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Le tribunal militaire prolonge la détention provisoire de Palestiniens

Les juges ont assigné à résidence un Israélien pour le même incident ; la police refuse de rendre le corps d'un militant palestinien tué par un résident d'implantations

Des visiteurs réconfortent la famille en deuil d'Awdah Hathaleen dans le village palestinien d'Umm al-Kheir, dans le sud de la Cisjordanie, le 29 juillet 2025. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)
Des visiteurs réconfortent la famille en deuil d'Awdah Hathaleen dans le village palestinien d'Umm al-Kheir, dans le sud de la Cisjordanie, le 29 juillet 2025. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Mercredi, un juge militaire a ordonné que les quatre Palestiniens soupçonnés d’avoir lancé des pierres lors de l’incident au cours duquel le militant palestinien Awdah Hathaleen a été tué soient maintenus en détention pendant huit jours supplémentaires, après que le tireur israélien présumé a été relâché et assigné à résidence la veille.

Hathaleen, qui intervenait dans le documentaire oscarisé « No Other Land » sur les démolitions de maisons israéliennes en Cisjordanie, aurait été abattu lundi par Yinon Levi au cours d’une altercation à proximité du village d’Umm al-Kheir, dans le sud de la Cisjordanie. Levi, qui dirige une implantation agricole illégale dans la région, est visé par les sanctions de plusieurs pays occidentaux. Il a affirmé avoir agi en légitime défense après avoir été attaqué par un groupe de Palestiniens qui lui jetaient des pierres.

Les décisions judiciaires de mercredi ont souligné les différences de traitement entre les résidents d’implantations, qui jouissent de tous les droits civils israéliens, et les Palestiniens, qui sont soumis à l’autorité militaire israélienne en Cisjordanie.

Selon la loi israélienne, les suspects doivent être déférés devant un juge dans les 24 heures pour une audience de renvoi en détention provisoire. Mais le droit militaire israélien accorde aux autorités un délai pouvant atteindre 96 heures avant de présenter les Palestiniens devant un juge.

L’audience de Levi s’est donc tenue mardi devant le tribunal de première instance de Jérusalem, tandis que les Palestiniens arrêtés lors de l’incident ont pour leur part dû attendre mercredi avant de comparaître devant un juge pour la première fois. L’assignation à résidence de Levi expire vendredi. Les quatre Palestiniens soupçonnés d’avoir jeté des pierres resteront derrière les barreaux au moins jusqu’à jeudi prochain.

Nasser Odeh, qui représente les quatre suspects palestiniens, a indiqué au juge du tribunal militaire d’Ofer, en Cisjordanie, que ses clients avaient été détenus, menottés et enchaînés, pendant 13 heures dans une base militaire après leur arrestation lundi.

Awdah Hathaleen (Crédit : Eldad Rafaeli)

Pour motiver sa demande de prolongation de la détention provisoire des quatre Palestiniens, le représentant de la police israélienne a invoqué les dommages causés au bulldozer et au véhicule de Levi, affirmant que ce dernier avait fait usage de son arme car il craignait pour sa vie.

La police aurait également refusé de restituer le corps de Hathaleen, exigeant que ses proches s’engagent à respecter une série de conditions pour pouvoir récupérer la dépouille.

Le corps sans vie de Hathaleen est d’abord resté aux mains des autorités israéliennes, afin qu’elles puissent procéder à une autopsie dans le cadre de l’enquête en cours sur son assassinat.

L’autopsie a pris fin mercredi à midi. À minuit, la police n’avait toujours pas rendu la dépouille de Hathaleen.

Les forces de l’ordre ont informé la famille qu’elles ne restitueraient le corps que sous réserve de l’acceptation d’une série de conditions, notamment ne pas ériger de tente funéraire à proximité de leur domicile, limiter à 15 le nombre de personnes présentes aux funérailles et organiser celles-ci pendant la nuit, a fait savoir un avocat en contact avec la famille au Times of Israel.

L’armée israélienne a décrété l’établissement d’une zone militaire fermée couvrant tout le village d’Umm al-Kheir, affirmant que cette directive visait à maintenir l’ordre public. Selon les habitants, il s’agit en réalité d’une punition de l’armée, empêchant également la famille de recevoir des condoléances. La famille a tenté d’accueillir des visiteurs dans une tente funéraire mardi, mais l’armée israélienne les a expulsés à l’aide de bombes flash.

