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Le maire palestinien de Hébron offre 20 shekels à quiconque tue un chien errant

L'offre de Tayseer Abou Sneineh a conduit à la publication de scènes de violence contre des chiens sur les réseaux sociaux ; il est ensuite revenu sur ses propos

Illustration : Un chien regardant un homme transportant des réservoirs d'eau dans une maison de la ville de Hébron, le 7 août 2008. (Crédit : Kobi Gideon/FLASH90)
Illustration : Un chien regardant un homme transportant des réservoirs d'eau dans une maison de la ville de Hébron, le 7 août 2008. (Crédit : Kobi Gideon/FLASH90)

Le maire palestinien de Hébron, Tayseer Abou Sneineh, a suscité l’indignation après avoir offert une prime pour l’abattage des chiens errants dans sa ville.

Lors d’une interview accordée à une station de radio locale mercredi, Abou Sneineh a annoncé : « Quiconque tue un chien errant ou nous livre un chien errant qui a été abattu, sera récompensé de 20 shekels pour chaque corps remis ».

Abou Sneineh, qui a vécu une grande partie de sa vie en dehors de Hébron – en Jordanie et dans une prison israélienne, pour sa participation à une attaque terroriste à Hébron en 1980 – a expliqué dans l’interview, qu’il s’était inspiré de la Jordanie.

« C’est un problème que je connais bien. En Jordanie, il y a des sangliers. Ils causent des dégâts et attaquent les gens. Ils avaient l’habitude de distribuer 100 dinars à quiconque tuait un sanglier. »

Suite à ses commentaires, certaines vidéos et photos partagées sur les réseaux sociaux ont prétendu montrer des habitants de Hébron rassemblant des chiens errants et les tuant ou les maltraitant. Or, certaines de ces images semblaient être fausses ou anciennes et n’avaient aucun rapport avec l’offre du maire.

Après que la déclaration d’Abou Sneineh a suscité la condamnation des défenseurs des animaux, des messages moqueurs sur les réseaux sociaux et des cas isolés de violence contre les chiens, le maire est revenu sur ses propos, affirmant vendredi que la mairie n’avait pas mis en place un tel programme de prime. Il a également déclaré samedi à la Douzième chaîne qu’il n’était pas sérieux lorsqu’il a fait cette offre.

Tayseer Abou Sneineh. (Crédit : Facebook)

S’exprimant dans la même émission de radio, il a néanmoins défendu l’idée.

« Aucune décision n’a été prise et aucun programme n’a été mis en place, je partageais simplement l’idée que récompenser un citoyen qui neutralise des chiens errants pourrait être quelque chose de positif », a affirmé Abou Sneineh.

« Des enfants ont été mordus par des chiens errants et leur état était extrêmement critique… c’est un vrai problème qui nécessite une solution », a-t-il ajouté.

Selon les statistiques de l’Autorité palestinienne (AP) rapportées par la BBC, 73 personnes ont été blessées par des chiens errants dans les Territoires palestiniens depuis le début de l’année. Le ministère de la Santé de l’AP travaille avec les autorités locales pour trouver des solutions au problème.

Le fait qu’Abou Sneineh ait lancé l’idée d’une prime a été sévèrement critiqué par les défenseurs des animaux, tant dans les Territoires palestiniens qu’en Israël.

Peu après l’interview radiophonique, la Ligue palestinienne des animaux (PAL) lui a demandé de « se rétracter » et de « clarifier » sa proposition, qu’elle a dénoncée comme entraînant « des violations religieuses, humanitaires, sanitaires et juridiques ». PAL a insisté sur le fait que le budget de la ville pourrait, de manière beaucoup plus éthique, être consacré à un programme de stérilisation des chiens errants.

Michael Ettinger, chef de l’Union des vétérans israéliens (IVU), a été scandalisé.

« C’est tellement cruel qu’il n’y a pas de mot », a déclaré Ettinger dans un communiqué. « S’occuper de la question des chiens errants et des autres animaux doit être fait avec sensibilité, professionnalisme et compassion. Les vétérinaires doivent emmener les chiens dans des chenils et trouver des moyens d’empêcher leur multiplication, notamment en stérilisant les mâles et les femelles. »

Ettinger a invité Abou Sneineh à lire les directives de l’IVU sur les animaux errants et a demandé au gouvernement israélien d’exiger qu’Abou Sneineh cesse d’appeler à tuer les chiens errants.

Certains habitants de Hébron ont semblé prendre les déclarations du maire moins comme un appel à l’action que comme une source de commentaires ironique, et parfois plutôt sombres.

Une image « photoshopée », circulant sur les réseaux sociaux, montrait un chien sur ses pattes arrière équipé d’un fusil d’assaut pour se défendre.

Un utilisateur de Twitter a calculé que 30 chiens morts livrés quotidiennement à l’hôtel de ville à 20 shekels la pièce se traduiraient par un salaire mensuel de 18 000 shekels. « C’est mieux que n’importe quel autre emploi ! », a plaisanté cette personne. Le salaire mensuel moyen des Palestiniens, en Cisjordanie, est d’environ 6 000 shekels.

Abou Sneineh a dû avoir vent des plaisanteries faites à ses dépens. Dans l’interview dans laquelle il a cherché à clarifier sa déclaration initiale, le maire de Hébron a déclaré, à propos de la vue d’enfants victimes de morsures de chiens : « C’est un spectacle qui vous fait souffrir, il n’y a donc pas de quoi s’amuser. »

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