Paris : Après 40 ans d’errance, une statue d’Alfred Dreyfus trouve sa place
L’inauguration officielle doit avoir lieu le 12 juillet, date de la Journée nationale de commémoration du capitaine
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Quarante ans après sa création, une statue rendant hommage au capitaine Alfred Dreyfus a finalement été installée sur l’Île de la Cité, à quelques mètres du Palais de justice de Paris, où la Cour de cassation avait définitivement réhabilité l’officier juif en 1906.
L’œuvre monumentale, réalisée par le sculpteur Louis Mitelberg, dit « Tim », représente Dreyfus debout, tenant devant lui son sabre brisé, symbole de sa dégradation militaire du 5 janvier 1895. Sur son socle figure une phrase adressée à son épouse Lucie depuis l’île du Diable, en Guyane : « Si tu veux que je vive, fais-moi rendre mon honneur. »
L’installation du monument, le 4 juin dernier rue de Harlay, marque l’aboutissement d’un long parcours. Commandée en 1985 par le ministère de la Culture sous l’impulsion de Jack Lang, dans le cadre des grands projets mémoriels voulus par le président François Mitterrand, la statue était initialement destinée à être installée dans la cour de l’École militaire. Le choix était hautement symbolique : c’est à cet endroit que Dreyfus avait été publiquement dégradé après sa condamnation pour trahison, dans une affaire qui demeure l’un des plus célèbres scandales judiciaires et antisémites de l’histoire française.
Mais le projet se heurta rapidement à l’opposition des autorités militaires. Le ministre de la Défense de l’époque, Charles Hernu, avait fait valoir que l’École militaire n’était pas accessible au public. François Mitterrand aurait estimé qu’il convenait de donner aux militaires « un exemple, pas un remords ».
Faute d’emplacement définitif, la statue fut installée en 1988 dans les jardins des Tuileries avant d’être transférée six ans plus tard dans le VIe arrondissement de Paris, près de l’ancienne prison du Cherche-Midi où Dreyfus avait été détenu.
Le monument a été vandalisé en 2002. Recouvert de peinture jaune, l’inscription « sale traître » apparaissait également, ainsi que d’une étoile de David, rappel brutal que l’antisémitisme qui avait nourri l’Affaire Dreyfus n’avait pas disparu.
À plusieurs reprises, notamment lors du centenaire de la réhabilitation de Dreyfus en 2006, des responsables politiques et des défenseurs de sa mémoire ont tenté de faire revenir la statue à l’École militaire. Chaque fois, les autorités militaires s’y sont opposées.
Pendant ce temps, des répliques de l’œuvre ont trouvé refuge ailleurs. L’une est exposée depuis 2003 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. Une autre a été inaugurée en 2018 à Tel Aviv, près de l’Institut français.
Le dossier a finalement été relancé en 2024 à l’occasion de l’exposition « Alfred Dreyfus. Vérité et justice » organisée par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’année suivante, la France a élevé Dreyfus à titre posthume au grade de général de brigade, nouvelle étape dans la reconnaissance officielle de l’injustice dont il fut victime.
L’État, la Ville de Paris et le musée sont finalement parvenus à un accord pour installer l’œuvre à proximité immédiate du Palais de justice. Si ce n’est pas le lieu de sa dégradation, c’est celui de sa réhabilitation, là où son innocence a été définitivement reconnue après plus d’une décennie de combat judiciaire.
L’inauguration officielle doit avoir lieu le 12 juillet, date de la Journée nationale de commémoration d’Alfred Dreyfus, qui marque l’annulation définitive de sa condamnation par la Cour de cassation en 1906.
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