Le récit d’une visite diplomatique US en Terre Sainte en 1834, mis aux enchères
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Le récit d’une visite diplomatique US en Terre Sainte en 1834, mis aux enchères

Un passager d'un navire américain à quai à Jaffa il y a 186 ans a appris qu'il ne pouvait pas visiter Jérusalem: "Comme Moïse, je pourrais voir la Terre promise mais pas y entrer"

Une photographie de la ville portuaire de Jaffa prise depuis la mer par P. Bergheim, vers 1860. (Bibliothèque du Congrès)
Une photographie de la ville portuaire de Jaffa prise depuis la mer par P. Bergheim, vers 1860. (Bibliothèque du Congrès)

JTA – Un compte rendu détaillé de l’un des premiers voyages diplomatiques américains vers la Palestine pré-étatique a fait surface dans le cadre d’une vente aux enchères à venir à Jérusalem.

Le récit apparaît dans une lettre manuscrite de l’un des passagers de l’USS Delaware, un navire de la marine américaine qui a sillonné la Méditerranée en 1834 et fait escale dans la ville portuaire de Jaffa, alors sous la domination de l’Empire ottoman.

Envoyée depuis l’île espagnole de Minorque et adressée à Circleville, dans l’Ohio, la lettre de quatre pages décrit plusieurs moments historiques importants du voyage du voilier, notamment une escale dans la Palestine pré-étatique et une visite au premier diplomate américain en poste dans la région.

Selon la maison de vente aux enchères Kedem, l’existence de la lettre était totalement inconnue des spécialistes qui étudient l’histoire de la Terre Sainte et la diplomatie américaine en Palestine. Le collectionneur anonyme qui a repéré la lettre et réalisé son importance se concentre habituellement sur l’histoire du service postal israélien. Cette personne a acheté l’objet à un autre collectionneur qui le considérait comme un artefact pertinent pour l’histoire maritime et postale des États-Unis.

Meron Eren, co-fondateur et propriétaire de la maison d’enchères Kedem, tient une lettre du compositeur antisémite allemand Richard Wagner à Jérusalem le 16 avril 2018. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

« Cette lettre revêt une grande importance tant pour l’histoire des Juifs américains que pour l’histoire de l’État d’Israël », a déclaré Meron Eren, PDG de la maison de vente aux enchères Kedem, dans un communiqué. « Il est étonnant de la lire, ne serait-ce que pour connaître les relations entre les États-Unis et la Palestine à l’époque. »

Le passager auteur de la lettre, Lewis Woofley, décrit la traversée d’une grande partie de la Méditerranée sur un itinéraire vers l’est, le long des côtes françaises, italiennes et grecques, avec des arrêts sur diverses îles. Finalement, le voilier a atteint le port d’Alexandrie en Égypte. Bien au fait de la géographie de l’Antiquité, Woofley est ravi à la vue de diverses ruines, relevant des lieux mentionnés dans la tradition populaire ancienne.

Une escale prolongée en Égypte permit à Woofley et aux autres passagers de l’USS Delaware de s’aventurer à l’intérieur des terres où ils rencontrèrent le dirigeant local, Mohammad Ali. Connu aujourd’hui comme le fondateur de l’Égypte, Ali était occupé à façonner une nation moderne à partir de l’ancien royaume lorsque ce public de visiteurs occidentaux est arrivé.

« Nous avons traversé la baie à la rame jusqu’à son palais, où nous avons été reçus par lui, assis sur son divan dans un coin de la pièce », écrit Woofley. « Il ne s’est pas levé pour venir à notre rencontre, mais a gardé sa position jambes croisées en inclinant la tête et en nous faisant signe de nous asseoir. Le café nous a été servi dans des tasses en porcelaine fine reposant sur des supports dorés. »

La première page d’une lettre récemment découverte, écrite par un passager du USS Delaware en 1834. (Autorisation de la maison de vente aux enchères Kedem, Jérusalem, via JTA)

Au cours de la conversation, le Pacha « bon vivant », comme l’appelle Woofley, a fait preuve d’un charisme qui a apparemment conquis ses visiteurs.

« Le Pacha est l’un des hommes les plus intéressants, à bien des égards, de l’époque », écrit Woofley. « Les changements qu’il a apportés à ses sujets, les améliorations qu’il a apportées et qu’il poursuit encore en Égypte sont immenses. »

Depuis l’Égypte, le navire a navigué vers le nord-est le long de la côte jusqu’à ce qu’il atteigne les rives de la Terre Sainte. Voici comment Woofley était excité le matin de son arrivée, selon la lettre : « La Terre Sainte ! La Palestine ! Les sentiments, les réflexions, les extases, vous pouvez plus facilement les imaginer que les décrire. »

Un diplomate américain en poste en Palestine, David Darmon, monte à bord du navire et informe les visiteurs des conditions auxquelles ils doivent s’attendre à leur débarquement. Darmon était un juif français qui a servi comme agent consulaire, le premier représentant américain dans la région. On sait peu de choses sur lui, ce qui rend la découverte de cette lettre importante.

La reddition ottomane de Jérusalem en 1917. (Domaine public)

Woofley était enthousiaste à l’idée de faire un pèlerinage à Jérusalem, mais Darmon a apporté des nouvelles qui semblaient annuler cette possibilité. La Palestine était dans un « état instable ». Darmon parle de mauvaises routes, de bandits et d’une peste dangereuse qui sévit dans la région.

« Quel dommage ! » écrit Woofley. « Après être venus de si loin et en avoir été si proches – Comme Moïse, il nous est seulement permis de voir la Terre promise, mais pas d’y entrer. »

La maison de vente aux enchères Kedem s’attend à ce que la lettre atteigne un prix compris entre 2 000 et 4 000 dollars, le produit de la vente revenant à un vendeur anonyme.

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