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Les patients atteints de diabète de type 2 plus à risque pour la schizophrénie – chercheurs israéliens

Cette étude inédite a été menée par des chercheurs de Haïfa et New York avec les données d'organismes de santé

Sur cette photo d'archive datée du 18 avril 2017, une femme atteinte de diabète de type 2 s'apprête à s'injecter de l'insuline chez elle, à Las Vegas. (Crédit : AP/John Locher)
Sur cette photo d'archive datée du 18 avril 2017, une femme atteinte de diabète de type 2 s'apprête à s'injecter de l'insuline chez elle, à Las Vegas. (Crédit : AP/John Locher)

Selon un chercheur de l’université de Haïfa, les patients présentant un diabète de type 2 courent un risque 50 % plus élevé que les personnes non diabétiques de développer une schizophrénie tardive. Chez les femmes, ce risque pourrait même être encore plus grand.

« Nous savons déjà que souffrir d’un diabète de type 2 augmente le risque de développer différentes pathologies, notamment des maladies cardiaques et une démence », a déclaré le professeur Stephen Levine, chercheur principal à l’École de santé publique de Haïfa, qui s’est récemment entretenu avec le Times of Israel lors d’une téléconférence. « Nos résultats montrent qu’il augmente également le risque de schizophrénie chez les personnes d’âge moyen et âgées. »

D’après ce chercheur, ces résultats pourraient permettre d’identifier précocement les personnes à haut risque, et conduire à l’élaboration de nouveaux protocoles, incluant notamment un suivi et un soutien psychiatriques, comme partie intégrante des soins proposés aux patients diabétiques.

De janvier 2005 à février 2020, cette étude a suivi plus de 99 000 Israéliens âgés de 51 à 71 ans, tous membres des services médicaux de la Meuhedet et sans antécédents de diabète de type 2 ou de schizophrénie.

Elle a révélé que les personnes présentant un diabète de type 2 avaient 50 % davantage de risques de développer une schizophrénie que celles qui ne souffraient pas de ce trouble de la glycémie. Chez les femmes, ce chiffre s’élevait à 64 %. Chez les hommes, le risque était supérieur de 39 %, a indiqué Levine.

Cette étude a été menée en collaboration avec le professeur Arad Kodesh, du département de santé mentale communautaire de Haïfa et des services médicaux de la Meuhedet, ainsi qu’avec le professeur Abraham Reichenberg, du département de psychiatrie de l’hôpital Mount Sinai, à New York.

Professeur Stephen Levine, École de santé publique de l’Université de Haïfa. (Crédit : Autorisation)

Elle a été publiée le mois dernier dans la revue à comité de lecture Schizophrenia Bulletin, éditée par Oxford University Press.

« Ces recherches pourraient contribuer à prévenir des souffrances considérables, tant pour les patients que pour leurs familles », a expliqué Levine.

Pourquoi le diabète pourrait-il causer la schizophrénie ?

Selon Levine, les raisons pour lesquelles le diabète de type 2, ou diabète de l’adulte, et la schizophrénie tardive surviennent parfois ensemble sont multiples.

Tout d’abord, cette association pourrait être due à la présence des mêmes gènes dans les deux pathologies. Le gène lié au diabète TCF7L2, qui aide à contrôler la libération d’insuline et la régulation de la glycémie, a également été lié à un risque plus élevé de schizophrénie.

Des études ont également démontré que les personnes qui connaissent leur premier épisode psychotique présentent souvent des taux de glycémie inhabituels.

Il est souvent difficile, pour les personnes souffrant de diabète, de maintenir des habitudes saines. Une mauvaise alimentation, le manque d’exercice et un sommeil insuffisant sont des facteurs de nature à aggraver l’état de santé général, ce qui peut augmenter le risque de schizophrénie. Selon certaines recherches, en outre, la façon dont le corps réagit au stress pourrait augmenter le risque de diabète de type 2 et de schizophrénie.

Le professeur Mark Weiser, qui préside depuis 2006 le département de psychiatrie de l’hôpital Sheba et effectue des recherches sur la schizophrénie, des études épidémiologiques et des essais cliniques, a déclaré au Times of Israel que les traitements administrés aux patients schizophrènes sont souvent associés à un risque de diabète.

« Ainsi, quand un patient schizophrène développe un diabète, nous avons tendance à l’attribuer aux médicaments », a ajouté Weiser. « Mais ces conclusions montrent exactement le contraire, ce qui est extrêmement intéressant. »

Illustration : un patient diabétique mesurant son taux de glycémie. (Crédit : Maya23K, iStock by Getty Images)

Les frères et sœurs des patients atteints de schizophrénie sont plus susceptibles de développer un diabète de type 2. De plus, les antécédents familiaux de diabète et de schizophrénie ont tendance à apparaître ensemble, suggérant ainsi l’existence de facteurs de risque familiaux communs.

