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Le député extrémiste Ben Gvir sort son arme lors d’un affrontement à Sheikh Jarrah

L'homme politique a brandi son arme après qu'une pierre a été jetée vers lui et ses partisans lors d'une visite ; il a exhorté les policiers à ouvrir le feu sur les Arabes

Le député Itamar Ben Gvir brandissant une arme à feu lors d'affrontements à Jérusalem-Est, le 13 octobre 2022. (Crédit : Twitter)
Le député Itamar Ben Gvir brandissant une arme à feu lors d'affrontements à Jérusalem-Est, le 13 octobre 2022. (Crédit : Twitter)

Itamar Ben Gvir, député ultra-nationaliste de la Knesset, a brandi une arme à feu lors d’une visite d’un quartier de Jérusalem-Est au milieu d’intenses affrontements entre Israéliens juifs et Palestiniens jeudi soir, s’attirant les foudres de ses adversaires politiques.

Ben Gvir n’a pas utilisé son arme mais a demandé à la police de tirer à balles réelles sur les Arabes qui jetaient des pierres, une nuit après avoir menacé de « faucher » un groupe de Palestiniens en leur criant dessus lors d’une visite dans le même quartier.

L’incident s’est produit alors que Ben Gvir, chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, visitait le quartier de Sheikh Jarrah, où jeudi soir des Palestiniens et des Israéliens juifs se sont lancés des pierres, alors que les affrontements dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est ont repris pour la deuxième nuit consécutive.

Deux adolescents juifs ont été blessés, dont un modérément, au cours des affrontements de jeudi à Sheikh Jarrah. La police a déclaré que cinq personnes avaient été arrêtées à la suite de ces heurts.

Dans une vidéo de la scène, Ben Gvir se tient, avec un groupe de partisans et des agents de sécurité, à environ 25 mètres d’un groupe de Palestiniens lorsqu’une pierre vole dans les airs. Ben Gvir lève ses deux mains en l’air et le groupe, y compris un garde armé d’une mitraillette, recule rapidement pour s’abriter derrière un camion en stationnement.

Une fois à l’abri derrière le camion, le politicien a dégainé une arme de poing et est sorti de derrière le camion tout en criant à plusieurs reprises à un policier, en tenue anti-émeute, de tirer sur les lanceurs de pierres.

« Ne regardez pas par ici. S’ils lancent des pierres, tirez-leur dessus », entend-on dire au policier alors qu’un garde du corps tentait de le ramener derrière le camion. Il a rengainé son arme après une trentaine de secondes.

Ben Gvir a déclaré plus tard qu’il avait sorti son arme parce qu’il s’était senti menacé.

« Les politiciens lient les mains de nos policiers », a-t-il déclaré dans un tweet comprenant une photo de lui avec le pistolet. « Il n’est pas possible que les Arabes jettent des pierres à côté des agents et que ceux-ci ne répondent pas par le feu. »

Il a également partagé une vidéo de l’incident sous un angle différent, qui montre des officiers repoussant un Arabe qui semble jeter des pierres, disant qu’il était « incroyable » qu’il n’ait pas été abattu ou arrêté.

Une autre vidéo de la visite le montre affrontant un groupe de Palestiniens, disant que « le propriétaire » est là tout en se frappant la poitrine, avant que l’on entende quelqu’un crier : « Bientôt vous serez lapidés. »

Mercredi soir, Ben Gvir a également visité Sheikh Jarrah, au milieu de heurts similaires, sans que quelque incident majeur ne soit déclaré.

Sur les images de la visite de mercredi, on voit Ben Gvir faire la leçon à un groupe d’Arabes : « Si vous jetez des pierres, je vous faucherai. »

« Nous sommes les propriétaires ici, ne l’oubliez pas, je suis votre propriétaire », a-t-il dit.

