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Opinion

Gallant tente de contraindre Netanyahu de placer les intérêts d’Israël avant les siens

Le ministre de la Défense a dit à la nation que les clivages sur la refonte étaient une menace "claire, tangible". Le Premier ministre ignorera-t-il aussi cette mise en garde ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu  et le ministre de l'Immigration de l'époque, Yoav Gallant, lors d'une conférence de presse à la Knesset, le 9 janvier 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l'Immigration de l'époque, Yoav Gallant, lors d'une conférence de presse à la Knesset, le 9 janvier 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Alors qu’une foule compacte défilait dans la rue Kaplan à Tel Aviv, samedi soir, pour la douzième semaine consécutive d’un mouvement de protestation toujours croissant, créé en opposition à la tentative de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu de prendre le contrôle du système judiciaire, les drapeaux israéliens étaient nombreux, autant d’illustrations du plaidoyer des manifestants en faveur d’un État d’Israël juif, démocratique et tolérant – de l’État qui avait été promis, en somme, dans la déclaration d’Indépendance.

D’autres ont brandi toute une gamme de panneaux et de bannières, un grand nombre s’en prenant directement à Netanyahu et à ses hommes de main, le ministre de la Justice Yariv Levin et Simcha Rothman, député d’extrême-droite et président de la Commission du Droit, de la justice et de la Constitution.

Toutefois, d’autres visages sont aussi apparus sur les affiches – ceux de Nir Barkat, Avi Dichter et Yoav Gallant – des visages qui étaient accompagnés du slogan « les agneaux silencieux ».

Il faut dire que les trois ministres ont été identifiés au moins par certains manifestants comme de possibles maillons faibles au sein de la coalition de la ligne dure de Netanyah ; comme des personnalités de premier plan qui, au sein du Likud, pourraient dénoncer la destruction du système de la justice indépendant qui a prévalu jusqu’à maintenant en Israël – une destruction qui, si elle devait avoir lieu, aurait des implications économiques terribles qui sont susceptibles d’inquiéter particulièrement Barkat, le ministre de l’Économie et qui préoccupent également Dichter, ancien responsable du Shin Bet, et le ministre de la Défense Gallant, tous les deux profondément soucieux face aux dissensions croissantes qui fissurent l’establishment de la sécurité.

Mais au moment où le rassemblement commençait, dans la soirée de samedi – à la veille d’une semaine fatidique dans l’Histoire d’Israël alors que Netanyahu a promis qu’elle serait marquée par l’approbation, devant la Knesset, de la loi qui accorderait à la coalition le contrôle presque absolu de la Commission chargée de la la nomination des juges dans le pays – aucun des trois ministres ne s’était encore exprimé ouvertement contre le « blitz » législatif en cours.

Barkat a fait savoir qu’il accepterait un éventuel rejet par la Haute-cour de justice de la législation sur la Commission de sélection des juges (ce qui paraît être une exigence de base pour tout citoyen israélien respectueux de la loi, mais qui n’est assurément pas une exigence à laquelle la coalition choisirait automatiquement de se plier, alors même que Levin a clairement annoncé qu’il n’accepterait pas une telle décision de la part des magistrats). Dichter, de son côté, a exprimé des réserves en privé sur l’ampleur et sur la portée du projet de refonte du système de la justice pendant une réunion de faction du Likud, lundi. Et les médias avaient affirmé que Gallant allait publiquement réclamer une pause du processus législatif en cours à la Knesset dans la soirée de jeudi, et qu’il s’était finalement laissé dissuader de faire cette demande par Netanyahu in extremis.

Les uns après les autres, les intervenants qui ont pris la parole lors du rassemblement de samedi – notamment l’ancienne ministre de la Justice Tzipi Livni, l’auteur et historien Yuval Noah Harari et Shikma Bressler, médecin et l’une des principales organisatrices du mouvement de protestation sur le terrain – ont dénoncé le Premier ministre, juré qu’Israël ne serait pas réduit en esclavage par des gouvernants tyranniques et ils ont vivement recommandé à la coalition, alors même que le temps presse, de ne pas laisser Israël se précipiter dans l’abîme.

Les réservistes israéliens avec un mannequin sur une civière pendant une manifestation contre le plan de réforme du système judiciaire du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 25 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Pendant les discours, la nouvelle s’est néanmoins répandue que Gallant avait enfin pris la parole. Deux jours après avoir consenti à « reporter » son allocution, afin de donner à Netanyahu le temps nécessaire pour résoudre la crise, le ministre de la Défense a fait le choix de se positionner.

