Discours de Yonathan Arfi lors du 40e dîner annuel du CRIF
Mesdames et messieurs,
Chers amis,
Le 13 février 2006, j’avais 25 ans.
J’ai pleuré la mort d’un Français juif, enlevé, torturé, assassiné.
Le 13 février 2006, j’ai pleuré la fin d’un monde.
Je suis de la génération Ilan Halimi.
Celle qui a vu l’antisémitisme meurtrier s’échapper en France des livres d’Histoire. La haine des Juifs prendre de nouveaux visages. Les lâchetés et les silences se faire complices du crime.
Quand des bûcherons antisémites ont tronçonné un arbre planté à sa mémoire, tout a ressurgi. La rage. Le sentiment de solitude. La détermination.
En souvenir d’Ilan Halimi, je veux dire avec vous ce soir : nous ne laisserons personne déraciner sa mémoire ! Nous ne laisserons personne déraciner la République ! Nous ne laisserons personne déraciner les Français juifs !
Monsieur le Premier ministre, lors de la remise du Prix qui porte son nom, vous nous avez confié à quel point sa mort avait marqué votre conscience politique.
Je tiens d’abord, à vous exprimer notre reconnaissance et, à travers vous, à tous les élus, maires, présidents de collectivités locales, présidents de régions, jusqu’au président de la République vendredi dernier. Ils ont choisi de planter des arbres en signe d’engagement républicain contre l’antisémitisme. Beaucoup de ces élus sont avec nous ce soir, nous pouvons les applaudir.
Mais permettez-moi aussi de partager un émoi : planter un arbre est bien-sûr un symbole fort mais comment comprendre la décision de justice qui ne reconnaît pas la nature antisémite de cette dégradation ? Comme elle ne l’a pas reconnu pour la défenestration de René Hadjadj à Lyon ou l’empoisonnement d’une famille juive à Levallois ? Faut-il que l’antisémitisme ou le racisme soit revendiqué par leurs auteurs pour être reconnu ? La France a besoin que la justice mette plus souvent des mots sur la haine même quand elle se propage en silence.
Mesdames, messieurs,
De Manchester à Washington, de Sydney à La Grande-Motte, le 7-Octobre a été entendu comme un appel mondial au passage à l’acte violent contre les Juifs. Dans une société française déjà fragmentée, le tsunami antisémite qui a suivi ces attaques terroristes, a été un choc même si, malheureusement, il n’a pas été une surprise.
Un calme relatif s’est aujourd’hui imposé au Proche-Orient. Le corps de Ran Gvili, dernier otage israélien, a été rendu à sa famille. Les proxys iraniens ont été réduits au silence et un soulagement prudent a allégé les cœurs inquiets. Mais nous aurions tort de croire que nous retrouverons rapidement en France la situation qui prévalait avant le 7-Octobre. Disons-le simplement : l’antisémitisme ne connaît pas de cessez-le-feu.
Le conflit au Proche-Orient a servi de catalyseur mais la haine qui progresse dans notre pays est un problème français et rien ne permet d’espérer une décrue rapide. En 2025, pour la 3ème année consécutive, les actes antisémites se sont comptés… en millier : 1320 actes, recensés par le ministère de l’Intérieur contre seulement des dizaines par an, – déjà trop –, dans les années 90 puis des centaines annuellement de 2000 à 2022. Au-delà, un antisémitisme d’atmosphère s’est déployé, amenant des Français à douter parfois de leur avenir en France.
Comment comprendre cette progression de la haine ? Comment expliquer que les Juifs, moins de 1 % de la population, sont la cible de 53 % des actes antireligieux dans notre pays ?
D’abord, une obsession. Celle de l’essentialisation des Juifs et de l’assignation permanente à la guerre à Gaza. À l’école comme dans la rue, dans les universités comme dans les clubs de sport, dans les cercles amicaux ou professionnels, des citoyens français sont ostracisés, tenus comptables d’un conflit à des milliers de kilomètres !