Sheikh Jarrah, dont certaines parties étaient historiquement connues sous le nom de Shimon Hatzadik, est devenu l’un des quartiers les plus tendus de Jérusalem. Les nationalistes juifs ont cherché à expulser les résidents palestiniens dans des batailles juridiques qui durent depuis des décennies et qui ont contribué à déclencher une guerre de 11 jours entre Israël et le groupe terroriste du Hamas, dans la bande de Gaza, l’année dernière.

L’ancien disciple du politicien extrémiste Meir Kahana se rend fréquemment dans le quartier pendant les périodes de frictions accrues et a été accusé d’attiser les tensions. Il a tenté à deux reprises d’installer un « bureau » politique dans le quartier – composé d’une table pliante et d’un auvent – en réponse aux attaques perpétrées ces dernières années contre des maisons où vivent des familles juives, et s’est également heurté à la police.

Itamar Ben Gvir arrivant à son bureau après avoir été apparemment blessé à la la tête, la nuit précédente, dans des affrontements à Sheikh Jarrah, un quartier de Jérusalem-Est, le 14 février 2022. (Crédit : Flash90)

Les politiciens de gauche ont rapidement fustigé Ben Gvir pour avoir brandi une arme, le député Meretz Mossi Raz ayant déclaré qu’il demanderait au sergent d’armes de la Knesset d’annuler le permis de port d’arme de Ben Gvir.

Son collègue du Meretz, le député Yair Golan, a qualifié l’incident de « contribution significative à l’embrasement ».

« En sortant une arme, Ben Gvir montre à ses partisans qu’il est normal de la sortir, normal de tuer », a déclaré Issawi Frej, ministre du Meretz.

Ofer Kassif, député Hadash, a écrit que la place de Ben Gvir « est en prison, pas à la Knesset ».

L’incident est survenu quelques semaines avant que les Israéliens ne retournent aux urnes. Selon les prévisions, HaTzionout HaDatit – qui a fusionné avec Otzma pour les élections législatives – devrait être l’un des trois plus grands partis. Si Benjamin Netanyahu, du Likud, reprenait le pouvoir, Ben Gvir devrait recevoir un portefeuille ministériel conséquent.

Des jeunes Palestiniens affrontant les forces de sécurité israéliennes dans le camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem, le 12 octobre 2022. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Plus tôt dans la journée de jeudi, Ben Gvir a déclaré au site d’information Ynet que l’une de ses exigences pour rejoindre une coalition serait de modifier les règles de « tir ouvert », pour la police et l’armée.  Ben Gvir et d’autres politiciens de droite se plaignent depuis toujours que les règles d’engagement d’Israël soient trop strictes.

Le leader d’Otzma a indiqué qu’il demanderait que les forces armées reçoivent l’ordre d’utiliser des tirs réels en réponse à toute attaque, y compris dans le cas de jets de peinture sur des véhicules lourdement blindés.

« Les troupes doivent sortir, s’arrêter et tirer, et pas des balles en caoutchouc ou des balles en éponge. Le tir réel sera de rigueur », a-t-il déclaré. Il n’a pas précisé si cette politique s’appliquerait également aux attaques des jeunes Juifs extrémistes, qui attaquent les véhicules de l’armée en Cisjordanie, dont beaucoup font partie de ses partisans.

Le face-à-face de Sheikh Jarrah est intervenu alors que les tensions se sont considérablement accrues à Jérusalem ces derniers jours, dans le cadre d’une vaste opération de police visant à arrêter un Palestinien soupçonné d’avoir ouvert le feu sur un groupe de soldats à un poste de contrôle samedi soir, faisant un mort.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, d’intenses émeutes ont éclaté dans les quartiers palestiniens de la ville, mais jeudi, les violences ont été moindres en dehors de Sheikh Jarrah.

Quatre compagnies de réserve supplémentaires de la police des frontières devaient être déployées vendredi matin, la police se préparant à de nouvelles violences au cours du week-end.

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