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"Nous protéger de nos pires instincts"

L’ONU fustige « l’apathie » du monde en lançant son appel humanitaire 2026

"Nous ne demandons qu'à peine un peu plus de 1 % de ce que le monde dépense en armes et en programmes de défense," a déclaré Tom Fletcher

Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, répond aux questions d'un journaliste lors d'une interview avec l'Associated Press au siège de l'ONU, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Richard Drew)
Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, répond aux questions d'un journaliste lors d'une interview avec l'Associated Press au siège de l'ONU, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Richard Drew)

Les Nations unies ont fustigé lundi « l’apathie » du monde face aux souffrances de millions de personnes à travers la planète, en lançant un appel humanitaire 2026 largement restreint, face à des financements en chute libre.

« C’est une époque de brutalité, d’impunité et d’indifférence », s’est emporté lors d’une conférence de presse à New York le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, dénonçant la « férocité et l’intensité des tueries », le « mépris total du droit international « et les « niveaux terrifiants de violences sexuelles ».

« Une époque où notre sens de la survie a été engourdi par les distractions et corrodé par l’apathie, où nous mettons plus d’énergie et d’argent pour trouver de nouveaux moyens de nous entretuer, tout en démantelant les moyens durement gagnés de nous protéger de nos pires instincts, où les politiciens se vantent de couper les aides », a-t-il accusé, en présentant le plan humanitaire 2026.

Alors que quelque 240 millions de personnes, victimes de guerres, d’épidémies, de séismes ou des effets du dérèglement climatique, ont besoin d’une aide urgente, l’ONU réclame 33 millions de dollars pour soutenir 135 millions d’entre elles en 2026, dans des zones comme Gaza, le Soudan, Haïti, la Birmanie, la RDC ou l’Ukraine.

Mais dans un contexte de coupe drastique de l’aide extérieure américaine décidée par Donald Trump, l’ONU a réduit d’emblée ses propres ambitions, en présentant en même temps un plan resserré demandant 23 milliards de dollars pour sauver au moins 87 millions des personnes les plus en danger.

Ce plan « hyperpriorisé », qui passe également par des réformes pour améliorer l’efficacité du système humanitaire, est « basé sur des choix insoutenables de vie ou de mort », a commenté Tom Fletcher, espérant qu’avoir pris ces « décisions difficiles qu’ils nous ont encouragés à prendre » convaincra les Américains de revenir.

« Le plus bas en une décennie » 

En 2025, l’appel humanitaire de plus de 45 milliards de dollars n’a été financé qu’à hauteur de 12,2 milliards de dollars, soit le plus faible niveau enregistré depuis une décennie. Cette somme a permis d’aider seulement 98 millions de personnes, soit 25 millions de moins que l’année précédente.

Selon les chiffres de l’ONU, les États-Unis sont restés en 2025 le premier pays donateur de plans humanitaires dans le monde, mais avec une baisse majeure : 2,7 milliards de dollars, contre 11 milliards en 2024.

En haut des crises prioritaires en 2026, Gaza et la Cisjordanie pour lesquels l’ONU réclame 4,1 milliards de dollars pour aider 3 millions de personnes, ainsi que le Soudan (2,9 milliards pour 20 millions de personnes) où le nombre de déplacés par le conflit sanglant entre généraux rivaux ne cesse d’augmenter.

Parmi ces déplacés, cette jeune mère que Fletcher a récemment rencontrée au Darfour, à Tawila, où affluent les survivants des combats dans la grande ville voisine d’El-Facher.

Elle a vu son mari et son enfant tués sous ses yeux, avant de s’enfuir, avec le bébé affamé de ses voisins morts eux aussi, puis d’être attaquée et violée « sur la route la plus dangereuse du monde » qui la conduira enfin à Tawila, a-t-il raconté.

« Est-ce que quiconque, quel que soit d’où vous venez, ce que vous pensez, pour qui vous votez, pense qu’on ne devrait pas l’aider ! »

L’ONU va désormais frapper à la porte des gouvernements de la planète, pendant les 87 prochains jours, un jour pour chaque million de vies à sauver.

Et s’il y a toujours un trou, Fletcher prévoit une campagne plus large vers la société civile, les entreprises et les gens normaux qu’il estime abreuvés par de fausses informations surestimant la part de leurs impôts destinés à l’aide à l’étranger.

« Nous ne demandons qu’à peine un peu plus de 1 % de ce que le monde dépense en armes et en programmes de défense. Je ne demande pas aux gens de choisir entre un hôpital à Brooklyn ou un hôpital à Kandahar. Je demande au monde de dépenser moins en défense et plus en humanitaire. »

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