L’injonction est féroce : exiger des Juifs qu’ils condamnent Israël, pour faire du sionisme un crime moral. C’est une falsification historique : être sioniste, c’est reconnaître simplement que le peuple juif, comme tous les autres peuples, a droit à l’autodétermination. Le sionisme n’est pas une infraction au droit international, c’est au contraire son accomplissement ! En 1948, les Britanniques se retirent du Proche-Orient, comme ils se sont retirés d’Inde ou du Pakistan, et un vieux peuple indigène, le peuple juif, comme d’autres, accède à la souveraineté. N’en déplaise à Rima Hassan, la création d’un État juif n’est pas le produit de la colonisation mais s’inscrit au contraire dans l’histoire de la décolonisation !
Si le nouveau maccarthysme antisioniste est aussi séduisant, c’est parce qu’il se présente comme un progressisme. Un climat d’intimidation intellectuelle terrorise l’univers académique, où des étudiants juifs sont harcelés. Il menace aussi le monde de la culture, où des artistes comme Amir, Enrico Macias ou Sophia Aram font l’objet d’appels au boycott. Il faut désormais du courage pour faire entendre une voix nuancée sur les Juifs ou sur le Proche-Orient.
Parmi ces inquisiteurs des temps modernes, un syndicat fait preuve d’un zèle remarquable. Quand la CGT s’oppose à la tenue d’un concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à Paris, défend-t-elle les travailleurs ? Ou alors cultive-t-elle depuis le 7-Octobre une idéologie faite de clientélisme et d’aveuglement, jusqu’à l’apologie du terrorisme ? Une chose est sûre : à la CGT, on ne fait jamais la grève de la haine d’Israël !
Cette nouvelle inquisition trouve aussi des relais plus branchés : ainsi Radio Nova, qui accueille Guillaume Meurice, qui défend Blanche Gardin et qui devient peu à peu la radio refuge de l’humour-antisémite-qui-affirme-ne-pas-l’être-et-s’offusque-qu’on-le-dénonce. Dieudonné en rêvait, Mathieu Pigasse et Radio Nova l’ont fait !
Et que dire de la responsabilité d’élus, jusqu’aux bancs de l’Assemblée nationale, qui légitiment et cautionnent l’antisémitisme ? Je salue la proposition du Président de la République de rendre inéligibles les auteurs d’actes et de propos racistes ou antisémites. Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud, Thomas Portes,… tôt ou tard, vous serez rattrapés par la justice !
Je le dis ce soir : La France insoumise (LFI) représente un danger existentiel pour les Français juifs. Mais au-delà des Juifs, il est temps de reconnaître ce parti pour ce qu’il est : aucune démocratie interne, la violence comme stratégie, le culte du chef, l’intimidation des journalistes, la soumission à Poutine comme la compromission avec les mollahs : LFI est un parti factieux, une secte politique dangereuse pour la République !
La mort de Quentin Deranque à Lyon doit servir aujourd’hui d’alerte : l’angélisme face à la violence de LFI, aussi, doit cesser.
Face à cette dérive, la réponse doit venir de la gauche elle-même. La gauche française doit définitivement se « démélenchoniser ». Cet impératif n’est pas que politique, il est d’ordre moral et engage l’honneur et l’histoire de la gauche républicaine. Je le redis ce soir, à quelques semaines des élections municipales : le Parti socialiste (PS) et tous les acteurs de la gauche responsable doivent rompre clairement, définitivement, avec LFI, en renonçant à toute alliance avec ce parti. Pourquoi la gauche républicaine s’autoriserait-elle avec LFI ce que la droite républicaine, s’interdit, à raison, avec le Rassemblement National (RN), et j’espère continuera à le faire ?
Chers amis,
L’antisémitisme ne connaît pas de cessez-le-feu, il ne connaît pas non plus de frontières.
On raconte l’histoire d’un rescapé de la Shoah qui cherche à fuir une Europe où les cendres du peuple juif fument encore. Il se présente à une association qui aide les réfugiés. « Où voulez-vous aller ? », lui demande-t-on. « Je ne sais pas. En Australie », répond-il. « L’Australie ? Mais c’est loin ! » « Loin d’où ? », répond-il simplement.
Cette histoire est celle de beaucoup de familles juives d’Australie. En assassinant quinze personnes venues assister à un allumage de Hanouka sur la plage de Bondi Beach, les terroristes ont aussi assassiné une illusion. Non, ni la distance, ni les océans ne sont des remparts suffisants face aux affres de l’antisémitisme. À Sydney, l’Histoire a fini par rattraper la géographie.
