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Netanyahu limoge Gallant après son appel à des pourparlers sur la refonte judiciaire

Alors que de plus en plus de réservistes refusent de servir, le ministre de la Défense a été renvoyé par le Premier ministre ; Manifestation spontanée au QG de l'armée à Tel Aviv

Capture d'écran d'une vidéo du leader de l'opposition le député Benjamin Netanyahu, à droite, et de son collègue du parti Likud le député Yoav Gallant, le 19 mai 2022. (Crédit: Twitter)
Capture d'écran d'une vidéo du leader de l'opposition le député Benjamin Netanyahu, à droite, et de son collègue du parti Likud le député Yoav Gallant, le 19 mai 2022. (Crédit: Twitter)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a limogé dimanche soir le ministre de la Défense Yoav Gallant, selon son bureau.

« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décidé de démettre de ses fonctions le ministre de la Défense Yoav Galant », a indiqué le bureau du Premier ministre dans un bref un communiqué.

Les leaders de la contestation de la refonte judiciaire ont ensuite annoncé une manifestation spontanée ce dimanche soir devant le quartier général de l’armée à Tel-Aviv. La manifestation est prévue à 22 heures.

Samedi soir, Gallant avait appelé à suspendre la refonte judiciaire controversée pour que des pourparlers puissent avoir lieu, invoquant un danger pour la sécurité de l’État, compte tenu des protestations généralisées au sein de l’armée.

« La sécurité de État d’Israël est la mission de toute ma vie », avait expliqué Gallant, général à la retraite dont la brillante carrière lui avait valu d’être envisagé pour le poste de chef d’état-major. « En portant l’uniforme de Tsahal, j’ai risqué ma vie à des dizaines de reprises pour l’État d’Israël et aujourd’hui, pour le bien de notre pays, je suis prêt à prendre tous les risques et à payer le prix qu’il m’en coûtera ».

Gallant avait déclaré qu’au cours des dernières semaines, il s’est entretenu avec des responsables militaires concernant la refonte judiciaire.

« Je les entends et je m’inquiète. Les événements qui sont en train de se dérouler et les problèmes qu’il y a au sein de la société israélienne n’épargnent pas l’armée israélienne. Un sentiment sans précédent de colère, de souffrance et de déception émerge de toute part », avait-il noté.

« Je ne peux que constater l’érosion de ce qui est à la source de notre force », avait averti Gallant. « Les clivages croissants au sein de notre société pénètrent au sein de Tsahal et des agences de sécurité nationales. Ce qui représente une menace claire, immédiate et tangible pour la sécurité de l’État. Je n’y participerai pas ».

« Nous avons besoin d’un changement dans le système judiciaire, mais des changements majeurs doivent se faire dans le dialogue », avait-il rappelé. « Le processus législatif doit être arrêté », avait recommandé Gallant, qui devait déjà s’exprimer jeudi soir avant d’être dissuadé in extremis par Netanyahu.

Il avait ensuite souligné son soutien à une réforme du système judiciaire et notamment à la nécessité de rétablir « l’équilibre » entre la hiérarchie politique et la branche de la justice, « ce qui renforcera la démocratie. » « Et pourtant, des changements nationaux déterminants peuvent se faire par le biais du dialogue », avait-il déclaré.

« Nous ne devons pas porter atteinte à notre unité. Les mères, ces mères qui envoient leurs fils et leurs filles servir au sein de Tsahal, ne doivent pas avoir de doute », avait-il continué. « La victoire d’une seule partie, qu’elle soit obtenue dans les couloirs de la Knesset ou dans les rues de nos villes, sera plus largement une défaite pour l’État d’Israël ».

L’ex-ministre de la Défense avait appelé à organiser « un processus national d’unification avec une large participation – un processus qui renforcera l’État d’Israël et qui préservera la force de l’armée israélienne ».

« Au nom de la sécurité d’Israël, au nom de nos fils et de nos filles, le processus législatif doit être arrêté maintenant pour permettre à la nation d’Israël de célébrer Pessah et Yom HaAtzmaout », avait-il dit.

Il avait aussi demandé l’arrêt du mouvement de protestation et il avait précisé que « les refus de servir au sein de l’armée doivent s’arrêter immédiatement dans la mesure où ils érodent la puissance de l’armée israélienne et qu’ils portent atteinte à notre défense » alors que les réservistes avertissent qu’ils pourraient ne plus se présenter pour faire leur devoir si la réforme devait être adoptée au Parlement.

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En effet, de plus en plus de réservistes refusent de servir en raison de la refonte judiciaire. Presque un millier de pilotes de l’armée de l’air israélienne à la retraite ont annoncé, samedi qu’ils soutenaient les réservistes qui ont fait savoir à leurs unités qu’ils ne se présenteraient pas pour une session de vol hebdomadaire en signe de protestation contre le plan de refonte judiciaire du gouvernement.

