Malgré l’hommage nazi, Netanyahu salue Vilnius pour sa commémoration de la Shoah
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Malgré l’hommage nazi, Netanyahu salue Vilnius pour sa commémoration de la Shoah

Le Premier ministre israélien a remercié son homologue lituanien pour ses "initiatives" mais des personnalités juives accusent le pays d'honorer des nationalistes anti-Juifs

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et son homologue lituanien Saulius Skvernelis lors d'une conférence de presse à Vilnius, en Lituanie, le 23 août 2018 (Crédit : AFP/ Petras Malukas)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et son homologue lituanien Saulius Skvernelis lors d'une conférence de presse à Vilnius, en Lituanie, le 23 août 2018 (Crédit : AFP/ Petras Malukas)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a commencé une visite sans précédent en Lituanie jeudi, saluant le pays pour ses efforts de commémoration de la Shoah malgré les protestations contre les poursuites judiciaires lancées contre des survivants par Vilnius.

Des dizaines de militants pro-palestiniens ont brandi des drapeaux palestiniens et scandé que Netanyahu n’était « pas le bienvenu » tout en raillant les liens chaleureux entretenus par la Lituanie avec Israël aux abords des bâtiments gouvernementaux de la capitale, Vilnius, où le Premier ministre israélien s’est entretenu avec son homologue lituanien Saulius Skvernelis.

Netanyahu a remercié Skvernelis, lui disant qu’il était une voix rare en faveur d’Israël au sein de l’Union européenne et il a salué ses efforts dans la lutte contre l’antisémitisme.

« Vous avez pris de grandes initiatives pour commémorer les victimes de la Shoah, pour parler ouvertement de ce crime horrible qui ne devra jamais se reproduire », a-t-il dit.

De nombreux Israéliens ont des origines lituaniennes, notamment la grand-mère de Netanyahu, née dans la ville de Seduva, dans le nord du pays.

« La Lituanie a été le foyer de mes ancêtres pendant de nombreuses générations. L’histoire des Juifs de Lituanie est une histoire qui relève à la fois du triomphe et de la tragédie », a commenté Netanyahu.

Netanyahu, premier Premier ministre israélien à se rendre en Lituanie, rencontrera des membres de la communauté juive et il visitera un mémorial érigé en mémoire des victimes juives de la Shoah dans le pays.

Il remettra également à une famille lituanienne le titre de Juste parmi les nations pour avoir sauvé des voisins juifs des nazis.

La Lituanie était autrefois un pôle d’enseignement juif et elle accueillait plus de 200 000 membres de la communauté avant la Seconde guerre mondiale.

Un mémorial aux 70 000 Juifs de Vilnius et de ses environs tués par les nazis et leurs complices pendant la Seconde guerre mondiale, à Vilnius, en Lituanie, le 16 février 2016 (Crédit : AFP/Petras Malukas)

Plus de 90 % des Juifs de Lituanie sont morts durant l’occupation allemande, entre 1941 et 1944, entre les mains des nazis et de leurs collaborateurs locaux.

Les critiques disent que le pays n’a jamais pleinement reconnu les crimes commis par les Lituaniens durant la Shoah et qu’il continue à rendre hommage à des personnalités nationalistes qui avaient collaboré avec les nazis. Il a également poursuivi en justice des Juifs qui avaient combattu aux côtés des forces partisanes contre l’ennemi nazi, notamment l’ancien président de Yad Vashem, Yitzhak Arad.

En 2011, Yad Vashem avait annulé les invitations de responsables lituaniens à une cérémonie de commémoration en signe de protestation contre ces poursuites.

Netanyahu doit « exprimer l’opposition sans aucun équivoque des efforts lituaniens visant à réécrire le récit de la Shoah », a écrit le chasseur de nazis du centre Simon Wiesenthal Efraim Zuroff dans une lettre ouverte publiée par le Jerusalem Post jeudi.

Le sillage du massacre du garage de Kovno (ou Kaunas) en Lituanie, perpétré en juin 1941 par des Lituaniens pro-Allemands (Crédit : domaine public)

Au mois de février, Zuroff avait déploré qu’Israël garde le silence sur la Lituanie et d’autres pays baltes pendant les protestations contre la loi polonaise sur la Shoah, qui interdit d’attribuer la responsabilité à la population juive pour les crimes perpétrés pendant le génocide.