Parmi les victimes, figurait un Français, Dan Elkayam. Ses parents, ses frères, font face avec dignité à cette épreuve inconsolable. Sa famille est présente à nos côtés ce soir. Merci de vous lever en silence pour leur dire notre solidarité indéfectible.
Aucun pays, aucune société n’est à l’abri de l’antisémitisme, pas même, comme on l’a longtemps cru, les États-Unis. À New York, l’élection de Zohran Mamdani, pour qui le slogan « Globalize Intifada » est acceptable et qui revient sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, fait perdre à cette ville son statut historique de refuge pour les Juifs du monde entier. De l’autre côté, l’activisme MAGA libère les pulsions antisémites de suprémacistes décomplexés, de Nick Fuentes à Tucker Carlson. Ils sont, eux aussi, les ennemis des Juifs et de la démocratie.
Chers amis,
Je crois à la nécessité d’un dialogue respectueux entre la France et les États-Unis, entre la patrie des droits de l’Homme et celle de la Statue de la Liberté, pour combattre l’antisémitisme des deux côtés de l’Atlantique comme pour défendre la liberté partout dans le monde.
La liberté pour l’Ukraine, face à l’impérialisme russe.
La liberté, pour les femmes afghanes, abandonnées au pire des obscurantismes et celle du peuple du Venezuela, qui a droit à la démocratie.
La liberté pour les Kurdes, livrés à la vengeance de néo-djihadistes.
La liberté espérée pour Christophe Gleizes, otage en Algérie, et celle retrouvée, de Boualem Sansal !
La liberté pour nos compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris toujours retenus en Iran et assignés à résidence à l’ambassade de France.
La liberté en Iran, toujours, quand un peuple se soulève face à l’oppression islamiste. Des dizaines de milliers de manifestants ont été massacrés en deux jours, par les terroristes des Gardiens de la Révolution, dans le silence du monde et de la plupart des indignés professionnels. Le régime des mollahs est l’ennemi des Iraniennes et des Iraniens. Il est l’ennemi de toutes les démocraties ! Des représentants de la communauté iranienne de France sont présents ce soir. Notre cœur saigne avec le leur. Merci de les applaudir !
Mesdames, messieurs,
Nous marquons cette année le 80ème anniversaire du procès de Nuremberg.
Vladimir Jankélévitch analysait en son temps la leçon du passé au présent, l’exigence des disparus aux vivants : « l’extermination des Juifs ne fut pas une flambée de violences : elle a été doctrinalement fondée, philosophiquement expliquée, méthodiquement préparée, systématiquement perpétrée […] elle est l’application d’une théorie dogmatique qui existe encore aujourd’hui et qui s’appelle l’antisémitisme ».
Chers amis, si le nazisme est mort, ou presque mort, avec sa défaite, s’il a été jugé et condamné à Nuremberg, l’antisémitisme, lui, poursuit son chemin. Aujourd’hui, non seulement la mémoire de la Shoah ne protège plus les Juifs, mais désormais on la retourne contre eux.
« Ils ne nous pardonneront jamais le mal qu’ils nous ont fait » aimait répéter avec ironie et lucidité la rescapée d’Auschwitz, Marceline Loridan.
Dans son discours devant le Bundestag en 2004 Simone Veil alertait déjà : « Quand on retourne la mémoire de la Shoah contre les Juifs, en osant des comparaisons indécentes entre camps d’extermination et camps de réfugiés, quand on banalise le génocide juif par toutes sortes d’amalgames ou qu’on exploite les clichés de la propagande antisémite au service du combat antisioniste, l’Europe a le devoir d’arrêter ces dévoiements […] ».
Ces mots auraient pu être prononcés après le 7-Octobre pour qualifier l’accusation mensongère et infamante de « peuple génocidaire », que l’on veut désormais coller au peuple juif dans une funeste inversion morale.
Monsieur le Premier ministre, vous avez pris le temps de venir visiter l’exposition mémorielle sur le 7-Octobre que nous avons organisée place des Vosges en hommage aux 1 200 victimes du Hamas et aux otages. Ensemble, nous nous sommes arrêtés devant la photo de la cérémonie d’hommage national rendu aux Invalides. J’ai vu votre émotion devant les images des kibboutz martyrisés et face aux portraits des 50 victimes françaises.
