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L’ex-directeur de World Vision à Gaza reconnu coupable de détournement pour le Hamas

Après six ans de procédures, Mohammed Halabi, a été reconnu coupable par un tribunal israélien, un verdict aussitôt qualifié de "politique" par ses avocats

Muhammad el-Halabi, un responsable de l'opération de charité World Vision dans la bande de Gaza, a été inculpé le 4 août 2016 pour avoir transmis des fonds de charité à destination de l'organisation terroriste. 
(Capture d'écran: World Vision)
Muhammad el-Halabi, un responsable de l'opération de charité World Vision dans la bande de Gaza, a été inculpé le 4 août 2016 pour avoir transmis des fonds de charité à destination de l'organisation terroriste. (Capture d'écran: World Vision)

Après six ans de procédures, l’ex-directeur palestinien de l’ONG World Vision à Gaza, Mohammed Halabi, a été reconnu coupable mercredi par un tribunal israélien de détournement de fonds au profit du Hamas, sur tous les chefs d’accusation contre lui, sauf un.

Après des années de procédures judiciaires secrètes, Israël évoquant des raisons de sécurité, le tribunal du district de Beershava (sud) a reconnu coupable M. Halabi d’appartenance à un groupe terroriste, le Hamas, de financement d’activité terroristes, et d’avoir « transmis des informations à l’ennemi », selon le jugement consulté sur place par l’AFP.

« Les charges contre l’accusé pointent un large soutien financier et le partage d’informations avec le Hamas », poursuit le jugement.

La détention prolongée du travailleur humanitaire, associée au peu de preuves de sa culpabilité rendues publiques, a valu au système judiciaire israélien une condamnation internationale.

Le jugement de 274 pages, comme une grande partie des preuves contre Halabi, est confidentiel. Dans une version condensée communiquée à la presse, le tribunal de district de Beersheba s’est largement appuyé sur les aveux de Halabi aux agents de sécurité du Shin Bet, qu’il a depuis retirés.

« Les aveux de l’accusé, donnés de différentes manières, sont détaillés, cohérents, avec des signes de véracité », ont écrit les trois juges dans leur décision, ajoutant qu’ils étaient corroborés par des preuves confidentielles supplémentaires.

Halabi et World Vision ont tous deux rejeté catégoriquement les accusations portées contre lui. Le travailleur humanitaire, originaire du camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza, est membre du groupe Fatah, ennemi du Hamas, selon sa famille.

Un Palestinien passe à côté d’une affiche de Mohammed al-Halabi, le directeur gazaoui de l’organisation caritative chrétienne World Vision, à Gaza Ville le 12 janvier 2017. (AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)

Pendant neuf jours de témoignage à huis clos de Halabi en 2019, le travailleur humanitaire a cherché à retirer les prétendus aveux, mais les juges ont rejeté son témoignage comme n’étant pas crédible.

« L’accusé a cherché sans relâche à revenir sur ses aveux et a donné une foule d’explications contradictoires et improbables sur la façon dont il a avoué les charges retenues contre lui à deux parties différentes », ont déclaré les juges.

L’affaire a suscité un tollé international, l’Union européenne demandant la « libération immédiate » de Halabi en janvier. Des diplomates américains ont également assisté à plusieurs des audiences de Halabi devant la Haute Cour de justice de Jérusalem.

En février, l’ambassade des États-Unis à Jérusalem a informé Khalil al-Halabi, le père de Mohammad, que les responsables américains « suivaient de près » l’affaire.

« Nous continuerons à suivre l’affaire de près et à faire part de nos préoccupations aux responsables concernés », avait déclaré le responsable américain dans un courriel consulté par le Times of Israel.

Les procureurs israéliens ont proposé à plusieurs reprises des négociations de plaidoyer à Halabi, qui a fermement refusé et protesté de son innocence, selon son avocat Maher al-Hanna.

Après son arrestation en juin 2016, l’Australie, qui avait donné des millions de dollars pour des œuvres caritatives dans les Territoires palestiniens, notamment pour World Vision (organisation caritative américaine) avait annoncé l’interruption de son financement des programmes dans la bande de Gaza et l’ouverture d’une enquête. Celle-ci avait conclu que rien ne suggérait un détournement de fonds.

