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Leishmaniose : Des scientifiques israéliens développent un test ADN « tout-en-un »

Les chercheurs ont utilisé une méthode révolutionnaire pour analyser près de 2 000 spécimens vivants et mettre en évidence le rôle de la mouche des sables et détecter les parasites impliqués dans la maladie

Le professeur Gad Baneth, de la Faculté de médecine vétérinaire Koret, de la Faculté d'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement de l'Université hébraïque de Jérusalem et du laboratoire d'entomologie du ministère de la Santé, tient un moustique dans sa main droite et une tique dans sa main gauche. (Avec l'aimable autorisation de l'Université hébraïque de Jérusalem)
Le professeur Gad Baneth, de la Faculté de médecine vétérinaire Koret, de la Faculté d'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement de l'Université hébraïque de Jérusalem et du laboratoire d'entomologie du ministère de la Santé, tient un moustique dans sa main droite et une tique dans sa main gauche. (Avec l'aimable autorisation de l'Université hébraïque de Jérusalem)

Des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem et du ministère de la Santé ont développé une méthode révolutionnaire pour identifier les espèces de mouches des sables responsables de la transmission de la leishmaniose, une maladie parasitaire qui touche tout autant les humains que les animaux.

Dans une étude publiée dans la revue à comité de lecture PLOS Neglected Tropical Diseases, l’auteur principal, le Professeur Gad Baneth, évoque la technique de laboratoire tout à fait novatrice qui lui a permis d’identifier simultanément les espèces de phéromones, détecter les parasites de Leishmania et localiser les points d’alimentations de l’insecte, le tout avec un seul spécimen.

Baneth occupe la chaire Rybak-Pearson en médecine vétérinaire à l’École de médecine vétérinaire Koret de l’Université hébraïque de Jérusalem et est chercheur au Laboratoire d’entomologie du ministère de la Santé.

« Nous pouvons désormais faire l’économie des méthodes traditionnelles, longues et coûteuses, pour retracer le parcours du parasite, de l’animal à l’insecte puis à l’humain avec une précision sans précédent », explique Baneth au Times of Israel.

Ce nouvel outil permet aux vétérinaires et aux autorités sanitaires de disposer d’un moyen de surveillance et de contrôle de la leishmaniose — également connue en Israël sous le nom de « Rose de Jéricho » —, un sujet sur lequel le ministère de la Santé assure avoir considérablement investi ces 15 dernières années.

Connue pour toucher principalement les habitants des régions désertiques d’Israël, la leishmaniose cutanée, qui entraîne des lésions cutanées et des ulcérations, a touché des dizaines de soldats pendant la guerre contre le Hamas à Gaza.

Une mouche des sables. (Avec l’aimable autorisation de Liora Studentsky du département d’entomologie du ministère de la Santé)

La mouche des sables transmet le parasite

La leishmaniose est désormais un enjeu de santé publique majeur en un grand nombre d’endroits, de par le monde, ajoute Baneth, mais pour lequel les outils diagnostiques sont trop limités pour permettre une surveillance et un contrôle efficaces.

La maladie est causée par de minuscules parasites du genre Leishmania qui se propagent aux humains par les piqûres de la mouche des sables, des insectes de taille similaire à celle des moustiques.

La maladie commence par les animaux, y compris les chiens et les rongeurs comme les gerbilles ou les rats des sables, qui portent le parasite à l’intérieur de leur organisme.

Lorsqu’une mouche des sables – le vecteur de la maladie – mord un animal infecté, elle aspire le parasite en même temps que son sang. Si ensuite elle mord un être humain, elle lui transmet à son tour le parasite.

Selon le ministère de la Santé, la leishmaniose cutanée est la forme la plus courante de la maladie en Israël. Les ulcérations cutanées apparaissent sur le lieu de la morsure, généralement dans des parties du corps exposées comme les membres ou le visage.

Des ulcérations cutanées de la Leishmaniose sur le bras d’une personne. (Avec l’aimable autorisation de Gad Baneth)

Des médicaments tels que des crèmes topiques ou des injections dans les zones touchées peuvent abréger la durée de la maladie, mais les ulcérations, bien que non létales, peuvent être douloureuses.