Vous m’avez dit aussi l’importance de vos échanges avec les familles d’otages lors de vos voyages en Israël quand vous étiez ministre de la Défense. Je connais aujourd’hui l’engagement sincère de votre gouvernement contre l’antisémitisme. Je sais aussi que la France ne reprend pas à son compte l’accusation de génocide.
Mais pourquoi l’Europe et la France laissent-t-elles cette accusation sans réponse lorsqu’elle est proférée par d’autres pays dans des instances internationales ? Laisser prospérer mondialement l’accusation mensongère de génocide, c’est mettre en danger tous les Juifs, où qu’ils vivent, essentialisés, nazifiés, livrés à la vindicte des antisémites. L’accusation de génocide n’aide ni la paix ni les Palestiniens mais prépare le terrain des violences antisémites pour les générations à venir.
Cette rhétorique antisémite est au cœur du discours de la rapporteure spéciale de l’ONU Francesca Albanese. Monsieur le Premier ministre, la demande française de sa démission portée par le Ministre des affaires étrangères est l’honneur de notre pays !
L’argutie de ceux qui la défendent n’efface pas qu’elle a participé à un forum aux côtés d’un dirigeant du Hamas, dont elle qualifie l’action de « résistance » ou qu’elle a parlé par le passé des États-Unis « subjugués par le lobby juif ». L’antisémitisme n’est acceptable ni dans les cours d’école, ni sur Internet, et encore moins à l’ONU !
Mesdames, messieurs, permettez-moi également un constat. En septembre, quelques jours avant la reconnaissance de l’État palestinien par la France, l’Autorité palestinienne mettait enfin en détention un des suspects de l’attentat de la rue des Rosiers, dans la perspective d’une extradition.
Vous le savez, les institutions juives étaient largement opposées à cette reconnaissance alors que des otages étaient encore retenus à Gaza, que le Hamas n’a pas désarmé et que beaucoup d’États de la région ne reconnaissent pas Israël. Cinq mois plus tard, ce suspect n’a toujours pas été extradé. Alors, je m’interroge : qu’est-ce que la France a gagné avec cette reconnaissance prématurée ?
Les institutions juives ont toujours soutenu tous les processus de paix au Proche-Orient et continueront à le faire. Parce que nous sommes français, parce que nous sommes juifs, nous sommes sensibles à la détresse de toutes les populations civiles, palestiniennes comme israéliennes, y compris donc les civils de Gaza. Mais cela ne nous empêchera jamais de dire que la cause d’Israël est juste dans cette guerre qu’il n’a pas choisie. Ni de continuer à appeler à la paix entre Israéliens et Palestiniens.
Mesdames, messieurs,
Nous vivons des temps étranges où la République est abîmée par ceux qui devraient la défendre.
La République s’abîme quand des maires, par clientélisme ouvrent la porte à l’islamisme des « Frères musulmans » dans leurs villes.
Elle s’abîme quand on laisse se tenir une messe en hommage à Pétain alors que la République l’avait condamné à l’indignité nationale.
Elle s’abîme quand on laisse Al Jazeera et sa déclinaison sur les réseaux sociaux AJ+ diffuser en France une rhétorique islamiste, qui attaque la laïcité française autant qu’elle menace les Juifs.
Elle s’abîme quand des députés du parti « passionnément antisémite », ceints de leur écharpe tricolore mais brandissant des drapeaux palestiniens, tiennent meeting au cri de « Sionistes hors des facs » au sein-même de nos universités.
Elle s’abîme quand on laisse le populisme de l’extrême droite, sous le visage juvénile du RN, se banaliser et se présenter comme unique recours face à LFI.
Elle s’abîme quand un avocat dans le procès de l’assassinat de Samuel Paty a l’indécence de prétendre qu’il aurait discriminé des élèves musulmans.
Elle s’abîme aussi quand un conseiller d’État s’égare en appelant à des « rafles » contre l’immigration illégale. Les mots ont un sens parce qu’ils ont une Histoire.
Monsieur le Premier ministre, être universaliste, c’est demander à la fois plus de République et la même République pour tous.
