Les Juifs de Rexingen, ayant fui les nazis, ont rebâti leur vie à Shavei Tsion
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Les Juifs de Rexingen, ayant fui les nazis, ont rebâti leur vie à Shavei Tsion

Ils vivaient en paix avec leurs voisins pendant 400 ans, puis une croix gammée a flotté sur la tour locale, et la communauté a fui pour la Palestine

Les vestiges d'une église byzantine au grand plancher de mosaïque à Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les vestiges d'une église byzantine au grand plancher de mosaïque à Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

En 1937, un peu plus de 200 Juifs résidaient dans la ville allemande de Rexingen. Certains d’entre eux ont été relogés en tant que groupe au moshav Shavei Zion à la fin des années 1930 – tous les autres Juifs de Rexingen, qui ne pouvaient se résoudre à quitter leurs foyers, ou étaient trop vieux ou trop malades pour le faire, ont péri dans l’Holocauste.

Les Juifs vivaient à Rexingen depuis plus de 400 ans, arrivant en 1516, lorsque les chevaliers de Saint John – un ordre chrétien datant du 11e siècle – leur a offert sa protection.

La plupart des habitants juifs étaient des agriculteurs ou possédaient de petits commerces. La ville abritait une variété d’institutions juives.

Pendant des siècles, les Juifs et les Chrétiens de Rexingen vivaient en paix et en harmonie. Mais dans les années 1930, une croix gammée est apparue sur la tour de quatre mètres qui surplombait le village. Les nazis ont défilé à travers le village, et les lois de Nuremberg ont dressé leur tête hideuse.

Nous avons appris tout cela et plus sur une visite fascinante de Shavei Zion avec un membre du moshav et la directrice des archives, Judith Temime.

Elle a expliqué que presque la moitié des Juifs de Rexingen ont compris la gravité de la situation et qu’ils devaient quitter leur pays natal. Mais quand ils ont demandé l’aide des organisations en Angleterre et en Allemagne, on leur a suggéré de se diriger vers l’Ouganda, ou Costa Rica.

Pas du tout, ont-ils dit – si nous devons partir, ce sera pour s’installer dans la terre de nos ancêtres.

Et en 1937, avec l’aide d’un ancien avocat allemand qui avait déjà immigré vers la Palestine du mandat britannique, un petit groupe a été envoyé pour vérifier les possibilités offertes par le Fonds national juif. En fin de compte, ils ont choisi le terrain près de la plage dans le nord de la Palestine, ce qui allait devenir le moshav Shavei Zion.

Notre visite de Shavei Zion a débuté avec le bâtiment des archives, la première structure permanente et autrefois un avant-poste de la Haganah.

A model of the early Shavei Zion settlement (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Une maquette du début du moshav Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Puis nous sommes arrivés à la caserne, qui contenaient des photos et une maquette d’époque.

Nous avons appris que le premier groupe est arrivé de Rexingen à la fin de 1937 et que Shavei Zion [les rapatriés à Sion] a été fondée le 13 avril, 1938 – pendant la nuit. Les Anglais s’étaient opposés à l’installation de communautés juives en Palestine, mais à partir de 1936-1939, ils étaient trop occupés à se défendre contre une révolte arabe.

Pendant cette période, dans une campagne connue sous le nom opération « Tour et palissade » [Midgal OuHoma], 52 colonies juives ont été établies sur des terres achetées par le Fonds national juif, chacune construite en une seule journée et achevée avant la nuit. Après cela, selon une loi turque toujours en vigueur, les autorités ne pouvaient démolir aucune bâtisse avec un toit.

Sabra flowers at Moshav Shavei Zion (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Fleurs de Sabra au moshav Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La nouvelle implantation de Shavei Zion comprenait une simple palissade de bois à double paroi autour du campement, destinée à empêcher les balles de passer au travers.

