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Pays-Bas : le chœur d’Ootmarsum continuera à entonner son chant antisémite

Le chant traditionnel entonné à Pâques reproche aux Juifs d'avoir tué Jésus - une accusation à l'origine de violences antijuives et rejetée aujourd'hui par l'Eglise

Un petit garçon s'approche du chœur qui mène la procession d' Ootmarsum, aux Pays-Bas, le 1er avril 2018. (Crédit : Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto via Getty Images via JTA)
Un petit garçon s'approche du chœur qui mène la procession d' Ootmarsum, aux Pays-Bas, le 1er avril 2018. (Crédit : Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto via Getty Images via JTA)

JTA — Chaque année depuis au moins un siècle, les hommes de la ville néerlandaise d’Ootmarsum entonnent un chant de Pâques aux paroles antisémites.

Et malgré les protestations d’un rabbin néerlandais, ils n’ont aucune intention d’arrêter.

Cette chanson sur les Juifs, intitulée « Christ est ressuscité », entre dans le cadre d’une tradition qui remonte au 19è siècle à Ootmarsum, à environ 130 kilomètres d’Amsterdam. Les locaux appellent la procession traditionnelle qui suit dans les rues ce chœur masculin le « vlöggeln » : des dizaines d’hommes chantent en défilant le long d’un itinéraire prédéterminé, et à plusieurs reprises dans la journée, à l’occasion des deux jours de la fête de Pâques. Cette année, la fête a eu lieu le 17 avril et le 18 avril.

Dans cette chanson sur les Juifs – dont les paroles sont imprimées et distribuées aux passants – les chanteurs dénoncent « les Juifs qui, avec leur faux conseil, ont sacrifié Jésus sur la croix ».

Le chœur est dirigé par huit principaux chanteurs en imperméable. Le plus âgé des huit hommes fume le cigare. C’est le trésorier du groupe et il est surnommé « Judas ».

Cette accusation de déicide, vieille de siècles entiers, a motivé des actes innombrables de violence contre les Juifs en Europe et au-delà. Selon l’évangile chrétien, Judas Iscariote avait trahi Jésus, entraînant sa crucifixion.

L’église catholique, dans un document de 1965 intitulé Nostra Aetate , avait affirmé que « les autorités juives et ceux qui les suivaient ont insisté pour que christ soit tué », ajoutant que ce qui s’était alors passé ne pouvait pas être « reproché » aux Juifs d’aujourd’hui ou à tous les Juifs en vie au moment de la crucifixion.

Le rabbin Lody van der Kamp, né dans l’Est des Pays-Bas, a qualifié cette tradition « d’inimaginable » dans un entretien qui a été publié mercredi sur le site d’information Tubantia.

« Cela me dépasse complètement que les résidents d’Ootmarsum puissent chanter cela, connaissant l’histoire de leur ville » a-t-il dit. Quatre Juifs avaient été froidement pendant la Shoah dans cette localité.

Alors que Tubantia lui demandait une réaction, l’un des principaux choristes, Jan Veldboer, a dit qu’il se refuserait à tout commentaire, se contentant de remarquer que « cela fait quarante ans qu’on évoque ad-nauseam le sujet ».

Veldboer a évoqué un changement effectué dans le texte en 1967, suite aux protestations d’un avocat d’Amsterdam. En 1968, le mot « Juif » avait disparu, remplacé par le mot « peuple », mais la version originale avait fait sa réapparition dès l’année suivante. C’est c’est cette version qui est encore utilisée à ce jour.

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