« Il n’y a jamais eu de réaction israélienne à la distorsion de la Shoah », avait accusé Zuroff. « Il n’y a rien eu. Nada. Gornisht (rien en Yiddish). Les Lituaniens peuvent dire absolument tout ce qu’ils veulent, ils peuvent glorifier des gens qui ont assassiné des Juifs ».

Au début du mois, les leaders de la communauté juive dans le pays ont demandé aux autorités de Vilnius de retirer une plaque à la mémoire du combattant anti-soviétique Jonas Noreika qui, selon sa petite-fille, avait assassiné des Juifs.

La population de 2,9 millions d’habitants comprend aujourd’hui environ 3 000 Juifs.

Le chasseur de nazis Efraim Zuroff dit le Kaddish, la prière de deuil, pour les victimes de la Shoah à côté de Kaunas, en Lituanie, le 15 février 2015 (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

Netanyahu a été critiqué par les historiens et les politiciens pour avoir accepté une déclaration qui avait semblé absoudre la nation polonaise des crimes commis pendant la Shoah.

A lire : Enseignement de la Shoah : la Lituanie va-t-elle emboîter le pas à la Pologne ?

Il a également été accusé de fermer les yeux sur l’antisémitisme et la distorsion du narratif de la Shoah dans les pays d’Europe de l’est afin d’attirer les faveurs et de construire un bloc pro-israélien au sein de l’Union européenne.

Jeudi, Netanyahu a salué Skvernelis pour « le fort positionnement que vous avez adopté dans les instances de l’Union européenne au nom de la vérité, au nom d’Israël, au nom de la décence ».

« Israël est souvent maltraité par l’Union européenne à Bruxelles, il y a de nombreux mensonges à notre égard, et il est rafraîchissant de voir que vous avez adopté une position de clarté, de vérité et de courage, et nous avons discuté de la manière dont nous pouvions élargir cela », a ajouté Netanyahu.

La Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse à Vilnius, en Lituanie, le 23 août 2018 (Crédit :AFP PHOTO / Petras Malukas)

Netanyahu a indiqué qu’il voulait « rétablir l’équilibre dans les relations pas toujours amicales de l’Union européenne avec Israël » avant d’embarquer dans son avion pour cette visite sans précédent d’un Premier ministre européen en Lituanie.

Vandredi, il rencontrera les chefs de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie à Vilnius.

La Lituanie a été traditionnellement l’un des meilleurs amis de l’Etat juif au sein de l’Union européenne, en partie en raison de l’héritage de la Shoah et d’une proximité étroite avec les Etats-Unis.

La Lituanie, l’un des meilleurs amis d’Israël au sein de l’Union européenne, était à l’origine de l’invitation de M. Netanyahu à Bruxelles pour une rencontre avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE en décembre dernier, ce qui avait irrité certains responsables de l’Union européenne.

« La Lituanie et d’autres états baltes sont probablement considérés par Netanyahu comme des voix qui pourraient tenir le rôle d’avocats d’Israël au sein de l’Union européenne », a commenté auprès de l’AFP Ramunas Vilpisauskas, professeur à l’université de Vilnius.

Netanyahu a régulièrement cherché des alliés des alliés au sein de l’UE, particulièrement auprès de pays qui pourraient servir de contre-poids au traitement souvent critique d’Israël de la part des nations d’Europe occidentale en raison des politiques de l’Etat juif sur les territoires palestiniens.

Netanyahu est également désireux de convaincre les pays européens d’exercer davantage de pressions sur l’Iran après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire passé entre Téhéran et les grandes puissances et la réimposition de sanctions par Trump – qu’Israël prône.

L’UE a été signataire de ce pacte avec la République islamique et a tenté de le sauver après le départ de Washington.

Les pays européens indiquent que l’accord est appliqué comme prévu, empêchant l’ennemi juré d’Israël d’acquérir pour le moment des armes nucléaires.

Netanyahu a salué la « bonne » décision prise par Air France et British Airways de mettre un terme aux vols vers Téhéran, le mois prochain, une initiative qui, selon les deux compagnies aériennes, a été prise en raison de la faible rentabilité de ces lignes dans le contexte de la reprise des sanctions américaines.

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