L’enquête sur la mort de Barel Hadaria Shmueli livre ses résultats initiaux
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L’enquête sur la mort de Barel Hadaria Shmueli livre ses résultats initiaux

Les résultats ont été présentés à la famille du sniper de la police des frontières tué lors d'une émeute à la barrière de sécurité de Gaza

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des émeutiers palestiniens affrontent les troupes israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, là l'est de Gaza City, le 21 août 2021. (Crédit :Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des émeutiers palestiniens affrontent les troupes israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, là l'est de Gaza City, le 21 août 2021. (Crédit :Abed Rahim Khatib/Flash90)

Une enquête de l’armée israélienne a attribué la responsabilité de la mort d’un sniper de la police des frontières, le mois dernier à la frontière avec Gaza, au déploiement médiocre des troupes et non aux règles de tirs qui n’étaient pas ce jour-là démesurément restrictives, a annoncé l’armée vendredi.

Le 21 août, les Palestiniens de la bande de Gaza avaient organisé une importante manifestation le long de la frontière avec l’enclave côtière, à proximité du poste-frontière Karni, aujourd’hui fermé. Au cours de ce mouvement de protestation, des dizaines d’émeutiers s’étaient précipités vers la barrière de sécurité, jusqu’à une fente présente dans le mur en béton qui était utilisée par les snipers israéliens comme position de tir. Un homme armé s’est approché du trou, y a glissé son arme et actionné la gâchette à trois reprises. Il a blessé grièvement à la tête un agent de la police des frontières, Barel Hadaria Shmueli, qui avait finalement succombé à ses blessures en date du 30 août.

Suite à la mort de Shmueli, ses parents – ainsi que des membres de l’opposition de droite – avaient vivement critiqué l’armée, accusant cette dernière d’avoir opté pour des règles d’engagement qui avaient empêché les soldats de maintenir les manifestants à distance de la frontière et d’avoir mal déployé les troupes sur le terrain. Un petit nombre de soldats avait également mis en cause Tsahal, lançant une campagne sur les réseaux sociaux affirmant avoir eu « les mains liées » par les hauts-responsables militaires.

L’armée a immédiatement lancé une enquête interne dont les premiers résultats, selon elle, viennent réfuter ces accusations.

Tsahal a reconnu qu’il aurait fallu déployer et utiliser les soldats de manière différente une fois que les émeutiers ont atteint le mur . En même temps, « aucun problème n’a été identifié dans les règles d’engagement qui n’ont été changées à aucun moment avant ces événements ou pendant », a dit l’armée.

« Le chef d’État-major a déterminé que les règles mises en place ont permis de mener à bien cette mission opérationnelle en supprimant toutes les menaces faites à la vie. Il a également été conclu que, durant cet événement, les soldats ont procédé à un nombre significatif de tirs en réponse aux émeutes », a continué l’armée.

L’agent de la police des frontières Barel Shmueli, à gauche, tué par des tirs à la frontière avec la bande de Gaza, le 21 août 2021 ; et le Premier ministre Naftali Bennett, à droite. (Crédit : Police des frontières ; Olivier Fitoussi/Flash90)

Les conclusions de l’enquête ont été présentées vendredi matin par le chef du Commandement du sud, le général de brigade Eliezer Toledano, à la famille du défunt.

Au début de la semaine, la famille de Shmueli avait réclamé une « enquête indépendante, objective et rigoureuse » sur les circonstances des tirs qui avaient grièvement blessé leur fils. Une initiative peu banale et spectaculaire dans la mesure où ce type d’incident est généralement géré par la chaîne de commandement et non par le biais d’investigations indépendantes.

« Nous avons appris auprès des amis de Barel que les instructions étaient restées, au mieux, vagues », avait commenté l’avocat de la famille, Ran Cohen Rochberger. « Instruction avait été donnée de contenir les émeutes et d’éviter des dommages non-nécessaires aux Palestiniens. »

Rochberger avait ajouté que la famille n’accepterait pas « le transfert des responsabilités à un officier de rang inférieur… nous ne cherchons pas de coupables mais nous réclamons une enquête du sommet au pied de la hiérarchie. Il est clair que l’échec, ici, a été multi-systémique… pas seulement au niveau de la police de la frontière mais bien de l’armée toute entière ».

En plus de rejeter l’accusation de règles trop restrictives concernant les tirs, les militaires ont fait savoir que l’enquête avait aussi déterminé que les soldats avaient été bien entraînés pour leur mission de riposte aux émeutes et que des soldats supplémentaires, dont des snipers et des tireurs d’élite, avaient été envoyés sur la frontière avant le mouvement de protestation.

Le chef d’état-major Aviv Kohavi a par ailleurs noté que de hauts-responsables militaires se trouvaient aux côtés des soldats sur la frontière. « Les commandants devancent les soldats et les emmènent dans la bataille. Et c’est bien ce qui est arrivé dans ce cas », a-t-il dit dans une déclaration.

Kohavi a toutefois donné l’ordre aux militaires de finaliser l’enquête sur la mort de Shmueli et de mettre en œuvre les leçons qui pourront en être tirées.

Le chef d’État-major Aviv Kohavi s’exprime lors d’une cérémonie sur la base de la marine israélienne de Haïfa, le 2 septembre 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Jeudi soir, Kohavi a pris la défense de ses hommes contre les critiques proférées à l’encontre de l’armée dans un discours marquant l’arrivée du général de Brigade David Salamé au poste de commandant de la marine.

« Les soldats et les commandants sont équipés de tous les outils nécessaires et les règles de tir sont claires. Affirmer le contraire est sans fondement et n’est rien d’autre qu’un mensonge total », a-t-il indiqué.

« Tout soldat se sentant menacé et en péril, que ce soit dans la bataille ou en temps de paix, a le droit – et doit – agir et faire disparaître la menace », a-t-il continué.

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