Négociations de coalitions : Liberman jure de s’opposer à une « théocratie »
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Négociations de coalitions : Liberman jure de s’opposer à une « théocratie »

Après une réunion d'urgence, les partis ont décidé de poursuivre la formation d'un gouvernement de 60 députés ;l e chef de Yisrael Beytenu, refuse une gouvernance "ultra-orthodoxe"

Avigdor Liberman (à droite) est reçu par Yaakov Litzman, le dirigeant du parti Yahadout HaTorah, lors d'une cérémonie, le 18 Juin, 2017. (Shlomi Cohen/Flash90)
Avigdor Liberman (à droite) est reçu par Yaakov Litzman, le dirigeant du parti Yahadout HaTorah, lors d'une cérémonie, le 18 Juin, 2017. (Shlomi Cohen/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses futurs partenaires de coalition ont juré jeudi de poursuivre leurs tentatives de former un gouvernement même s’ils seront dans l’incapacité de réunir une majorité sans Avigdor Liberman, qui a boycotté les négociations.

Cette décision a été prise lors d’une réunion d’urgence organisée par Netanyahu à son bureau de Jérusalem. Le Premier ministre lutte actuellement pour finaliser son nouveau gouvernement, à cinq jours de la date-butoir qui a été fixée pour ce faire.

Il a été annoncé précédemment que Netanyahu aurait aussi réfléchi à mettre en place de nouvelles élections générales.

Sans les cinq sièges du parti Yisrael Beytenu de Liberman, Netanyahu devra tenter de faire approuver à la Knesset une coalition de seulement 60 membres – il en manquerait donc un pour obtenir une réelle majorité.

Les 60 députés ont accepté de ne pas soutenir un autre candidat au poste de Premier ministre au cours de la rencontre qui a eu lieu jeudi.

Suite à la réunion, le parti du Likud de Netanyahu a émis un communiqué affirmant que l’ensemble des participants s’était accordé sur la nécessité de former dans les meilleurs délais un gouvernement de droite sous la gouvernance de Netanyahu et il a appelé Liberman à « tenir les promesses faites aux électeurs et à rejoindre le gouvernement de droite sans délai ».

Liberman, pour sa part, a expliqué qu’il voterait contre un gouvernement minoritaire.

« Un gouvernement formé de 60 députés n’est pas un gouvernement de droite mais un gouvernement ultra-orthodoxe qui, au lieu de préserver Israël en tant qu’Etat juif, transformera le pays en théocratie », a dit Liberman, qui a ajouté que son parti laïc « s’opposerait avec force » à un tel gouvernement.

Liberman a refusé l’idée de rejoindre le gouvernement à moins que le texte de loi prévoyant d’augmenter le nombre de soldats ultra-orthodoxes rejoignant l’armée soit adopté sans aucun changement et qu’il puisse inclure un nombre spécifique de recrues masculines – un positionnement auquel les deux formations ultra-orthodoxes, Shas et Yahadout HaTorah, sont violemment opposés.

La majorité des analystes politiques estimaient encore jeudi que Netanyahu parviendrait à persuader ses cinq partenaires de coalition potentiels – Yahadout HaTorah, Shas, l’Union des partis de droite, Koulanou et Yisrael Beytenu — à rejoindre sa coalition forte de 65 membres à la Knesset de 120 sièges avant la date-butoir de formation du gouvernement, fixée le 28 mai.

Mais Liberman a semblé durcir son positionnement.

Avant la réunion, un autre communiqué du Likud avait vivement recommandé à Liberman de rejoindre la coalition.

« Liberman s’est engagé devant ses électeurs à soutenir la formation d’un gouvernement de droite sous Netanyahu », a dit le communiqué. « Il utilise actuellement toutes sortes d’excuses afin d’empêcher la mise en place de ce gouvernement – ce qui pourrait entraîner l’établissement d’un gouvernement de gauche. »

Sur sa page Facebook, Yisrael Beytenu a écrit que « le projet de loi [sur le service militaire] a été une thématique centrale sur l’agenda de Yisrael Beytenu au cours de la campagne électorale et après. Dans les négociations de coalition, nous avons également clairement établi qu’il n’y aurait aucune concession sur le sujet ».

