L’armée reste en alerte après 58 jours de préparatifs à une attaque du Hezbollah
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L’armée reste en alerte après 58 jours de préparatifs à une attaque du Hezbollah

Un officier supérieur indique que l'armée est prête à réagir avec force, et de façon inédite, si Nasrallah tient sa promesse de venger ses combattant tués

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un obusier mobile de Tsahal sur le qui-vive à la frontière libanaise (Armée israélienne)
Un obusier mobile de Tsahal sur le qui-vive à la frontière libanaise (Armée israélienne)

SHOMERA – Depuis près de 60 jours, les forces israéliennes sont en état d’alerte le long de la frontière libanaise, se préparant à l’attaque de représailles que le groupe terroriste Hezbollah et son chef, Hassan Nasrallah, avaient juré de mener.

Le 20 juillet, un combattant du Hezbollah a été tué lors d’une attaque aérienne sur l’aéroport international de Damas qui a été largement attribuée à Israël. Le groupe terroriste soutenu par l’Iran a menacé de venger sa mort et, selon l’armée, a tenté à au moins deux reprises de mettre ses menaces à exécution : une fois le 27 juillet, lorsqu’une cellule de membres du Hezbollah a franchi la frontière internationalement reconnue dite Ligne bleue sur le controversé mont Dov et est entrée en territoire israélien avant d’être refoulée par des frappes d’avertissement, et une autre fois le 25 août, lorsque des coups de feu ont été tirés sur les troupes israéliennes près de la communauté de Manara, les manquant de peu.

Nasrallah a clairement indiqué que ces tentatives ratées ne suffiront pas. Le 30 août, il a déclaré que son groupe tuerait un soldat de l’armée israélienne afin d’équilibrer « l’équation de la dissuasion » – une politique de loi du talion de longue date qui vise à forcer Israël à réfléchir à deux fois avant de tuer les membres du groupe chiite.

Cette menace a été raisonnablement efficace. On peut le constater dans les multiples cas où les troupes israéliennes ont délibérément évité de tuer des agents du Hezbollah, tout récemment lors de l’attentat raté du 27 juillet du groupe terroriste. Pour l’armée israélienne, le fait d’entrer dans un tel cycle de tensions accrues avec le Hezbollah ne fait que détourner l’attention de l’objectif supérieur de l’armée, qui est de combattre les efforts de l’Iran pour établir une présence militaire permanente en Syrie et transférer des armes dans toute la région.

Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

« Quand Israël tuera un de nos combattants, nous tuerons un de vos soldats », a juré Nasrallah dans un discours télévisé.

Le Commandement Nord de l’armée, la Division Galilée, les 769e et 300e Brigades régionales sont chargés de s’assurer que cela n’arrive pas – ou de faire en sorte que le Hezbollah le regrette profondément s’il donne suite à ses menaces.

À cette fin, l’armée a déployé des troupes supplémentaires dans la région, a alloué des renseignements et des ressources aériennes au Commandement du Nord et a élaboré une série de représailles possibles à une attaque du Hezbollah.

« Nous sommes bien mieux préparés que d’habitude », a déclaré cette semaine le lieutenant-colonel Yitzhak Huri, commandant adjoint de la 300e brigade, au Times of Israël.

Pour nous, tant que cela doit durer, cela durera

La 300e brigade est chargée de défendre la partie occidentale de la frontière libanaise, de la ville côtière de Rosh Hanikra à Malkiya.

« Nous avons beaucoup de forces spéciales dans la région. Notre posture défensive a changé et continue de changer. Nous utilisons de nombreuses capacités nouvelles et de haute technologie », a-t-il indiqué.

Des soldats israéliens se tiennent à proximité d’obusiers d’artillerie déployés près de la frontière libanaise au nord d’Israël, le 26 août 2020. (David Cohen/Flash90)

Cela comprend une puissance de feu importante de l’artillerie et un grand nombre d’avions – tant pour la reconnaissance que pour la riposte rapide – ainsi que des unités de renseignement de combat. Comme la 300e brigade comprend la côte nord, la marine israélienne joue également un rôle clé dans cet effort, contrairement à la 769e brigade régionale, qui est stationnée plus à l’est.