Elle abritait des baraques en bois et une tour de guet pour apercevoir les assauts arabes. Troisième moshav shitufi – petite communauté agricole coopérative – de Palestine, Shavei Zion partageait ses biens avec ses membres et chaque famille recevait une allocation en fonction de sa taille.

Contrairement au kibboutz, cependant, les familles vivaient ensemble. Et dès que les premières maisons ont été construites à la fin de 1938, les enfants, qui vivaient dans une institution, ont rejoint leurs familles. Un an plus tard, un certain nombre de membres pas vraiment adeptes de la vie commune ont acheté un terrain au bord de mer et construit de nouvelles maisons pour eux-mêmes.

Aujourd’hui, comme les kibboutzim, le moshav est devenu beaucoup moins communal et emploie très peu de ses résidents. Ceux qui ne travaillent pas dans le moshav occupent des postes de direction, s’occupent des avocatiers et des oliviers ou travaillent dans l’usine d’emballage de plastique.

An early house at Shavei Zion (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Une maison ancienne de Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Nous avons visité un certain nombre des maisons anciennes, et le château d’eau construit en 1939 en un seul jour pour préserver le ciment de la fissuration.

Servant à la fois de réservoir et de tour de guet, il était assez élevé pour que les jeunes surveillent d’en haut la route Acre-Nahariya, et avertissent les autres implantations par sémaphore et Morse si le danger les guettait.

The water tower at Moshav Shavei Zion, constructed overnight in 1939 (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Le château d’eau au Moshav Shavei Zion, construit durant la nuit en 1939 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La synagogue construite en 1940 devait être une réplique de celle de Rexingen, et servait de salle communautaire.

Plusieurs décennies plus tard, l’un des pionniers – aujourd’hui un homme d’affaires américain – a financé une salle communautaire dont les magnifiques reliefs ont été créés par le sculpteur germano-israélien Rolf Roda Reilinger.

The memorial room at Shavei Zion (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Le mémorial de Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dans son mémorial, est présenté un rouleau de la Torah, partiellement brûlé et portant des marques de coupure de couteaux et de haches en 1938 pendant la Nuit de cristal – quand les Juifs ont été attaqués de toute l’Allemagne et des synagogues ont été détruites.

Le rouleau a été sauvé par un policier chrétien qui a compris que la communauté allait partir. Il a aidé l’un des Juifs à sortir le rouleau d’Allemagne. Il est situé sur un mur où sont inscrits les noms des résidents de Rexingen qui n’ont pu se réfugier en Israël.

The graves of seven Irgun fighters killed in a 1947 prison break, at Moshav Shavei Zion (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Les tombes de sept combattants de l’Irgoun tués dans une évasion en 1947, au Moshav Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Sept jeunes hommes qui ont appartenu à l’Irgoun [Etzel] sont enterrés dans une section spéciale du cimetière. Les jeunes ont été tués lors d’une évasion de prison organisée par l’Irgoun en 1947 pour libérer leurs camarades.

L’organisation étant considérée comme extrême, Shavei Zion – qui n’a jamais eu d’affiliations politiques – est la seule localité qui a estimé que c’était une mitsva de les enterrer.

Une surprise nous attendait près de la belle promenade de la plage jusqu’à Nahariya : les vestiges d’une église byzantine de l’époque avec une grande mosaïque au sol. Elle servait au village de pêcheurs situé à proximité et aux pèlerins qui faisaient halte sur leur route vers le Liban.

Le long de la rive se dresse un immense mémorial pour les 12 commandos de marine tombés lors d’une mission malheureuse au Liban le 5 septembre 1997. Il est composé d’une douzaine de gigantesques dalles de grès penchées l’une sur l’autre, et d’un bloc séparé portant les noms des 12 victimes – dont un jeune officier de Shavei Zion.

Une visite de 2 heures de Shavei Zion coûte seulement 50 shekels pour un groupe de moins de 10 personnes. Appelez le 054-5641508 pour réserver.

A lane at Moshav Shavei Zion (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Une voie à Shavei Zion (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.

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