Il n’a pas réclamé « l’abandon » de la réforme dans son intégralité, comme l’avait fait le président Isaac Herzog. Il a précisé qu’il apportait son soutien à une refonte judiciaire qui « rétablirait l’équilibre » entre les différentes branches du gouvernement. Mais il a demandé que la campagne-coup de poing menée à la Knesset soit mise en pause – défiant directement le Premier ministre et tentant implicitement d’obliger Netanyahu à placer l’intérêt de l’État avant ses intérêts personnels.

Et, dans un contexte où les réservistes sont de plus en plus nombreux à annoncer qu’ils ne serviront plus au sein de l’armée si les lois devaient être adoptées, alors que l’opposition aux changements judiciaires se renforce encore et toujours, il a cité les raisons qui lui ont fait prendre la décision de demander une pause – des raisons qui devraient terrifier tous les Israéliens.

Après avoir longuement parlé avec des officiers et avec des subalternes, a expliqué Gallant, il s’est avéré qu’il a constaté « un sentiment sans précédent de colère, de souffrance et de déception qui émerge de toute part ».

« Je ne peux que constater l’érosion de ce qui est à la source de notre force », a averti Gallant. « Les clivages croissants au sein de notre société pénètrent au sein de Tsahal et des agences de sécurité nationales. Ce qui représente une menace claire, immédiate et tangible pour la sécurité de l’État. »

Le ministre de la Défense Yoav Gallant, à droite, s’entretenant avec le chef d’état-major de Tsahal Herzi Halevi, à gauche, à la frontière libanaise, le 16 mars 2023. (Credit : David Cohen/Flash90)

Difficile pour les manifestants, rue Kaplan, de savoir ce qu’était exactement en train de dire le ministre de la Défense. Les services de téléphonie mobile sont habituellement surchargés lors de tels événements. Ce sont donc les intervenants qui ont informé les personnes présentes au fur et à mesure.

Bressler a rapidement donné une information. Gallant et Dichter, a-t-elle annoncé, ont appelé à stopper la législation (en fait, Dichter aurait émis cette demande pendant une discussion avec Netanyahu – une information à prendre toutefois au conditionnel).

Ses propos ont été salués par des acclamations, par des coups de sifflet et par un rugissement de satisfaction. Mais Bressler a immédiatement mis en garde contre une euphorie ou un soulagement infondés. « Nous ne nous laissons pas avoir », a-t-elle rapidement ajouté. « Ne nous endormons pas. Nous demandons à ce que le paquet de réforme tout entier soit abandonné ».

Shikma Bressler s’adresse aux participants d’une manifestation contre le plan de refonte judiciaire à Tel Aviv, le 25 mars 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ce qu’a déclaré Gallant à la nation est très certainement ce que lui, le chef d’état-major Herzi Halevi, le responsable du Shin Bet Ronen Bar et d’autres officiels de la sécurité ont dit de manière répétée au Premier ministre au cours de discussions dont les contenus ont largement fuité, ces derniers jours et ces dernières semaines. Et ces mises en garde, quoique terrifiantes, n’ont en rien dissuadé Netanyahu et ses sbires, semant le chaos dans tout le pays.

En effet, le Premier ministre a choisi de défier le président, il a ignoré les économistes, il a menti en présentant ses projets de loi lors de ses discours publics, il a ordonné au chef d’état-major d’étouffer « l’insubordination » parmi les réservistes, il a demandé à la police de réprimer les manifestants qui bloquaient les routes et il a écarté d’un revers de la main les critiques à l’international et les inquiétudes soulevées par le président américain lui-même.

La question est de savoir si un avertissement public fera réfléchir le Premier ministre – l’avertissement lancé par un ministre de la Défense ; l’avertissement que la refonte radicale et imminente de la gouvernance en Israël pourrait constituer « une menace claire, immédiate et tangible pour la sécurité de l’État ».

Et même si ce n’est pas suffisant pour stopper Netanyahu, l’expression tardive des inquiétudes visiblement réelles de Gallant pourrait-elle amener d’autres membres du Likud à rejoindre le ministre de la Défense pour tenter de bloquer le Premier ministre et pour faire échouer sa tentative de coup de force ?

Le ministre de la Défense Yoav Gallant lors d’un discours télévisé, le 25 mars 2023. (Autorisation)

« Pour ma part, je n’y participerai pas », a promis Yoav Gallant à la nation israélienne samedi.

Un agneau a finalement brisé le silence.

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