Nous sommes une armée et nous devons être prêts à nous battre

Dans le passé, l’armée israélienne a accepté les représailles du Hezbollah sans surenchérir, mettant ainsi fin au cycle de la loi du talion.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Lorsque des coups de feu ont été tirés sur des soldats près de Manara, l’armée a riposté par des frappes aériennes sur deux positions du Hezbollah près de la frontière – des postes d’observation gérés par l’organisation Green Without Borders, groupe de couverture pour le groupe terroriste. Il s’agissait des premières frappes de ce type depuis la Seconde Guerre du Liban en 2006.

Un tank de l’armée israélienne sur le qui-vive à la frontière libanaise. (Crédit : Armée israélienne)

« Nous ne nous concentrons pas sur une ligne de conduite que l’ennemi nous dicte ; nous nous préparons à n’importe quel scénario, aussi extrême qu’il puisse être. Nous sommes une armée et nous devons être prêts à nous battre », a souligné Yitzhak Huri, s’exprimant depuis son bureau au quartier général de la 300e brigade près de la communauté de Shomera.

L’armée a élaboré un certain nombre d’options de représailles en cas d’attaque – des frappes limitées dans la veine de la réponse à l’incident du 25 août à des attaques beaucoup plus larges sur un éventail de cibles du Hezbollah. En fin de compte, la décision de choisir l’une ou l’autre de ces options appartient à l’échelon politique, qui dicte à l’armée la marche à suivre.

« Je ne permettrai pas qu’un incident impliquant le Hezbollah passe sans une réponse significative de l’armée », a commenté mardi le ministre de la Défense Benny Gantz.

La presse libanaise – en particulier les médias affiliés au Hezbollah – a salué la capacité du groupe terroriste à forcer l’armée israélienne à adopter une position défensive.

Des troupes israéliennes établissent un barrage routier sur une autoroute proche de la frontière libanaise. (Crédit : Armée israélienne)

En Israël, d’éminents analystes de la défense se demandent si l’armée a perdu son pouvoir de dissuasion contre le Hezbollah.

Yitzhak Huri a soutenu que ce n’était pas le cas, notant que si l’armée était en état d’alerte depuis près de 60 jours, les résidents de la région et les visiteurs avaient pu vaquer à leurs occupations en toute liberté pendant cette période. Le fait que le Hezbollah – qui autrefois tirait régulièrement sans discrimination sur les villes israéliennes – ne menacerait plus que des cibles militaires serait la preuve de cette dissuasion.

« La situation opérationnelle n’affecte pas du tout les civils ; nous réussissons à préserver la normalité », a déclaré M. Huri.

Des troupes israéliennes établissent un barrage routier sur une autoroute proche de la frontière libanaise. (Crédit : Armée israélienne)

En effet, le seul signe visible d’une aggravation des tensions était les barrages routiers le long des autoroutes dans la ligne de vue – et donc d’attaque – du Liban, que j’ai franchi sans encombre, car les points de contrôle ne sont destinés qu’aux véhicules militaires.

Maintenir un tel niveau d’attention pendant près de deux mois présente certains défis. Il est difficile de garder les soldats sur le qui-vive, prêts à répondre à une attaque surprise, même pendant quelques jours ; maintenir cet état de préparation pendant quelques semaines pose des défis importants.

« La chose qui nous intéresse le plus est notre état de préparation – c’est quelque chose dont nous nous occupons tout le temps », a commenté M. Huri.

Les deux tentatives de représailles du Hezbollah le long de la frontière ont été des attaques de snipers. Lors de l’incident du 27 juillet, un fusil de sniper de calibre 50 a été récupéré sur les lieux, et le 25 août, les tirs ont émané d’un fusil d’assaut standard.

Une photo fournie par la mission d’Israël aux Nations unies montre le parcours présumé emprunté par les combattants du Hezbollah lors d’une infiltration de la frontière en Israël le 27 juillet 2020. (Mission d’Israël aux Nations unies)

Cela étant, l’armée ne se repose pas sur l’hypothèse que la prochaine attaque signifiera nécessairement plus de tirs. Le Hezbollah a un long passé d’utilisation de missiles guidés antichars pour régler ses comptes, ainsi que d’engins explosifs improvisés.

Yitzhak Huri, qui a occupé plusieurs postes au sein du Commandement Nord au cours des trois dernières années et a combattu le Hezbollah lors de la Seconde Guerre du Liban, a souligné que l’armée était prête à maintenir un niveau d’alerte élevé aussi longtemps que nécessaire, malgré la ponction sur les ressources de l’armée.

« Pour nous, tant que cela doit durer, cela durera », a-t-il indiqué.

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