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Les franciscains dénoncent le projet de téléphérique de la Vieille Ville de Jérusalem

Selon les gardiens des sites catholiques en Terre Sainte, Jérusalem n’a pas tenu sa promesse de ne pas autoriser le passage en surplomb du cimetière du mont Sion

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Le nouveau Custode des biens de l’Église catholique en Terre Sainte, le prêtre franciscain italien Francesco Patton, au centre, lors d’une procession dans la Vieille Ville de Jérusalem, le lundi 6 juin 2016. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)
Le nouveau Custode des biens de l’Église catholique en Terre Sainte, le prêtre franciscain italien Francesco Patton, au centre, lors d’une procession dans la Vieille Ville de Jérusalem, le lundi 6 juin 2016. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

L’ordre franciscain chargé de la protection des sites catholiques en Terre Sainte a déposé un recours auprès de la Cour Suprême – le dernier en date d’une série déjà importante – contre la construction d’un téléphérique supposé relier la première gare de Jérusalem à la Vieille Ville.

Selon les avocats du Custodia Terra Sancta, la ville n’a pas tenu sa promesse de ne pas faire passer le téléphérique en surplomb du cimetière franciscain du mont Sion dans lequel sont inhumés des soldats britanniques sans oublier l’industriel allemand Oskar Schindler, qui a sauvé quelque 1 200 Juifs des nazis en les faisant travailler dans ses usines.

Le recours sera examiné le 16 septembre prochain.

La Custodia affirme que le compte-rendu d’une réunion tenue en 2017 avec un membre de l’Autorité de développement de Jérusalem atteste que cette promesse a été faite contre l’engagement de la Custodia à ne pas s’opposer au projet. (L’Autorité de développement de Jérusalem est une agence hybride du gouvernement et de la ville de Jérusalem).

Or, en début d’année, la Custodia a découvert un avis de travaux placardé non loin du cimetière annonçant l’expropriation de 0,3 hectare pour les besoins de l’érection de trois pylônes de téléphérique.

Eliana Touma, conseillère juridique de la Custodia, explique au Times of Israel que l’expropriation de terres appartenant au cimetière franciscain est discriminatoire, dans la mesure où les propriétés de l’État, de par leur caractère public, n’y seraient pas sujettes.

Or, la propriété privée du cimetière franciscain ne doit pas faire oublier qu’il était utilisé pour enterrer des catholiques, ce qui lui confère un caractère public, estime-t-elle.

Une série d’affaires judiciaires

Ce recours contre le téléphérique est loin d’être le premier mais, jusqu’à présent, les promoteurs du projet ont toujours obtenu gain de cause.

Le cimetière karaïte de Jérusalem photographié le 2 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Dusan Vranic)

Un précédent recours a été intenté par la très petite communauté karaïte, dont l’ancien cimetière d’une surface de 0,4 hectare est situé en contrebas du quartier d’Abu Tor, face au mont Sion. La communauté s’est tournée vers les tribunaux pour faire en sorte que le téléphérique ne passe pas au-dessus du cimetière. Selon la loi religieuse karaïte, il est interdit de placer quoi que ce soit entre un cadavre qui va être inhumé et le ciel. Un téléphérique passant en surplomb constituerait une sorte de toit.

Dans sa décision de rejet des objections de la communauté karaïte, la Cour Suprême précisait que la ville de Jérusalem avait écarté la possibilité de faire passer le téléphérique au-dessus du cimetière catholique (franciscain).

Relier Jérusalem-Est à Jérusalem-Ouest

Le projet, validé en Conseil des ministres en 2017, prévoit la construction d’1,4 kilomètre de voies entre la zone commerciale et de loisirs de la Première Station à Jérusalem-Ouest et la porte des Immondices de la Vieille Ville, près du mur Occidental et du site archéologique de la Cité de David, en passant par une vallée majoritairement peuplée de Palestiniens de Jérusalem-Est. Une station est prévue sur la route du Mont Sion.

Plans d’architecte d’un téléphérique à Jérusalem donnant à voir des pylônes parallèles à l’Ancien Rempart. (Crédit : Partie des plans soumis au Comité National de Planification).

Les téléphériques seront adossés à un système d’une quinzaine de pylônes, de neuf à 26 mètres de hauteur, bien visibles depuis des points clés en surplomb de la vallée de Hinnom.

Les autorités annonce des capacités de transport allant jusqu’à 3 000 personnes par heure avec un maximum de 72 cabines simultanées, transportant chacune 10 personnes.

