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L’ombre des manifestations de 2022 plane sur la course présidentielle en Iran

Une jeune femme qui veut la chute du régime évoque un vote "grotesque" ; un membre de la milice Masij de la ligne dure déclare que le scrutin renforcera les politiques de Khamenei

Photo d'illustration : Un homme passe devant des affiches électorales à Téhéran en amont des élections qui remplaceront, le 28 juin, le président Ebrahim Raisi, tué dans un accident d'hélicoptère, le 20 juin 2024. (Crédit : Atta Kenare / AFP)
Photo d'illustration : Un homme passe devant des affiches électorales à Téhéran en amont des élections qui remplaceront, le 28 juin, le président Ebrahim Raisi, tué dans un accident d'hélicoptère, le 20 juin 2024. (Crédit : Atta Kenare / AFP)

DUBAI — Atousa avait rejoint le mouvement de protestation féroce qui s’était opposé au régime iranien en 2022 – un mouvement que des loyalistes comme Reza avaient aidé à écraser. Deux ans plus tard, les convictions politiques de ces deux jeunes Iraniens restent incompatibles, ce qui reflète une fracture plus large au sein de la population qui façonnera les résultats des élections présidentielles qui auront lieu cette semaine.

Agée aujourd’hui de 22 ans, Atousa confie qu’elle s’abstiendra de mettre un bulletin dans l’urne, vendredi, pour choisir le successeur d’Ebrahim Raissi après la mort de ce dernier dans un accident d’hélicoptère. Elle dénonce ainsi un vote « grotesque ».

Mais Reza, 26 ans, membre de la milice Basij de la ligne dure, fervent religieux, a pour sa part bien l’intention de voter, convaincu de la valeur de son geste. Une illustration des clivages qui séparent, en Iran, les partisans et les opposants de la République islamique, vieille de 45 ans.

Les six candidats – cinq appartiennent à la ligne dure et un autre est un modéré plutôt discret dont la candidature a été approuvée par une instance extrémiste – courtisent actuellement les jeunes électeurs avec des discours et des messages de campagne, utilisant les réseaux sociaux pour atteindre les moins de 30 ans qui représentent 60 % d’une population forte de 85 millions de personnes.

« Cette élection, comme toutes les élections en Iran, c’est un cirque. Pourquoi irais-je voter alors que ce que je veux, c’est la chute du régime ? », dit Atousa à Reuters. Elle refuse de donner son nom de famille pour des raisons de sécurité.

« Même si ces élections étaient libres et équitables et même si tous les candidats avaient le droit d’entrer dans la course, le président n’a pas de pouvoir en Iran », déplore-t-elle.

Un employé du bureau électoral devant un portrait du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, lors de l’enregistrement des candidats pour les élections présidentielles du 28 juin au ministère de l’Intérieur, à Téhéran, le 30 mai 2024. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Le hashtag #ElectionCircus a été largement repris sur X au cours des dernières semaines par les Iraniens tandis que d’autres, sur le territoire de la République islamique ou à l’étranger, ont appelé à boycotter le scrutin.

Dans le système religieux iranien, le président élu dirige les affaires courantes au sein du gouvernement mais ses pouvoirs sont largement limités par ceux du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, qui conserve le dernier mot sur des questions essentielles, comme le programme nucléaire ou la politique étrangère.

« Un devoir religieux de voter »

Comme de nombreuses femmes et de nombreux jeunes, Atousa était descendue dans les rues, en 2022, après la mort d’une jeune Kurde, Mahsa Amini, alors qu’elle se trouvait en détention. Elle avait été arrêtée par la police pour avoir contrevenu, avaient fait savoir les autorités, au code vestimentaire strict qui régit l’habillement des femmes au sein de la République islamique. Des cheveux s’échappaient de son foulard.

Le mouvement de protestation avait rapidement pris de l’ampleur, devenant la plus importante démonstration d’opposition au régime des Ayatollas connue par le pays depuis de nombreuses années.

Atousa, qui faisait alors ses études, avait été arrêtée pendant une manifestation. Son rêve – qui était de devenir architecte – s’était brisé lorsqu’elle avait été renvoyée de l’université pour avoir pris part aux rassemblements qui agitaient tout le pays.

Des Iraniens protestant contre la mort de Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée par la police des mœurs, à Téhéran, le 20 septembre 2022. (Crédit : Middle East Images/AP)

La milice Basij, une aile du Corps des gardiens de la Révolution islamique dont les membres sont en civil, s’était déployée aux côtés des services de sécurité en uniforme pendant le mouvement de protestation. La répression des manifestants avait été sanglante, meurtrière.

Plus de 500 personnes, et notamment 71 mineurs, avaient été tués dans ce contexte. Il y avait eu des centaines de blessés et des milliers d’arrestations dans ces troubles qui avaient finalement été écrasés par les forces de sécurité, des chiffres avancés par les groupes de défense des droits de l’Homme.

L’Iran avait procédé à sept exécutions en lien avec les manifestations. Les autorités iraniennes n’ont depuis avancé aucun chiffre officiel en matière de bilan humain, se contentant de dire que des dizaines de membres appartenant aux forces de sécurité avaient perdu la vie dans « des émeutes ».

« Je sacrifierais ma vie pour le guide suprême et pour la République islamique. C’est mon devoir religieux de voter. Ma participation renforcera le Nezam (système) », s’exclame Reza, qui est originaire du quartier défavorisé de Nazi Abad, dans le sud de Téhéran.

Reza explique qu’il soutiendra un candidat de la ligne dure qui défend « l’économie de la résistance » avancée par Khamenei – une phrase qui signifie l’autosuffisance économique, le renforcement des liens commerciaux avec les pays de la région et avec la Russie et la Chine.

Une photo diffusée par le bureau du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le montre s’adressant à la foule lors d’une cérémonie marquant le 35e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, dans son mausolée à Téhéran, le 3 juin 2024. (Crédit : KHAMENEI.IR / AFP)

L’économie souffre de mauvaise gestion, de corruption au sein de l’État et des sanctions qui ont été réimposées en 2018, dans le sillage du retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu, en 2015, entre Téhéran et six puissances mondiales.

Reza et Atousa, qui sont tous les deux nés après la Révolution islamique de 1979, disent regretter ces manifestations de 2022. Mais pas pour les mêmes raisons.

Reza attribue au mouvement de protestation l’origine des pressions croissantes qui sont exercées par les pays occidentaux sur l’Iran – des pays occidentaux qui ont une nouvelle fois imposé des sanctions aux forces de sécurité et aux officiels iraniens pour violations présumées des droits de l’Homme. L’Iran, de son côté, a accusé l’Occident d’avoir orchestré ces agitations.

« J’aurais aimé que ce mouvement de protestation n’ait pas lieu… nos ennemis l’ont utilisé comme prétexte pour renforcer leurs pressions sur notre pays », regrette-t-il.

Pour sa part, avec le recul, Atousa dit ressentir de la tristesse.

« J’étais remplie d’espoir », se souvient-elle. « Je me disais que le changement allait enfin se produire et que je pourrais vivre une vie sans entrave dans un pays libre… J’ai payé le prix fort et le régime est encore en place. »

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