New York : une plaque rendant hommage à Pierre Laval retirée – pour l’instant
L'une des deux plaques en l'honneur des dirigeants de la France de Vichy a été retirée à cause du froid, mais elle devrait être remise en place malgré des années de protestations

New York Jewish Week/JTA — Cette semaine, Menachem Rosensaft a été agréablement surpris d’apprendre que la plaque en hommage à un collaborateur nazi, qui l’afflige depuis des années, avait été retirée il y a de cela quelques mois.
Mais le soulagement a été de courte durée : et après l’avoir retirée, la ville de New York va-t-elle vraiment remettre la plaque hommage à Pierre Laval, le Premier ministre de la France de Vichy, l’État fantoche nazi de la Seconde Guerre mondiale, exécuté pour haute trahison ?
« C’est une chose… de prendre la décision de retirer quelque chose », a déclaré Rosensaft à la Jewish Telegraphic Agency. « C’en est une autre de prendre la décision consciente de le remettre en place. »
Cela fait des années que Rosensaft — conseiller juridique émérite du Congrès juif mondial et fils de survivants de la Shoah — tente de faire retirer les plaques hommages à Laval mais aussi à Philippe Pétain, héros militaire français de la Première Guerre mondiale devenu président de Vichy et collaborateur des nazis. Ce sont deux des 206 noms inscrits sur une partie de Lower Broadway plus connue sous le nom de « Canyon des Héros ».
Rosensaft a publié un essai, il y a de cela plusieurs années, pour demander le retrait de ces plaques. Et il en a écrit un autre, le mois dernier, à l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la Shoah.
Ce qu’il ignorait alors, c’est que la plaque au nom de Laval avait été retirée en novembre dernier, les autorités municipales l’ayant jugée dangereuse pour les piétons. La rigueur de l’hiver a occasionné de gros dégâts au bitume et une dizaine de plaques ont été enlevées, en conséquence.
Ces plaques pourraient bien être remises en place. L’Alliance for Downtown New York, association à but non lucratif à l’origine de l’installation de ces plaques, entend en effet les remplacer, a rapporté le New York Times. La Commission consultative municipale sur l’art, les monuments et balises a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ne les retirait pas.
En 2017, à la suite du rassemblement suprémaciste blanc Unite the Right de Charlottesville, en Virginie, le maire de New York de l’époque, Bill de Blasio, avait tweeté que son administration retirerait tous les symboles de haine des emprises municipales — à commencer par la plaque de Philippe Pétain dans le centre-ville. (Cette plaque est toujours en place.)
Mais en 2018, la commission des monuments avait recommandé que la plaque de Pétain reste en place — tout en préconisant « la recontextualisation dans le but de poursuivre le débat public ». La commission avait également recommandé la suppression de toutes les références officielles au nom « Canyon of heroes », afin de ne pas faire de ces plaques des « célébrations » de ces personnages historiques.
En 2023, à la suite de la publication du rapport de l’inventaire des statues confédérées, qui a mené à un grand nombre de déboulonnages/démolitions, le président d’arrondissement de Manhattan de l’époque, Mark Levine, qui est juif, a assisté à un événement lors de la Journée du souvenir de la Shoah et il a déclaré qu’il était « inacceptable » que les noms de Laval et Pétain restent en place. Levine avait par ailleurs envoyé une lettre à la Commission de l’aménagement public de la ville pour demander le retrait des plaques.
La JTA a contacté les services de Mark Levine — qui est désormais contrôleur de la ville — et ceux de l’hôtel de ville pour obtenir des commentaires sur la question.
L’Alliance for Downtown New York soutient que le retrait de l’une de ces plaques serait une forme d’effacement de l’histoire.
« En faisant en sorte d’effacer les erreurs, contradictions et horreurs de l’histoire, le risque est d’aseptiser notre passé, ce qui nous rendra peut-être plus enclins à répéter ces mêmes erreurs », a déclaré au New York Times Andrew Breslau, représentant de l’Alliance for Downtown New York, qui a confirmé que le nom de Laval avait temporairement disparu.
Avant de devenir des criminels de guerre responsables de la mort de plus de 75 000 Juifs, Laval et Pétain reçurent les honneurs lors de défilés en 1931. Laval fut même nommé « Homme de l’année » par le magazine Time en 1931 en raison de sa gestion de la Grande Dépression en France.
Rosensaft admet qu’une plaque supplémentaire permettant de remettre dans leur contexte la vie de ces deux hommes serait « mieux que rien ». Mais il ne renoncera pas pour autant à militer en faveur de leur retrait total.
« La polémique, c’est une chose », conclut Rosensaft. « Mais quand on est condamné criminel de guerre, condamné à mort — l’un d’entre eux a été exécuté et l’autre a vu sa peine commuée — pour avoir envoyé plus de 70 000 Juifs à la mort en les déportant de France, c’est tout autre chose. »







