne nous remettrez pas dans un ghetto" après que Merz a critiqué Israël le jour commémoratif de la Shoah

Mardi, l’ambassadeur d’Israël en Allemagne, Ron Prosor, a réprimandé le ministre des Finances Bezalel Smotrich après que ce dernier a critiqué le chancelier allemand, Friedrich Merz, qui avait commenté les politiques israéliennes en Cisjordanie lors de la Journée du souvenir de la Shoah, en lui disant : « Vous ne nous remettrez pas dans le ghetto. »
« Je tiens à condamner cela sans équivoque », a déclaré Prosor à la radio publique Kan.
« Il est possible et tout à fait légitime de discuter avec les Allemands – surtout en ce jour, qui est chargé d’émotions », a-t-il poursuivi. « Mais des déclarations comme celle-ci sont précisément ce qui érode la mémoire de la Shoah et ce qui présente les choses de manière totalement déformée. »
« J’ai, comme tout le monde, de vives critiques à faire valoir envers le regain d’antisémitisme en Allemagne et le déni de l’existence d’Israël », a ajouté Prosor, tout en notant que les relations entre Israël et l’Allemagne demeuraient fortes malgré les critiques et l’hostilité venue du reste de l’Europe.
« Le débat politique est permanent, mais Merz est un grand ami d’Israël », a-t-il ajouté.
« L’Allemagne fait beaucoup de choses inacceptables pour nous, et certaines choses que nous faisons le sont pour eux », a-t-il poursuivi, sans toutefois préciser de quelles politiques allemandes il pouvait s’agir.
« Mais l’Allemagne a prouvé, au vu des critiques à l’encontre d’Israël en Europe, qu’elle était notre alliée numéro un. »
Il est très rare qu’un ambassadeur israélien en exercice critique ouvertement un membre du personnel politique d’un autre État.
La pique initiale de Smotrich contre Merz était intervenue après que le chancelier allemand a fait part de sa « profonde inquiétude » face à l’état actuel des choses en Cisjordanie et déclaré qu’« il ne devait pas y avoir d’annexion de facto », lors d’un appel passé lundi au Premier ministre Benjamin Netanyahu, selon le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius.
C’est sur X, pendant la nuit, que Smotrich a écrit en réaction à cette déclaration : « À la veille du jour du souvenir de la Shoah, le chancelier allemand devrait baisser la tête et s’excuser mille fois au nom de l’Allemagne, au lieu d’avoir l’audace de nous faire la morale et de nous dire comment nous comporter contre les nazis de notre génération. »
On the eve of Holocaust Remembrance Day, the German Chancellor should bow his head and apologize a thousand times on behalf of Germany, rather than daring to preach morality to us on how to conduct ourselves against the Nazis of our generation—who murdered, raped, slaughtered,… https://t.co/9Rmwz2AtM9
— בצלאל סמוטריץ' (@bezalelsm) April 13, 2026
Smotrich a ensuite évoqué les actes terroristes menés par le Hamas lors de l’attaque du 7 octobre 2023, semblant assimiler ses auteurs à la société palestinienne dans son ensemble.
Le ministre a ajouté : « Nous n’accepterons pas les instructions données par des dirigeants hypocrites depuis l’Europe, un continent qui a une fois de plus perdu tout sens moral et sa capacité à distinguer le bien du mal. »
Dans un message direct à Merz, il a ajouté : « Monsieur le Chancelier, l’époque où les Allemands dictaient aux Juifs où ils pouvaient ou non vivre est bel et bien révolue. »
« Vous ne nous remettrez pas dans le ghetto, certainement pas sur la terre qui est la nôtre », a-t-il déclaré en faisant référence à la Cisjordanie, reconnue par la communauté internationale comme un territoire palestinien.
« Notre retour en Terre d’Israël — notre patrie biblique et historique — est notre réponse à ceux qui ont tenté et tentent encore de nous détruire, et nous ne nous en excuserons jamais », a conclu le ministre d’extrême droite.
L’Allemagne m’a eu de cesse de condamner les mesures prises par Israël pour renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, telles que l’approbation de l’expansion des implantations et leur construction, appelant récemment Israël à mettre un terme à son projet d’implantation E1, souhaité par Smotrich depuis des années avant d’obtenir le feu vert de son gouvernement, l’an dernier.
Le mois dernier, Merz a qualifié ce projet de « grossière erreur » qui « compliquerait la solution à deux États ».
« Le gouvernement allemand appelle d’urgence à s’abstenir de telles mesures », a-t-il déclaré.
Ce projet a été condamné par d’autres chefs d’État de par le monde, le porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, affirmant qu’il constituait une « menace existentielle » pour un futur État palestinien.
Le gouvernement israélien s’oppose à toute idée d’un État palestinien, et Smotrich a même déclaré que l’approbation de la construction d’implantations en Cisjordanie visait précisément à empêcher la création d’un État palestinien.
Lundi soir, au moment-même où Israël célébrait la Journée du souvenir de la Shoah, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a critiqué l’Europe.
Lors d’une cérémonie préenregistrée à Yad Vashem, Netanyahu a déclaré que l’Europe était en ce moment « en proie à une profonde faiblesse morale » et qu’Israël défendait le continent « qui a oublié tellement de choses depuis la Shoah ».
Il a reproché à l’Europe d’avoir « perdu son identité, ses valeurs et sa responsabilité de défendre la civilisation contre la barbarie ».
« Elle a beaucoup à apprendre de nous », a affirmé le Premier ministre, « en particulier à distinguer le bien et le mal, ce qui, dans les moments de vérité, exige d’entrer en guerre pour ce qui est bon, pour la vie. »
Lazar Berman a contribué à cet article.