Le lieu où Awdah Hathaleen a été tué, dans le village palestinien d’Umm al-Kheir, en Cisjordanie, le 29 juillet 2025. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

La famille de Hathaleen a refusé d’accepter les conditions dictées par l’armée israélienne pour la restitution du corps, arguant que « Awdah n’est pas un voleur, et que nous ne l’enterrerons pas dans l’obscurité », selon son avocat.

Mercredi, aux premières heures de la journée, l’armée israélienne a arrêté neuf autres Palestiniens soupçonnés d’être impliqués dans l’incident au cours duquel Hathaleen aurait été abattu par Levi. Ce dernier a déjà été sanctionné par les États-Unis sous l’administration Biden, le Canada, le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Selon le mouvement La Paix Maintenant, le chef du village figurait parmi les personnes arrêtées.

Des militants ont raconté que l’armée était entrée dans Umm al-Kheir vers 4 h 30, mercredi matin, avec deux jeeps militaires, pour procéder aux arrestations.

La fusillade de lundi s’est produite alors que des militants pro-palestiniens tentaient de bloquer des travaux de terrassement qui étaient effectués par Levi à proximité de l’implantation de Carmel, adjacente à Umm al Kheir.

D’après l’organisation La Paix Maintenant, qui surveille les implantations, Hathaleen avait envoyé un message WhatsApp aux militants de la région, les informant que Levi avait tenté de couper la conduite d’eau principale du village. Il s’est ensuite rendu sur le chantier, accompagné d’autres militants, pour tenter d’empêcher les travaux.

Dans une vidéo filmée sur les lieux de la confrontation, on peut voir Levi, pistolet en main, tirer en l’air, prétendument pour éloigner les Palestiniens.

Une vidéo réalisée après l’incident et relayée par des militants pro-palestiniens semblait montrer Levi en train de parler avec des militaires et des policiers, tout en désignant des habitants d’Umm al-Kheir à l’intérieur du village. La police et les soldats de l’armée israélienne sont ensuite entrés dans le hameau et ont procédé à des arrestations, apparemment sur recommandation de Levi.

Mardi, lors de l’audience concernant la prolongation de la détention provisoire de Levi, un représentant des forces de l’ordre a indiqué que « de nombreux émeutiers » avaient jeté des pierres sur Levi et sur un mineur qui conduisait un engin de chantier « dans le but de leur faire du mal ».

Levi possède, avec son frère, une entreprise de construction nommée Il Harei Yehudah. L’Administration civile, un département du ministère de la Défense, a sous-traité à Il Harei Yehudah des travaux de démolition de structures palestiniennes illégales dans les collines du sud d’Hébron.

Lors d’un incident survenu en 2023, Levi a détruit trois citernes d’eau avec son bulldozer dans le hameau palestinien de Susyia dans le cadre de travaux pour le compte de l’administration civile, qui lui avait demandé de mettre en place un barrage routier sur l’unique route d’accès aux habitations des collines du sud d’Hébron.

Levi est également le fondateur de l’avant-poste illégal de la ferme de Meitarim, située dans la région des collines du sud d’Hébron.

Les groupes de défense des droits civils ont souvent mentionné la ferme de Meitarim dans des requêtes soumises à la Haute Cour, disant que l’avant-poste était responsable d’actes de harcèlement et de violences à l’encontre des communautés locales de bergers palestiniens. Elles ont par ailleurs affirmé que Levi en particulier s’était livré à de telles violences à plusieurs reprises.

Yinon Levi travaille dans sa ferme dans les collines du sud d’Hébron, en Cisjordanie, le 12 mai 2024. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

Au mois d’avril dernier, le gouvernement avait offert des véhicules tout-terrain à Levi, ainsi qu’à 18 autres fondateurs et exploitants d’avant-postes illégaux en Cisjordanie.

L’utilisation de véhicules tout-terrain pour harceler des bergers palestiniens et leurs troupeaux est une tactique utilisée par les habitants des avant-postes agricoles fréquemment documentée. Levi lui-même a été filmé en train de recourir à cette même pratique dans le périmètre de la ferme de Meitarim.

Les violences en Cisjordanie se sont intensifiées depuis le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.

Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, plus de 950 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués au cours de cette période. Tsahal affirment que la grande majorité d’entre eux étaient des hommes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui affrontaient les soldats, ou des terroristes qui commettaient des attaques.

L’armée a affirmé avoir arrêté environ 6 000 Palestiniens recherchés en Cisjordanie, dont plus de 2 350 affiliés au Hamas, depuis le pogrom du 7 octobre.

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