Une autre enquête commandée par l’ONG World Vision avait conclu en 2017 qu’il n’y avait aucune preuve de détournement de fonds ou d’appartenance au Hamas

World Vision a déclaré que l’ensemble de son budget pour Gaza au cours des dix dernières années était de 22,5 millions de dollars, ce qui rend le détournement présumé de 50 millions de dollars « difficile à concilier ». Halabi avait été nommé directeur de ses opérations à Gaza en octobre 2014, moins de deux ans avant son arrestation.

Des enfants palestiniens tiennent des affiches avec une photo de Mohammed Halabi, le directeur gazaoui de World Vision, une importante ONG chrétienne, lors d’une manifestation de soutien dans la ville de Rafah au sud de la bande de Gaza, le 29 août 2016. (AFP/ SAID KHATIB)

Les trois juges israéliens ont rejeté l’argument de World Vision dans leur décision, affirmant que la précision la précision des chiffres n’était pas pertinente.

« Il n’est pas nécessaire de faire des calculs précis et il n’est même pas possible de le faire. La preuve du transfert de sommes importantes suffit », ont écrit les juges.

Halabi a été maintenu en détention tout au long de cette longue bataille juridique, les tribunaux ayant accédé aux demandes des procureurs de prolonger sa détention provisoire 27 fois avant sa condamnation mercredi.

En 2016, Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, avait salué l’arrestation de Halabi comme une victoire dans la guerre contre le terrorisme palestinien.

« Laissez-vous imprégner. Le Hamas a volé un soutien essentiel aux enfants palestiniens pour qu’ils puissent tuer nos enfants. Alors je vous demande – qui se soucie le plus des Palestiniens ? » Netanyahu a déclaré dans des remarques enregistrées à l’époque.

Plus de 160 audiences ont eu lieu depuis lors, dont beaucoup à huis clos, y compris le contre-interrogatoire de neuf jours de Halabi en 2019.

Hanna, l’avocat d’Halabi, a accusé le système judiciaire de refuser de fournir des traducteurs qualifiés, ce qui a conduit son client à ne pas pouvoir répondre correctement aux questions.

Israël a également refusé, en invoquant des raisons de sécurité, d’accorder un permis d’entrée à l’un des collègues de Halabi, que Hanna voulait voir témoigner au nom de son client devant le tribunal de district de Beer Sheva.

Les groupes de défense des droits de l’homme ont dénoncé la condamnation de Halabi comme le reflet de ce qu’ils considèrent comme un système judiciaire partial à l’égard des Palestiniens.

Les abus sous-jacents – « preuves » secrètes, contrainte à plaider et confiance aveugle dans les services de sécurité – portent de nombreuses marques du système judiciaire israélien truqué contre les Palestiniens », a déclaré Omar Shakir, directeur pour Israël et la Palestine de Human Rights Watch, basé à New York.

La décision « n’a rien à voir avec les faits, elle est totalement politique », a dénoncé Maher Hanna, l’avocat de M. Halabi, qui a annoncé son intention d’interjeter appel.

Maher Hanna, l’avocat de Mohammed Halabi, dans son bureau de Jérusalem. (Adam Rasgon/Times of Israel)

Le Haut commissariat des droits de l’Homme de l’ONU a fait part mardi soir de ses « graves préoccupations », notamment concernant le « manque de preuves ».

« Qu’importe le verdict qui sera rendu demain (mercredi), le bureau de l’ONU pour les droits de l’Homme réitère ses inquiétudes sur le fait que les normes internationales pour un procès équitable n’ont pas été respectées dans cette affaire, notamment sur la période de détention considérablement prolongée ce qui a peut-être déjà fait de la détention de M. Halabi une détention arbitraire », a-t-il ajouté.

Des groupes israéliens de droite ont célébré le verdict comme une victoire contre « les organisations d’aide internationale qui se laissent infiltrer par des groupes terroristes ».

Les procureurs savaient que le réseau d’organisations de « droits de l’homme » anti-israéliennes se rallierait derrière les leurs et condamnerait tout verdict de culpabilité », a déclaré Eugene Kontorovich, juriste au Kohelet Policy Forum, une organisation de droite.

World Vision se présente comme l’une des plus importantes organisations humanitaires avec plus de 40 000 employés dans près de 100 pays et se consacre notamment au parrainage d’enfants.

L’AFP a contribué à cet article.

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