Missiles à sous-munitions : en Israël, la peur d’un terrain truffé d’engins non explosés
"Ça nous fait peur", affirme un officier israélien, car "nous savons comment gérer une situation où elles ont explosé" alors que l'incertitude reste totale lorsqu'une charge "ne s'est pas déclenchée"
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Devant un immeuble près de Tel-Aviv touché par des sous-munitions larguées d’un missile iranien, le colonel Jonathan Raz dit redouter que ces projectiles, parfois non explosés à l’impact, ne transforment des zones urbaines en champs de mines, dans un entretien accordé à l’AFP.
Ce type de munitions peuvent se disperser sur « des dizaines de kilomètres » et touchent donc « de très nombreux endroits en même temps », explique l’officier qui dirige un secteur du Commandement du front intérieur, la Défense passive israélienne chargée de la protection des civils en situation d’urgence.
« Nous ne sommes pas en mesure de toutes les localiser » immédiatement, ajoute-t-il devant le bâtiment situé à Bnei Brak, marqué par les stigmates de la frappe qui a endommagé dimanche deux appartements et fait « deux blessés légers ».
Une fois la guerre terminée, souligne l’officier, « nous trouverons probablement » de nombreuses petites bombes dans les hôtels, les banques et les écoles, autant de lieux fermés en raison du conflit, où personne n’est aujourd’hui en mesure de signaler la présence d’engins non explosés.
« 24 petites bombes »
Les armes à sous-munitions sont conçues pour libérer sur une zone des dizaines de petites charges explosives. Outre le fait qu’elles ont un périmètre d’effet étendu, une partie de ces charges n’explosent pas lors de l’impact et peuvent donc faire des victimes dans la durée.
L’Iran et Israël ne sont ni signataires ni parties à la convention sur les armes à sous-munitions de 2008 qui interdit l’usage, la production, le stockage ou la dissémination de telles armes.
Israël aussi a eu recours à des armes à sous-munitions contre ses ennemis. En 2007, une enquête du gouvernement américain a conclu qu’il avait probablement violé les accords d’exportation d’armement en larguant, au Liban, des bombes à sous-munitions de fabrication américaine pendant sa guerre contre le mouvement terroriste du Hezbollah, créé et soutenu par l’Iran.
Depuis le début de ce nouveau conflit, déclenché le 28 février par l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, « la majorité » des sous-munitions non interceptées par la défense antiaérienne ont explosé en plein vol ou à l’impact au sol, précise le colonel de 48 ans.
Mais dimanche, à Bnei Brak, « nous avons trouvé une (munition) qui ne s’est pas activée », indique-t-il. « C’est dangereux, c’est comme un champ de mines dans la rue ».
Ce jour-là, le missile qui a visé cette région du centre d’Israël transportait « environ 24 petites bombes », explique le colonel Raz.
« Ne pas y toucher »
Un expert récemment consulté par l’AFP avait estimé que les missiles balistiques tirés par l’Iran vers Israël pouvaient libérer jusqu’à 80 sous-munitions. Selon l’armée, la moitié de ces missiles sont équipés de têtes à sous-munitions.
« Ça nous fait peur », poursuit l’officier israélien, car « nous savons comment gérer une situation où elles ont explosé » alors que l’incertitude reste totale lorsqu’une charge « ne s’est pas déclenchée ».
Dans ce cas, intervient l’unité de déminage de la police israélienne qui « dispose des outils nécessaires pour désamorcer cet engin et le récupérer sur place ».
Depuis le 28 février, neuf ou dix missiles transportant des armes à sous-munitions ont touché le centre du pays d’après lui, ce qui représente « des centaines » de bombes dispersées.
La prévention auprès de la population est donc essentielle, ajoute-t-il.
« Nous avons publié des photos montrant à quoi ça ressemble, et nous avons précisé qu’il ne fallait pas y toucher ».
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