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, dirige une réunion du parti à la Knesset, le 13 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le maire de Jérusalem Moshe Lion, proche de Liberman, a rencontré le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, à la tête de Yahadout HaTorah, pour tenter de résoudre la crise.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), s’entretient avec Yaakov Litzman, alors ministre de la Santé, du parti Yahadut HaTorah, (à gauche), à la Knesset le 28 mars 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Pour sa part, le leader de l’Union des partis de droite, le député Rafi Peretz, a dit à Netanyahu que son parti insisterait toujours sur l’obtention des portefeuilles de la Justice et de l’Education au sein du futur gouvernement, a dit la Treizième chaîne. Bezalel Smotrich de l’Union des partis de droite a juré jeudi dans la matinée qu’il serait ministre de la Justice ou que sa formation quitterait la coalition.

Netanyahu veut toutefois installer un député du Likud à la barre du ministère de la Justice alors qu’il tente actuellement d’échapper aux poursuites judiciaires dans trois dossiers criminels où il risque une inculpation. Selon des informations largement rapportées, il chercherait à prôner une législation qui lui accorderait l’immunité face aux poursuites.

Bezalel Smotrich (droite) et Rafi Peretz (gauche) de l’Union des partis de droite tiennent une conférence de presse après une rencontre avec le président Reuven Rivln à la résidence du Président à Jérusalem le 16 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

La Treizième chaîne a annoncé, jeudi soir, qu’un Smotrich optimiste avait déclaré aux journalistes qu’il « y aura une coalition » – ce qui impliquerait que la question aurait été tranchée en sa faveur. Cette information n’a pas été confirmée.

Le député Koulanou, Roy Folkman, lors d’une réunion de faction le 11 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

De manière ironique, le parti Koulanou de Moshe Kahlon, fort de quatre membres, qui avait indiqué l’année dernière adopter un positionnement sans compromis face à une éventuelle tentative de Netanyahu d’échapper aux poursuites, et qui avait affirmé qu’il s’opposerait au maintien du Premier ministre à son poste en cas d’inculpation, semble avoir entre temps adopté le point de vue de Netanyahu.

Le chef de la faction, Roy Folkman, a expliqué jeudi matin qu’il soutiendrait une « clause de contournement » qui permettrait d’empêcher la cour suprême de bloquer l’immunité de Netanyahu.

Passé de dix sièges dans la dernière Knesset à quatre, Folkman a estimé que Koulanou n’avait plus l’influence politique nécessaire pour déjouer une législation « personnelle » que le parti aura bloqué lors des quatre années de la législature précédente.

Précédemment, des sources avaient confié aux médias israéliens que Liberman avait « fait exploser les pourparlers de coalition » en raison du projet de loi officialisant les exemptions de service militaire pour les étudiants en séminaires et autres dossiers relatifs aux questions de religion et d’Etat – auxquels les deux partis ultra-orthodoxes sont opposés.

Netanyahu aurait offert à Liberman son ancien poste de ministre de la Défense. En plus de ce portefeuille, Yisrael Beytenu recevrait le ministère de l’Alyah et de l’intégration qu’il détenait également dans l’ancien gouvernement, a fait savoir le site d’information Ynet dans la matinée de jeudi. Toutefois, aucun accord n’a été conclu.

Alors que la date-butoir de formation du gouvernement se rapproche, aucun accord n’a été signé avec aucun parti. Sans parvenir à concilier les demandes contradictoires soumises par Yisrael Beytenu et les formations ultra-orthodoxes mais aussi par les autres factions susceptibles de le rejoindre, Netanyahu sera dans l’incapacité de rassembler une coalition de majorité à la Knesset.

L’idée de demander l’approbation, à la Knesset, d’une coalition composée de 60 membres serait à haut-risque puisqu’elle nécessiterait qu’au moins un député de l’opposition s’abstienne lors du vote. Une autre alternative serait le recours à de nouvelles élections – une perspective improbable si rapidement à l’issue du scrutin du 9 avril mais qui, selon des sources internes du Likud qui se sont exprimées jeudi, pourrait bien devenir réaliste.

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