Chez les femmes, la baisse du taux d’œstrogènes après la cinquantaine est également un facteur possible d’apparition de la schizophrénie à un âge plus avancé.

Selon Levine, les équipes médicales qui suivent les personnes atteintes de diabète pourraient leur faire passer un bref test de dépistage psychologique.

Étude d’une comorbidité inhabituelle

Levine étudie depuis 20 ans la schizophrénie, ainsi que les risques de développer une schizophrénie chez les survivants de la Shoah. Pour lui, il existe de nombreuses preuves scientifiques montrant que les personnes atteintes de schizophrénie sont exposées au risque de diabète.

Certains médicaments antipsychotiques utilisés dans le traitement de la schizophrénie peuvent entraîner des modifications du métabolisme, un changement susceptible d’augmenter le risque de développer un diabète de type 2.

Pour Levine, « il n’y a aucune raison que l’on ne puisse pas inverser cette association ».

Illustration : Tova Tamana, une Israélienne de 28 ans qui parle de sa vie avec la schizophrénie dans le cadre d’une campagne gouvernementale appelant à une attitude plus ouverte envers les troubles mentaux. (Crédit : Ministère de la Santé)

« Personne n’avait jamais fait de recherches à ce sujet auparavant », a souligné Levine, qui est né en Écosse et s’est installé en Israël en 1988. « Je voulais envisager cette recherche sous un angle complètement différent. »

Le diabète de type 2 est souvent associé à l’obésité et au manque d’exercice. Il est l’une des maladies chroniques les plus courantes au monde.

Caractérisé par un taux élevé de sucre dans le sang et associé à des lésions des vaisseaux sanguins, du cœur et du système nerveux, le diabète peut entraîner la cécité, des troubles rénaux et conduire à l’amputation d’un membre.

Les scientifiques ont établi un lien entre l’augmentation du nombre de cas de diabète de type 2 diagnostiqués dans le monde et la forte croissance du nombre de personnes en surpoids, ainsi que la diminution de l’activité physique et l’allongement de l’espérance de vie.

En Israël, le taux de diabète a légèrement augmenté, passant de 6,6 % de la population en 2012 à 7,4 % en 2023, dernière année pour laquelle les données du ministère de la Santé sont accessibles au public.

Deux femmes se tiennent debout le 16 août 2016 à New York. Un indice de masse corporelle élevé, signe d’un éventuel surpoids, a été associé à plus de la moitié des décès et des handicaps liés au diabète. (Crédit : Mark Lennihan/AP)

Selon la Fédération internationale du diabète, près de 600 millions de personnes étaient atteintes de diabète dans le monde en 2024. Un chiffre qui devrait dépasser les 850 millions d’ici 2050, avec la prévalence la plus élevée attendue au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Le plus inquiétant, c’est que le diabète augmente très clairement dans le monde entier », a poursuivi Levine. « Parmi les facteurs majeurs contribuant à cette maladie, certains peuvent être évités. Beaucoup sont notamment liés au mode de vie, comme l’alimentation et l’activité physique. »

La schizophrénie est un trouble mental grave qui touche environ 1 % de la population mondiale, notamment en Israël. Elle se déclare généralement au début de la vingtaine.

« Les personnes atteintes de ce trouble souffrent d’hallucinations, de délires et de troubles cognitifs. Elles sont désorientées », a indiqué Levine.

Une fois la maladie déclarée, a-t-il ajouté, elle « persiste tout au long de la vie, entraînant des déficiences fonctionnelles, des déficiences professionnelles, ainsi que des stigmatisations et des difficultés sociales et familiales ».

L’apparition d’une schizophrénie à l’âge mûr est un fait rare, a déclaré Levine. Au moment de son étude, on comptait environ 1,2 cas de schizophrénie apparue à l’âge adulte par tranche de 100 000 personnes et par an parmi les non diabétiques. Mais parmi les personnes atteintes de diabète de type 2, on comptait environ 2,6 cas de schizophrénie apparue à l’âge adulte par tranche de 100 000 personnes et par an.

« Nous savons que les personnes atteintes de diabète souffrent davantage de dépression », a déclaré Levine. « Il n’y a donc aucun mal à ce que les médecins ajoutent quelques questions qui permettraient d’en savoir davantage sur les éventuelles expériences psychotiques des patients, afin de déceler un problème potentiel. »

« Une identification précoce de la psychose chez les adultes atteints de diabète pourrait atténuer la souffrance des patients », a-t-il affirmé. « Et en même temps, cela pourrait contribuer à alléger une partie du fardeau des soignants. »

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