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Jonathan Pollard soutient Shaked avant de se rétracter

Après de fortes réactions, l'ancien espion s'est désolidarisé de la cheffe d'Esprit sioniste en raison de son refus de s'engager à ne rejoindre qu'un gouvernement de droite

L'ancien espion Jonathan Pollard apporte son soutien à Ayelet Shaked, dirigeante d'Esprit sioniste, pour les prochaines élections, le 29 août 2022. (Crédit : Twitter)
L'ancien espion Jonathan Pollard apporte son soutien à Ayelet Shaked, dirigeante d'Esprit sioniste, pour les prochaines élections, le 29 août 2022. (Crédit : Twitter)

Apportant son soutien à une personnalité politique israélienne pour la toute première fois depuis qu’il s’est installé en Israël, il y a environ deux ans, l’ancien espion Jonathan Pollard a publié une vidéo, mardi, exhortant les Israéliens à voter pour le parti Esprit sioniste d’Ayelet Shaked lors des élections générales du mois de novembre.

Toutefois, quelques heures plus tard, aux prises avec les critiques féroces de multiples députés de l’opposition, Pollard s’est désolidarisé de Shaked en citant le refus de cette dernière de s’engager à ne rejoindre qu’un gouvernement de droite.

Pollard, ancien analyste au sein de la marine américaine qui s’était installé en Israël à la fin de l’année 2020 – 35 ans après avoir été arrêté pour espionnage au profit de l’État juif – avait expliqué mardi qu’il pensait que Shaked était une « patriote » qui « a fait ses preuves » et qu’elle était la personnalité dont Israël avait désespérément besoin aujourd’hui.

« Comme tout le monde le sait, je ne suis membre d’aucun parti, d’aucune faction politique. Et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai officiellement soutenu aucune personnalité, je n’ai soutenu aucune liste. Je suis indépendant et je réserve ma seule loyauté et ma seule inquiétude à la terre et au peuple d’Israël », avait-il expliqué, s’exprimant en anglais.

« En raison de mon amour inconditionnel pour ce pays et de mon dévouement à sa survie et à son bien-être, je dois maintenant soutenir quelqu’un qui, je le sais, servira Israël d’une manière qui préservera à la fois nos intérêts fondamentaux et notre honneur. Cette personne n’est autre qu’Ayelet Shaked », avait-il ajouté dans sa vidéo.

Mais Pollard, qui réside à Jérusalem, a fait volte-face mardi soir, retirant le soutien qu’il avait apporté à Shaked dans une déclaration faite au média d’information pro-implantation Arutz Sheva.

« Après tout ce que j’ai dit au sujet d’Ayelet Shaked ce matin, il m’est apparu clairement qu’elle refuse de se séparer de Yoaz Hendel et de s’engager à ne rejoindre qu’un gouvernement de droite », a-t-il expliqué. « Ce qui entraîne l’inquiétude réelle qu’elle va, une fois encore, gagner des votes de droite pour les offrir à la gauche. Je lui retire mon soutien en conséquence ».

Hendel, le ministre des Communications actuel qui avait été élu à la 24è Knesset sous l’étiquette du parti Tikva Hadasha, s’est montré plus déterminé que Shaked dans son refus de siéger avec le leader de l’opposition, Benjamin Netanyahu, dans un gouvernement futur. Il est pourtant hautement improbable que Shaked accepte de se séparer de Hendel, co-fondateur à ses côtés du parti Esprit sioniste, une alliance qui a été conclue le mois dernier.

En réponse à la rétractation de Pollard, Shaked a mis en cause « la machine empoisonnée » émanant des députés de l’opposition « qui place Jonathan dans une situation impossible », ajoutant qu’elle était « heureuse qu’il se soit retiré de lui-même de l’œil du cyclone ».

Shaked a ajouté qu’un « héros israélien » comme Pollard « mérite d’être au cœur du consensus et de ne pas devenir une cible du discours toxique de la politique israélienne ».

Dans sa vidéo originale, Pollard se montrait quelque peu critique de Shaked pour son rôle tenu dans le gouvernement d’unité placé aujourd’hui sous l’autorité du Premier ministre Yair Lapid et avant cela, sous celle de Naftali Bennett – une alliance constituée de partis de gauche, de droite et d’une faction arabe – estimant qu’elle avait affiché dans ce contexte « une loyauté mal placée » et soulignant par ailleurs qu’elle avait réalisé « les erreurs commises et qu’elle ne les répétera pas ».

Malgré les propos de Pollard, Shaked – qui n’a pas écarté la possibilité de siéger aux côtés de Netanyahu – a exprimé de manière répétée son soutien à un gouvernement d’unité et dénoncé la possible formation d’un gouvernement de droite trop étroit.

La dirigeante d’Esprit sioniste a déclaré mardi matin que la déclaration originale de Pollard avait été l’idée de l’ancien espion.

« Il a dit qu’il voulait me soutenir. Il pense que l’État d’Israël a besoin de moi. Cette initiative a été définitivement la sienne », a-t-elle confié au micro de la Radio militaire.

Des propos qui n’ont pas convaincu et les leaders du Likud ont accusé Shaked d’avoir manipulé Pollard à son profit.

« Ayelet, vous êtes parvenue aussi à duper Pollard. Vous l’avez entraîné dans votre valse de mensonges – c’est l’exploitation politique cynique d’un être cher. De quoi d’autre serez-vous capable ? », a interrogé la législatrice du Likud, Miri Regev, sur Twitter.

« Comprenez-vous seulement les dégâts potentiels que vous avez causés à ce héros d’Israël ? », a ajouté Galit Distel Atbaryan, autre parlementaire du Likud. « Et rappelez-le moi : Quand avez-vous dont exactement présenté vos excuses ? Pourquoi doit-il présenter des excuses en votre nom ? Pourquoi lui ? », a-t-elle ajouté.

Naftali Bennett, à gauche, et Ayelet Shaked, à droite. (Crédit : Flash90)

Shlomo Karhi, membre de la Knesset issu du Likud, a par ailleurs déclaré sur Twitter que le soutien apporté à Shaked par Pollard revenait à « aller espionner au bénéfice de ceux qui vous ont trahis. Ceux qui vous trahissent et qui vous tournent le dos le referont. Et ceux qui vous trompent vous tromperont à nouveau. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

Toutefois, face aux critiques estimant qu’il s’en prenait à Pollard, Karhi a ultérieurement supprimé son statut et il a présenté ses excuses, s’en prenant cette fois-ci à Shaked.

« J’ai beaucoup de respect pour Jonathan Pollard et pour son dévouement à l’égard de la population israélienne. Cela fait des années que nous connaissons Shaked ; il est inutile de rappeler la vérité en ce qui la concerne. Mais mon post a donné l’impression que je critiquais Pollard et ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai donc supprimé le post », a-t-il clarifié.

Plusieurs formations se sont efforcées de séduire Pollard pour obtenir son soutien avant le scrutin.

Itamar Ben-Gvir, leader de la faction d’extrême-droite Otzma Yehudit, a ainsi tenté de recruter Pollard au début du mois.

Une offre qui a été refusée par l’ancien espion qui a estimé que sa place n’était pas au Parlement israélien. « Je pense que j’ai déjà suffisamment souffert », a-t-il expliqué.

La semaine dernière, Pollard a aussi refusé une offre de rejoindre le parti d’extrême-droite de Bezalel Smotrich, le Parti Sioniste religieux, qui a depuis annoncé qu’il présenterait une liste commune aux côtés d’Otzma Yehudit au scrutin de l’automne.

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