L’exercice « défensif » du Hamas, un avertissement lancé à Israël, Abbas et Trump
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Analyse

L’exercice « défensif » du Hamas, un avertissement lancé à Israël, Abbas et Trump

Le groupe terroriste s'est enorgueilli de ce que son aile militaire à Gaza s'est métamorphosée en l'armée palestinienne la plus forte

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Jeune combattant de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Jeune combattant de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le Hamas a organisé dimanche et lundi un exercice militaire d’ampleur dans la bande de Gaza, un entraînement qui s’est avéré être la plus importante démonstration de force du groupe terroriste au cours de ces dernières années.

Le Hamas a indiqué qu’environ 30 000 membres de son aile armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam, ont pris part à cet exercice en faisant usage de balles réelles et de différents types d’armement, notamment des roquettes et des missiles.

Le moment choisi pour ces manoeuvres semblent plus significatif que les armes affichées, dont aucune n’a surpris les spécialistes militaires. Cet entraînement aura été un message destiné à plusieurs parties et notamment adressé à Israël, à l’Autorité palestinienne et aux Palestiniens qui vivent sous la gouvernance du Hamas dans la bande de Gaza.

L’exercice est survenu quelques jours avant des manifestations massives que prévoient d’organiser le Hamas et plusieurs factions palestiniennes aux abords de la frontière avec Israël. Ces mouvements de protestation qui auront lieu sous le nom de « marche du retour » devraient drainer des milliers de Palestiniens.

Cet exercice d’ampleur est considéré comme un avertissement à Israël de ne pas « intervenir » lors des manifestations et en particulier à la lumière des préparations mises en place par l’armée israélienne visant à empêcher toute initiative palestinienne de traverser la frontière.

Les leaders du Hamas ont insisté sur le fait que ces mouvements de protestation seront « pacifiques » et que toute tentative israélienne de déjouer « la marche du retour » rencontrera une « réponse appropriée ».

Le Hamas a également indiqué ces derniers jours qu’il ne s’intéressait pas à ce stade à une autre guerre avec Israël. Ce qui explique pourquoi les responsables du Hamas ont répété au cours des dernières 48 heures que l’exercice militaire était de nature « défensive ».

En le qualifiant de « défensif », le Hamas a tenté d’assurer à l’Etat juif qu’il n’a aucunement l’intention de lancer une attaque surprise. Le Hamas a par ailleurs clarifié rapidement, dimanche soir, le fait que les explosions entendues dans différentes parties de la bande de Gaza entraient dans le cadre de ses manoeuvres.

Pendant presque 40 minutes, dimanche dans la soirée, il y a eu la crainte que le Hamas ait lancé une série de roquettes et de missiles vers Israël – une crainte qui s’est vite avérée injustifiée lorsque l’armée israélienne a annoncé que, contrairement à des informations antérieures, aucun projectile n’avait été tiré en direction d’Israël.

Les analystes politiques de la bande de Gaza ont souligné que l’exercice du Hamas a également été une « réponse » palestinienne à l’exercice conjoint organisé entre l’Etat juif et les Etats-Unis dans le sud d’Israël. Le Hamas, ont-ils déclaré, a voulu envoyer un message à Israël et aux Etats-Unis pour leur faire savoir qu’il était prêt à riposter à toute attaque contre la bande de Gaza.

Le Hamas s’enorgueillit dorénavant de ce que l’exercice a montré que son aile militaire s’est métamorphosée en une armée plus puissante et mieux équipée que n’importe quelle autre force de combat palestinienne.

Cette démonstration de puissance survient dans un contexte de tensions entre le Hamas et la faction au pouvoir du Fatah dirigée par Mahmoud Abbas, et en particulier après la tentative apparente d’assassinat du Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah dans le nord de la bande de Gaza au début du mois.

La fumée d’une roquette lancée par des militants palestiniens du Hamas s’élève à Gaza City le 25 mars 2018 dans le cadre de manoeuvres militaires (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Abbas a récemment menacé que « les chaussures vont pleuvoir sur les têtes des dirigeants du Hamas, du plus jeune au plus vieux ». Le groupe terroriste considère ces propos tenus par le président de l’Autorité palestinienne comme une menace directe proférée à l’encontre de son leadership entier et espère donc que ces manoeuvres militaires dissuaderont le chef de l’AP et ces loyalistes de tenter quoi que ce soit.

En déployant des dizaines de milliers de miliciens des brigades Qassam lourdement armés et très motivés dans toute la bande de Gaza, le Hamas a cherché à signaler à Abbas que ses forces de sécurité et ses combattants sont prêts à déjouer toute tentative de saper sa gouvernance.

L’entraînement a également eu pour objectif d’envoyer un message aux Palestiniens de la bande de Gaza, celui que le Hamas garde la capacité de les défendre contre toute nouvelle « agression » israélienne. C’est la manière utilisée par le Hamas pour renforcer le moral de la population qui affronte actuellement une aggravation de la crise humanitaire qu’elle traverse en raison du blocage et des sanctions économiques imposées par Abbas ces derniers mois.

Cette démonstration militaire du Hamas est également considérée comme une initiative visant à déjouer le plan de paix du président américain Donald Trump, si et lorsqu’il sera annoncé. Le Hamas considère ce plan comme entrant dans le cadre d’un complot américano-sioniste visant à anéantir la cause palestinienne et à imposer une solution inacceptable.

Cet entraînement a été créé pour envoyer un message à l’administration américaine et à d’autres parties internationales pour leur faire savoir que le Hamas reste un acteur majeur doté de capacités militaires impressionnantes qui, sur la scène palestinienne, ne peut être ni ignoré, ni sous-estimé.

Le Hamas pourrait également être en train de se préparer pour l’après-Abbas, alors que des informations sur la santé chancelante du chef de l’AP continuent à circuler. Certains responsables du Hamas et autres Palestiniens estiment que le départ d’Abbas pourrait entraîner un combat sanglant pour le pouvoir entre chefs rivaux du Fatah, plongeant la Cisjordanie dans l’anarchie.

Les manoeuvres du Hamas ont eu pour objectif de démontrer aux Palestiniens que la bande de Gaza reste stable et sûre – en contraste avec l’incertitude sur le sort réservé à la Cisjordanie au lendemain du décès d’Abbas.

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