Le Festival de Bayreuth annule une conférence sur l’antisémitisme de Richard Wagner
Le festival a invoqué des raisons de sécurité pour justifier l’annulation de la conférence. Une décision « absurde », selon Michel Friedman, qui devait animer la conférence.
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Le Festival de Bayreuth, grand rendez-vous estival fondé par le compositeur Richard Wagner et dédié à l’exécution de ses œuvres majeures, a décidé d’annuler une conférence portant sur l’antisémitisme et l’héritage du musicien. Intitulée « Voix réduites au silence », celle-ci devait se tenir dans le cadre de l’édition 2026 du festival, organisée du 24 juillet au 26 août à Bayreuth, en Allemagne – l’épicentre mondial de l’œuvre wagnérienne.
La conférence devait être animée le 26 juillet au « Festspielhaus » (Palais des Festivals), imaginé par Wagner lui-même pour concrétiser son concept d’« œuvre d’art totale », associant musique, chant et mise en scène. Michel Friedman, intellectuel juif allemand notable et également très impliqué dans plusieurs institutions juives allemandes et européennes, devait animer la conférence en question.
Cependant, la direction du festival a récemment annoncé l’annulation de la conférence, en prétextant de possibles difficultés liées à la sécurité. Heinz-Dieter Sense, directeur par intérim du festival, a expliqué, de manière relativement ambiguë, qu’« il est impossible de maintenir le niveau de sécurité maximal au Festspielhaus deux fois de suite ». « Le temps entre la fin de la conférence du matin et le début de la représentation de l’après-midi est trop court », avant d’ajouter : « Compte tenu de la situation mondiale actuelle, tout le monde est extrêmement prudent. »
Une justification d’autant plus difficile à comprendre que Katharina Wagner, directrice du festival et descendante du compositeur, avait récemment affirmé que cette édition, marquant le 150e anniversaire du festival, se devait de « jeter un regard critique sur notre histoire ». Elle soulignait qu’il s’agissait d’une « occasion à la fois d’honorer les réalisations artistiques et d’aborder ouvertement les chapitres problématiques de notre passé ».
Michel Friedman a vivement critiqué cette annulation, qu’il qualifie d’« absurde et anti-démocratique ». Selon lui, « cette annulation pour des raisons de sécurité, c’est se suicider dans une démocratie ».
L’antisémitisme de Richard Wagner est largement documenté. Dans son traité publié en 1850, Das Judenthum in der Musik (Le Judaïsme dans la musique), le compositeur affirmait que les Juifs étaient intrinsèquement incapables de produire un art allemand authentique. Il décrivait leur musique comme superficielle et considérait que, parce qu’ils étaient étrangers, selon lui, à la culture allemande, leurs contributions artistiques ne pouvaient être que limitées.
Bien que célébré de son vivant, l’héritage de Wagner reste profondément marqué par son lien avec Hitler, un fervent admirateur.
Ces dernières années, le Festival de Bayreuth avait pourtant multiplié les initiatives visant à aborder de manière critique l’antisémitisme du compositeur ainsi que les liens historiques entre le festival et le nazisme. Notamment, le musée du festival traite directement de ces questions et met en lumière la contribution d’artistes et de collaborateurs juifs au festival avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, dont beaucoup furent ensuite persécutés ou assassinés par le régime nazi.
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