Dans ce combat, je salue la tenue des assises de la lutte contre l’antisémitisme et l’adoption de la loi contre l’antisémitisme et le racisme à l’Université. Je veux saluer aussi l’engagement de la DILCRAH. Mais comment accepter que le budget de la DILCRAH, 15 millions d’euros, soit par exemple inférieur à la contribution française à l’UNRWA ? Nous consacrons chaque année, à raison, des centaines de millions d’euros à désenclaver des quartiers, pourquoi ne pas faire un effort comparable pour désenclaver les esprits ?
Il est temps aussi d’aller plus loin sur le plan législatif. Lorsque l’antisémitisme était racial, l’Assemblée nationale s’est dressée et a voté, en 1972, la loi Pleven pour pénaliser l’incitation à la haine raciale. Quand l’antisémitisme a pris le visage du négationnisme, elle s’est encore levée, c’est la loi Gayssot en 1990. Aujourd’hui que l’antisémitisme prend sa source dans la haine d’Israël, la représentation nationale doit, encore une fois, faire progresser la loi.
La loi Pleven n’a pas empêché le progrès de la biologie. La loi Gayssot n’a pas entravé la recherche historique. J’ai confiance dans les juges : la loi proposée par Caroline Yadan et de nombreux parlementaires ne réduira en rien la liberté d’expression. Au contraire, en distinguant clairement les discours de haine des critiques légitimes, elle la protégera.
Monsieur le Premier ministre,
En 1791, deux jours à peine séparent la première abolition du délit de blasphème, du décret d’émancipation des Juifs de France. Et comme en écho dans l’Histoire, en 2015, deux jours séparent également l’attentat de Charlie Hebdo, accusé de blasphème par des islamistes, et l’attentat de l’Hyper Cacher.
Ce hasard qui n’en est pas, dit mieux que de longs discours pourquoi en France la condition des Juifs sera toujours liée à celle de l’esprit critique et de la laïcité. Croyants ou non, nous partageons la conviction que la laïcité a été, si j’ose dire, une bénédiction républicaine. Depuis 120 ans, les Français juifs, comme tant d’autres, l’ont chérie et protégée et ne resignent pas aujourd’hui à la voir conspuée ou brocardée.
Le 23 juin prochain, la dépouille de Marc Bloch fera son entrée au Panthéon. Avec lui, il y apportera l’une des plus belles déclarations d’amour à la France « La France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur ».
Monsieur le Premier ministre, dans le sillage de Marc Bloch, de Léon Blum, de Georges Mandel, de Pierre Mendès-France et de tant d’autres, les Français juifs aiment et défendent la République.
De tous temps, de la Révolution française à la Résistance, de l’Affaire Dreyfus à aujourd’hui, nous n’oublions pas que des Français se sont battus aux côtés de leurs concitoyens juifs pour dire que l’antisémitisme est une injure au pacte républicain.
Au nom des institutions juives de France, je veux donc dire aux centaines de milliers de personnes descendues dans la rue le 12 novembre 2023, aux 76 % de Français qui considèrent l’antisémitisme comme une menace pour la République, que le visage de la France ne serait pas le même sans eux.
Le visage de la France, c’est celui des policiers qui protègent les synagogues et les écoles, parce que personne ne doit être ciblé pour ce qu’il est. Celui des juges, des enseignants, des éducateurs qui refusent le fatalisme face à l’antisémitisme comme face à toutes les haines racistes.
Le visage de la France que nous voulons retenir, c’est d’abord celui d’Émile Zola qui écrit « J’accuse », de Stanislas de Clermont-Tonnerre qui plaide pour l’émancipation des Juifs de France, de Monseigneur Saliège et sa lettre pastorale dénonçant les persécutions antisémites, de Lucie Aubrac et son courage dans la résistance, de Clémenceau et sa détermination à défendre Dreyfus, de Joséphine Baker qui transportait des messages cryptés dissimulés dans des partitions. C’est le visage de la France humaniste et universaliste. C’est le visage de la République.
Monsieur le Premier ministre, le génie français et l’esprit du judaïsme ont en commun le combat pour des valeurs et un refus obstiné du fatalisme.
Alors, ce soir, tous ensemble, engageons-nous à garder l’esprit critique comme chemin et l’universalisme comme horizon.
Je vous remercie.