Esquisse d’architecte du projet de station de téléphérique sur le mont Sion. L’église de la Dormition est visible à gauche. (D’après les plans soumis au Conseil national de planification)

Au sein du ministère du Tourisme comme de la municipalité de Jérusalem, les promoteurs du projet assurent que le téléphérique va attirer les touristes et réduire les embouteillages autour des murs de la Vieille Ville, avec une solution on ne peut plus écologique, indolore et financièrement viable. Ainsi sera-t-il possible, disent-ils, de transporter des voyageurs entre Jérusalem-Ouest et le mur Occidental, le site le plus saint pour les Juifs.

Ses détracteurs, au contraire, estiment que le projet est malvenu, politiquement et culturellement irresponsable et que bien loin de régler le problème des embouteillages, il ne fera que le déplacer au niveau de la première station.

Qui est intéressé ?

À l’occasion de la Journée de Jérusalem 2018, le gouvernement annonçait l’allocation de 200 millions de shekels pour le chantier du téléphérique, avec la perspective d’un parachèvement des travaux en 2021.

Un rendu d’artiste d’une station sur le futur téléphérique qui ira de la première gare de la Tahana HaRishona au mur Occidental dans la Vieille Ville. (Crédit : Autorisation de l’Autorité de développement de Jérusalem)

En 2020, l’Autorité de développement de Jérusalem procédait à un pré-appel d’offres pour évaluer l’intérêt du sujet. Ce pré-appel d’offres serait annulé ultérieurement.

Selon le quotidien Haaretz, quatre firmes multinationales ayant manifesté leur intérêt se sont depuis retirées – trois ont leur siège en France (et l’une d’entre elles a été invitée à se retirer par le gouvernement français en 2015, précise Haaretz) et la quatrième, HISTEC, en Suisse.

Des millions dépensés de toute façon

Aucune maison, aucun toit ne serait touché tout du long du tracé du téléphérique, assurait un membre de l’Autorité de développement de Jérusalem lors d’une réunion en 2018.

Pour autant, selon Sami Ershied, l’avocat des familles du quartier de Silwan à Jérusalem-Est, les avis d’expropriation émis jusqu’à présent concernent déjà trois à quatre maisons privées.

Selon Haaretz, 17 avis d’expropriation ont été publiés pour un total de 0,87 hectare en vue de la construction de pylônes.

Vue du quartier de Silwan, à Jérusalem Est, le 3 décembre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Emek Hashaveh, organisation de gauche impliquée dans la lutte contre la politisation de l’archéologie dans le contexte du conflit israélo-palestinien, le comité d’appel d’offres de l’Autorité de développement de Jérusalem a pris 88 décisions liées au téléphérique depuis 2013, choisi 47 fournisseurs en-dehors de toute procédure d’appel d’offres (dont deux ont apparemment été annulés) et dépensé près de 35 millions de shekels. Ces informations chiffrées sont issues des rapports du ministère des Finances sur les dépenses publiques.

L’Autorité de développement de Jérusalem, qui est directement en charge du projet, n’a pas souhaité répondre aux questions du Times of Israel.

Selon les termes d’un communiqué, le projet se poursuit sur l’ensemble du tracé conformément aux décisions de la Cour Suprême, aux décisions avalisées par les autorités et au séquençage des travaux.

Le ministère du Tourisme a rappelé qu’il finançait le projet conformément à la décision du gouvernement, tant dans la phase projet que dans celle de sa mise en œuvre.

Des obstacles à craindre

L’Autorité israélienne de la nature et des parcs, en charge du parc national qui jouxte les murs de la Vieille Ville, subordonne son appui au projet à la condition que la route menant à la porte des Immondices demeure principalement piétonne.

La Vieille Ville de Jérusalem est entourée d’un parc national. (Crédit : johannes86, iStock à Getty Images)

Zeev Hacohen, le planificateur de l’autorité pour le district de Jérusalem, rappelle que la présence d’infrastructures modernes dans un lieu aussi ancien a soulevé des interrogations, mais que l’INPA a choisi de soutenir le projet à condition qu’il débarrasse la zone des bus et de la pollution qui, selon lui, nuisent à la qualité des visites.

Tramway, rue Jaffa (crédit photo : Shmuel Bar-Am)

Hacohen a cité l’exemple de la rue Jaffa dans le centre-ville de Jérusalem, qui est piétonne à l’exception du tramway.

Le soutien de l’INPA dépendra du type de plan de circulation présenté par l’Autorité de développement de Jérusalem, a-t-il déclaré.

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