Vendredi, environ 200 pilotes réservistes qui prennent part à des missions de combat ou en charge des hélicoptères et autres avions de transport de Tsahal avaient annoncé qu’ils ne se présenteraient pas lors de l’entraînement organisé cette semaine, suite à une annonce faite jeudi soir par Netanyahu, qui avait déclaré que le gouvernement est déterminé à faire avancer son plan de réforme radicale du système judiciaire, et ce, malgré le mouvement de protestation massif.

Cette absence des soldats lors de ces sessions d’entraînement hebdomadaires a de graves conséquences, parce que les pilotes qui les manquent n’ont pas la certification nécessaire pour prendre part à des missions opérationnelles.

A LIRE – Netanyahu : refuser de servir « est un terrible danger pour l’État d’Israël »

Des centaines d’officiers de l’armée de l’air et de réservistes ont rejoint le mouvement de protestation, ces dernières semaines, lancé pour s’opposer à l’initiative prise par la coalition de restreindre de manière radicale le pouvoir de la Haute-cour, et ils ont fait savoir qu’ils ne se présenteraient plus au service en cas d’adoption de cette réforme. Depuis, une partie significative des réservistes en colère sont passés à l’acte, renforçant encore davantage les pressions exercées sur le gouvernement.

Une tendance qui a suscité une inquiétude profonde au sein de l’establishment de la sécurité qui a averti que les capacités opérationnelles d’Israël étaient en péril.

Par ailleurs, plusieurs employés de la firme d’armement Rafael Advanced Defense Systems ont annoncé, samedi, que des cadres quitteraient l’entreprise en conséquence de la refonte judiciaire.

Dans un communiqué, le chef de l’opposition Yair Lapid a qualifié le renvoi de « nouveau coup bas pour un gouvernement anti-sioniste qui porte atteinte à la sécurité nationale et ignore les avertissements de toutes les personnalités de la sécurité ». « Le Premier ministre israélien est un danger pour l’État d’Israël », a-t-il affirmé.

Le chef d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, également ancien ministre de la Défense, a lui qualifié le renvoi de Gallant par Netanyahu de « la dictature sous son meilleur jour ». « Le ministre de la Défense a osé exprimer la profonde inquiétude de tous les chefs des services de sécurité face à la désintégration de Tsahal et aux atteintes fatales à la sécurité d’Israël », a écrit Liberman sur Twitter. « Au lieu d’écouter [Gallant] et de convoquer le cabinet, Netanyahu a choisi la voie de tous les dictateurs – faire taire les voix. »

Le chef du parti de Hamahane HaMamlakhti, Benny Gantz, prédécesseur de Gallant au poste de ministre de la Défense, a déclaré qu’Israël faisait face à un « danger clair, immédiat et tangible » pour sa sécurité. « Le danger s’est aggravé. Netanyahu a mis la politique et sa personne au-dessus de la sécurité ce soir », a déclaré Gallant.

La chef du parti Avoda Merav Michaeli a déclaré que cette décision montre que « maintenant, plus que jamais, Netanyahu est très dangereux pour Israël ».

« Qui cède aux refus de servir ne peut pas rester à son poste » s’est réjoui le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite Itamar Ben Gvir, qui, la veille, avait exhorté Netanyahu à renvoyer Gallant.

Le député du Likud David Bitan a fustigé les autres membres du parti au pouvoir qui ont appelé au limogeage de Gallant. Bitan pense que le ministre de la Défense est parvenu à la conclusion que le calme intérieur est nécessaire pour éviter tout dommage à la sécurité d’Israël.

« Dans la faction [du Likud], il y a des députés qui sont vraiment extrêmes », a-t-il déclaré à la chaîne publique Kan. « Ce n’est pas la faction à laquelle nous nous sommes habitués. » « Je n’accepte pas qu’un ministre appelle à révoquer un autre ministre. C’est de l’impertinence », a-t-il ajouté.

Bitan a prédit que Netanyahu n’assènera pas le coup de grâce à Gallant, prévoyant des dommages politiques importants au Likud s’il le fait.

La coalition de Netanyahu constituée de partis de droite, d’extrême-droite et ultra-orthodoxe, fait actuellement avancer une loi dont l’objectif est d’affaiblir la capacité de la Haute-cour à agir comme contre-pouvoir face à la puissance du parlement, et elle cherche aussi à accorder au gouvernement le contrôle de la nomination des juges dans le pays. Il y a eu des manifestations massives, depuis plus de deux mois, contre les réformes prévues et une vague croissante de mises en garde émanant de personnalités de premier plan, notamment du président, des juristes, des chefs d’entreprise et autres.

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