Le traitement des eaux usées atténuera la crise de l’eau à Gaza
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"Nous avons affaire à des gens, et ils ont besoin d'eau"

Le traitement des eaux usées atténuera la crise de l’eau à Gaza

L'ouverture d'une usine de traitement des eaux usées apportera un peu de répit aux résidents assoiffés de la bande, mais les autorités affirment qu'il reste encore beaucoup à faire

Des enfants palestiniens remplissent des jerrycans avec de l'eau potable provenant de robinets publics dans le sud de la bande de Gaza, le 11 juin 2017 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)
Des enfants palestiniens remplissent des jerrycans avec de l'eau potable provenant de robinets publics dans le sud de la bande de Gaza, le 11 juin 2017 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Avant d’être interrompue par une tentative d’assassinat, la visite du Premier ministre palestinien Rami Hamdallah à Gaza mardi – sa première en cinq mois – devait se focaliser sur le problème des eaux usées, mettant ainsi en lumière la situation catastrophique du territoire à ce sujet.

Pour sa première étape à Gaza, Hamdallah devait participer à une cérémonie d’inauguration d’un centre d’urgence de traitement des eaux usées du nord de Gaza ayant coûté 43 millions de dollars et parrainé par la Banque mondiale.

L’instabilité politique et les luttes intestines à Gaza ont retardé l’ouverture de l’installation pendant des années – le projet a été approuvé en 2004. La bombe qui a explosé près du convoi d’Hamdallah ce mardi était un rappel douloureux du conflit toujours en cours entre le Fatah et le Hamas.

Faute de moyens adéquats et en raison des coupures d’électricité incessantes qui entraînent de nombreux dysfonctionnements des stations d’épuration existantes – mais inadéquates –, les eaux usées sont généralement déversées directement dans la mer Méditerranée et s’infiltrent dans les eaux souterraines de Gaza.

Durant les années où l’ouverture de l’usine a sans cesse été repoussée, le peu d’eau naturellement disponible dans ces aquifères a été surpompé et s’est vu de plus en plus pollué par l’eau de mer et les eaux usées. Alors que la situation s’est aggravée par des années de sécheresse, Gaza est désormais confronté à une grave crise de l’eau, et 97 % de ses réserves en eau sont jugées impropres à la consommation humaine.

Aujourd’hui, si Gaza a besoin d’environ 200 millions de mètres cubes d’eau par an, les aquifères naturels ne peuvent en fournir que 50 millions. Selon l’accord historique sur l’eau signé en juillet dernier et négocié par l’envoyé américain Jason Greenblatt, Israël acceptait de fournir 10 millions de mètres cubes d’eau à Gaza.

Selon Gidon Bromberg, co-directeur israélien d’EcoPeace Middle East, une organisation environnementale conjointe israélo-palestinienne-jordanienne, l’eau gazaouie est mélangée à l’eau israélienne, et les niveaux de salinité diminuent de façon suffisante à la rendre potable.

Israël va actuellement au-delà de l’accord en fournissant 11,5 millions de mètres cubes d’eau via Nahal Oz – le maximum que les infrastructures de Gaza peuvent gérer, a déclaré Uri Schor, porte-parole de l’Autorité israélienne de l’eau, affirmant que de son côté, Israël pourrait théoriquement fournir jusqu’à quinze millions de mètres cubes d’eau.

Selon Schor, depuis le retrait unilatéral d’Israël de Gaza en 2005, le forage non supervisé de puits a contribué à décimer les nappes phréatiques souterraines de l’enclave côtière. « Toute la région souffre d’une grave pénurie d’eau, mais les solutions sont technologiques », a-t-il déclaré.

Jason Greenblatt, au centre, envoyé spécial du président américain, Tzachi Hanegbi, à gauche, ministre de la Coopération régionale et Mazen Ghuneim, responsable de l’Autorité de l’eau de l’AP, à Jérusalem, le 13 juillet 2017 (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Mardi, lors d’une conférence dirigée par Greenblatt à Washington concernant la crise humanitaire à Gaza, il a souligné l’importance des projets d’infrastructures.

« Le Premier ministre était à Gaza afin d’inaugurer une usine de traitement des eaux usées que certains d’entre vous, des donateurs internationaux, ont financé pour améliorer la santé de la population de Gaza », a-t-il déclaré lors d’une réunion de dirigeants internationaux. « L’eau contaminée est la principale cause de maladie pour les nourrissons à Gaza. »

L’Autorité palestinienne, toujours furieuse suite à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par l’administration Trump le 6 décembre, a refusé d’assister à la conférence.

L’usine d’urgence de traitement des eaux usées du nord de Gaza jouera un rôle important dans les problèmes d’eau et aidera à protéger les aquifères menacés de la bande. Elle fournira également de l’eau recyclée sans danger pour l’irrigation.

Le centre recyclera les eaux usées d’environ 350 000 personnes dans le nord de la bande de Gaza qui pourront être ensuite utilisées pour irriguer les terres agricoles ou être évacuées en toute sécurité vers la mer Méditerranée, loin de la côte.

Les eaux usées non traitées de Gaza ont des effets environnementaux au-delà des frontières de la bande de Gaza et ont provoqué la fermeture des plages du sud d’Israël en raison des préoccupations concernant les niveaux élevés de matières fécales. En août dernier, un garçon de Gaza âgé de 10 ans est mort après avoir nagé dans l’eau de mer polluée : les coupures d’électricité à Gaza avaient provoqué le dysfonctionnement des usines de traitement des eaux usées existantes de la Bande.

Cette photo prise le 2 juillet 2017 montre des déchets éparpillés le long du littoral de la ville de Gaza (Photo AFP / Mahmud Hams)

« Il est dans l’intérêt d’Israël autant que dans l’intérêt des Palestiniens de faire cesser le déversement des eaux usées vers la Méditerranée ou les eaux souterraines », a déclaré Bromberg d’EcoPeace.

Il a expliqué que la tentative d’assassinat de mardi ne devrait pas empêcher Israël de continuer à construire des infrastructures visant à apporter de l’eau à Gaza, et notamment en installant des tuyaux au sud de Gaza et en aidant l’Autorité de l’eau de l’AP à construire des réservoirs.

Le problème est que la construction d’un réservoir d’eau nécessite du ciment, un matériel « à double usage » qu’Israël interdit d’importer dans la bande de Gaza parce qu’il pourrait également être utilisé pour la construction de tunnels d’attaque terroriste.

« Nous ne devrions pas attendre parce que [ces projets] prennent énormément de temps à construire. Israël doit aller de l’avant », a-t-il déclaré. « Il ne fait aucun doute que ces ressources supplémentaires en eau sont nécessaires à la fois pour des questions humanitaires à Gaza et pour la sécurité nationale d’Israël. »

« Nous devons tous nous inquiéter, car nous ne savons jamais de quoi résulteront d’éventuels troubles civils liés à d’autres coupes de ce besoin vital qu’est l’eau, et cela n’est dans l’intérêt de personne », a-t-il déclaré. « Cette insécurité de notre voisin liée à l’eau doit faire partie de nos propres préoccupations de sécurité nationale. »

Schor, le porte-parole de l’Autorité israélienne de l’eau, a fait écho aux sentiments de Bromberg, affirmant que son organisme voulait fournir le maximum d’eau possible à Gaza, malgré les pénuries d’eau et les sécheresses en Israël.

« La majorité de la population de Gaza ne veut pas de nouvelle guerre. Ils n’envoient pas les missiles, mais ils ont besoin d’eau », a-t-il dit. « Nous avons affaire à des gens, et ils ont besoin d’eau. »

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