En revanche, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime que 700 000 à 1 million de nouveaux cas surviennent chaque année, la leishmaniose viscérale, causée par une autre espèce du parasite et présente dans certaines régions de l’Inde et de l’Afrique, peut être mortelle jusque dans 95 % des cas lorsqu’elle n’est pas traitée.

« C’est une forme mortelle de la maladie qui touche surtout les enfants, les bébés et les personnes immuno-déprimées », explique Baneth.

Les amstigotes de Leishmania, des parasites qui vivent et se multiplient à l’intérieur d’un macrophage, un globule blanc dont le rôle est de protéger le corps des infections. (Avec l’aimable autorisation de Liora Studentsky, département d’entomologie du ministère de la Santé)

Une nouvelle technique pour étudier l’ADN des mouches des sables

Les chercheurs ont analysé près de 2 000 mouches des sables collectées en Israël et mis en évidence l’existence de 12 espèces différentes de mouches des sables, quatre espèces de Leishmania et 25 sources de contamination différentes, allant des chats domestiques aux vaches en passant par les lièvres.

Pour ce faire, ils ont utilisé une technique appelée HRM-PCR (réaction en chaîne de polymérase de fusion à haute résolution) pour étudier l’ADN des mouches des sables.

À mesure que l’ADN s’échauffe, il fond à différentes températures, et ses brins se détachent. Cet effet a permis aux scientifiques d’identifier trois composantes importantes de la maladie en même temps, poursuit Baneth.

« Nous avons pu déterminer l’espèce de la mouche des sables, l’animal ou l’humain affecté et la présence du parasite leishmania, tout ça en même temps », souligne-t-il.

C’est la première fois que les scientifiques parviennent à obtenir toutes ces données en un seul test.

Liora Studentsky du département d’entomologie du ministère de la Santé, l’une des scientifiques ayant travaillé avec le professeur Gad Baneth sur son projet de leishmaniose. (Autorisation)

« Ce test fait tout simultanément. C’est assez rapide, avec des résultats disponibles en l’espace de quelques heures », ajoute-t-il encore.

Baneth estime que ce test aura des applications pratiques.

« Si, par exemple, l’armée israélienne souhaite ouvrir une nouvelle base ou une entreprise ouvrir une usine quelque part dans le désert, nous pourrons leur dire à quel endroit se trouvent les mouches des sables ou les parasites de la leishmania endémiques à cette région », explique Baneth.

Tableau explicatif du cycle de vie et de transmission de la Leishmaniose. (Avec l’aimable autorisation d’Eva Baixauli Algaba)

« Quand on travaille avec des centaines d’échantillons de mouches des sables, on a impérativement besoin d’un outil pour aller vite au niveau des analyses », ajoute la Dre Eva Baixauli Algaba, vétérinaire qui travaille avec Daktari Andorra, une ONG active en Ouganda, pays dans lequel la leishmaniose viscérale, parfois mortelle, est en hausse.

Algaba n’a pas pris part à l’étude de Baneth.

Dans une réponse écrite au Times of Israel, elle explique qu’ « avec un seul test de HRM, il est désormais possible d’identifier l’espèce de mouche des sables, déterminer sur quel animal elle se nourrit et détecter si elle est porteuse de la leishmanie. »

La Dre Eva Baixauli Algaba, vétérinaire qui travaille avec l’ONG Daktari Andorra, dans un laboratoire, avec des mouches des sables collectées en Ouganda dans le cadre d’un projet de l’Organisation mondiale de la santé sur la leishmaniose viscérale. (Autorisation)

« C’est une approche très prometteuse », estime-t-elle avant d’ajouter qu’elle espère pouvoir s’en servir dans le cadre de son projet sur la leishmaniose en Ouganda, « afin d’obtenir des réponses plus rapides et d’agir plus rapidement pour protéger les communautés les plus vulnérables d’Afrique. »

L’identification rapide et précise des vecteurs infectés et des hôtes animaux va permettre aux scientifiques d’ « anticiper » les nouveaux bassins et « protéger les populations animales et humaines », conclut Baneth.

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