L’État enterre l’étude archéologique dans un village antique de Jérusalem
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L’État enterre l’étude archéologique dans un village antique de Jérusalem

Un activiste affirme que les autorités craignent que les découvertes archéologiques de Lifta n’aident ceux qui veulent préserver le site à se battre contre la construction de maisons de luxe

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Vue de Lifta, à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Vue de Lifta, à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

L’organisme officiel israélien chargé de la gestion des terres de l’Etat a annulé jeudi un événement visant à dévoiler les découvertes archéologiques d’un site remarquablement bien entretenu qui devrait être transformé en appartements de luxe, tout en précisant que les conclusions de l’études seront utilisées dans les débats sur le rapport final.

L’événement organisé par l’autorité des Terres d’Israël aurait été la première fois que l’autorité des Antiquités d’Israël présenterait officiellement les résultats de son enquête de trois ans dans le village de Lifta, candidat pour être inscrit à la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été placé sur la liste des 25 sites menacés du World Monuments Watch 2018, en raison des plans de construction immobilier sur le site.

Le village arabe, avec des bâtiments en pierre sur le flanc d’une colline près de l’entrée principale à l’ouest de la capitale, a été décrit comme un site figé dans le temps, avec des militants de la préservation et des descendants des premiers habitants qui luttent pour conserver le site et pour qu’il ne soit pas transformé en un complexe immobilier de luxe.

Le site est prisé des habitants et des touristes pour sa beauté naturelle et pour sa source, qui est un lieu de baignade populaire.

Les Israéliens se rafraîchissent à la rivière de Lifta à Jérusalem le 26 avril 2016, alors que les températures atteignaient 40 degrés dans certaines parties du pays. (Crédit :  Yonatan Sindel / Flash90)
Les Israéliens se rafraîchissent à la rivière de Lifta à Jérusalem le 26 avril 2016, alors que les températures atteignaient 40 degrés dans certaines parties du pays. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

L’autorité des terres a déclaré que l’événement avait été annulé parce que les « discussions » sur les conclusions étaient toujours en cours, et n’a pas précisé la date à laquelle les conclusions seraient présentées.

« Les discussions sur les résultats de l’enquête ne sont pas encore terminées, et il a donc été décidé que ce n’était pas le moment pour le présenter en ce moment », a déclaré le porte-parole dans une déclaration au Times of Israel.

« A l’avenir, nous envisageons de présenter les conclusions finales à la population », ajoute le communiqué.

Les opposants au projet immobilier affirment que les conclusions renforceront leur argument selon lequel le site, où il y a des vestiges archéologiques remontant à des millénaires, devrait être préservé et prétendent que l’annulation était une tentative d’étouffer ces conclusions.

Ilan Shtayer, l’un des leaders de la coalition s’opposant au projet immobilier de Lifta, a soutenu dans une interview au Times of Israel que l’autorité des Terres d’Israël « a décidé d’empêcher que les détails de l’enquête ne soient révélés à tout le monde, car ils savent que la plupart des gens arriveront à une conclusion différente de ce qu’elle a [décidé]. »

« Ils ont peur », a-t-il ajouté.

La construction du nouveau quartier de Lifta devait commencer il y a des années. Mais en 2012, les opposants au projet ont réussi à obtenir un sursis temporaire. Le tribunal a révoqué l’appel à l’offre pour la construction et a ordonné à l’autorité des Antiquités de mener une enquête approfondie sur le village, qui a été payée sur le budget de l’autorité des Terres. Le Times of Israel a récemment publié certaines conclusions de l’enquête.

L’étude archéologique a été décrite par Avi Mashiach, archéologue spécialisé en restauration qui a dirigé la fouille, « d’étude la plus importante, la plus complexe et la plus importante jamais réalisée par l’Autorité. » L’étude s’est terminée en décembre dernier, selon le quotidien Haaretz.

Mashiach, dans un entretien accordé au Times of Israël, a déclaré que la fouille avait démontré « une vision complète de la culture et de la vie traditionnelle préservée dans un état incroyablement rare. Il n’y a pas d’autre village qui ait été conservé comme ça. »

« La meilleure chose à faire est de préserver et de profiter de l’endroit pour instaurer une sorte de tourisme ou de commerce, comme c’est le cas partout dans le monde », a-t-il ajouté.

Un porte-parole de l’autorité des Antiquités a déclaré que l’instance ne pouvait pas faire de commentaire sur l’événement annulé, qui devait avoir lieu à l’hôtel de ville de Jérusalem, expliquant que c’était une décision de l’autorité des Terres.

Alors que par le passé l’autorité des Antiquités a autorisé le Times of Israel à interviewer Mashiach, dans ce cas, l’autorisation n’a pas été accordée.

Mashiach a, à plusieurs reprises dans le passé, présenté certaines des conclusions de son enquête dans des forums non officiels.

Une vieille presse d'olive à Lifta, un village arabe palestinien abandonné à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016. La ville de Jérusalem prévoit de construire des villas et un centre commercial sur le vieux village (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Une vieille presse d’olive à Lifta, un village arabe palestinien abandonné à la périphérie de Jérusalem, le 17 décembre 2016. La ville de Jérusalem prévoit de construire des villas et un centre commercial sur le vieux village (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Haaretz a rapporté mercredi que l’autorité des Terres — qui est techniquement propriétaire des recherches sur Lifta, parce qu’elle les a payées — a fait pression sur l’autorité des Antiquités ces derniers jours pour annuler l’événement. Bien que l’instance a initialement résisté, il a finalement cédé à la pression, selon l’article de Haaretz.

L’autorité des Terres a récemment avancé sur ses plans pour le site, ne faisant que des changements mineurs suite à l’enquête, malgré l’opposition publique.

Un Juif orthodoxe récite la prière de Tashlich dans un bâtiment de Lifta, à l'entrée de Jérusalem, près de ka rivière de Lifta (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Un Juif orthodoxe récite la prière de Tashlich dans un bâtiment de Lifta, à l’entrée de Jérusalem, près de ka rivière de Lifta (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Cependant, en août, le maire adjoint de Jérusalem Meir Turgeman a temporairement suspendu les plans de construction de Lifta après s’être rendu compte que la majorité des membres du comité local de planification et de construction, qu’il préside, s’opposaient au plan dans sa forme actuelle.

Les membres du comité se sont opposés au plan car ils ne veulent pas nuire au site historique, mais aussi parce qu’ils s’opposent à la construction de quelques centaines d’appartements de luxe au lieu de milliers de logements sociaux pour les habitants de la capitale surpeuplée.

Turgeman a déclaré que le plan subirait un « examen professionnel» , après quoi il serait réintroduit au comité. Combien de temps cela prendra, on ne le sait pas encore.

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