Rechercher

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le partisan juif ‘Oncle Misha’ tuait les nazis en chantant

Débordant d'action, le livre ‘Partisan Song’ raconte l’histoire de Moshe Gildenman, chef juif d'une guérilla anti-nazis en Ukraine, aujourd'hui tombé dans l'oubli

  • Des partisans soviétiques tendent une embuscade. (Photographié par Yakov Davidson. Ghetto Fighters’ House Museum, Israël/Archive)
    Des partisans soviétiques tendent une embuscade. (Photographié par Yakov Davidson. Ghetto Fighters’ House Museum, Israël/Archive)
  • Illustration : Des partisans soviétiques chantent pendant une accalmie dans les combats. (Photographié par Yakov Davidson. Musée de la maison des combattants du ghetto, Israël/Archive)
    Illustration : Des partisans soviétiques chantent pendant une accalmie dans les combats. (Photographié par Yakov Davidson. Musée de la maison des combattants du ghetto, Israël/Archive)
  • Moshe Gildenman (au centre, avec une cravate) devant son usine de ciment avec ses employés et ses enfants, au début des années 1930. (Autorisation de Yousef (Seffi) Hanegbi)
    Moshe Gildenman (au centre, avec une cravate) devant son usine de ciment avec ses employés et ses enfants, au début des années 1930. (Autorisation de Yousef (Seffi) Hanegbi)
  • Extrait de la partition de Moshe Gildenman des chants de la liberté, de Joseph Gladstein. Des annotations suggèrent que Gildenman s'est aidé de cette partition pour donner des concerts de chants yiddish. (Collection d’artefacts de Yad Vashem, avec l’aimable autorisation de Yousef (Seffi) Hanegbi et Zahava Shanni, Israël.)
    Extrait de la partition de Moshe Gildenman des chants de la liberté, de Joseph Gladstein. Des annotations suggèrent que Gildenman s'est aidé de cette partition pour donner des concerts de chants yiddish. (Collection d’artefacts de Yad Vashem, avec l’aimable autorisation de Yousef (Seffi) Hanegbi et Zahava Shanni, Israël.)
  • Rue Kościuszko, la principale artère de Korets, en 1927. (Collection de Maria Markowska (Muszyńska) dans le Cyfrowe Archiwum Dzierżoniowa géré par la Fundacja Forum Dialogu Między Kulturami)
    Rue Kościuszko, la principale artère de Korets, en 1927. (Collection de Maria Markowska (Muszyńska) dans le Cyfrowe Archiwum Dzierżoniowa géré par la Fundacja Forum Dialogu Między Kulturami)

En mai 1942, les nazis ont assassiné 2 200 Juifs dans la forêt de Korzak, près de Korets, en Pologne (aujourd’hui en Ukraine). En une seule journée, pratiquement toute la communauté juive de cette ville volhynienne a été anéantie lors d’une fusillade de masse.

Seuls 186 ouvriers et quelques personnes parvenues à se cacher furent épargnés, à commencer par Moshe Gildenman, son fils Simcha et son neveu Siomke Geifman. En revanche, son épouse Golda et sa jeune fille Feigela périrent.

Les survivants se sont réunis dans l’une des synagogues du ghetto de Korets pour dire la prière du Kaddish et célébrer la fête de Chavouot, occasion lors de laquelle Gildenman a pris la parole pour dire : « Sachez que nous allons tous mourir, tôt ou tard. Mais je n’irai pas comme un mouton à l’abattoir… Je ne crains personne ! Pas même la mort. »

Ainsi, lorsque les nazis entrèrent dans le ghetto pour le liquider, fin septembre 1942, Gildenman, son fils, son neveu et neuf autres Juifs — armés de deux revolvers, cinq balles et d’un recueil de chansons yiddish — s’échappèrent pour rejoindre les rangs des partisans ukrainiens occupés à lutter contre les Allemands et leurs collaborateurs.

C’est cette histoire captivante, celle de Gildenman, ingénieur civil et leader culturel au tempérament doux qui s’est mué en impitoyable combattant, que raconte le nouveau livre de James A. Gryme, « Partisan Song : A Holocaust Story of Resilience, Resistance, and Revenge. »

À la connaissance de l’auteur, « Partisan Song [NDLT : Chanson partisane] » est le premier ouvrage grand public sur Gildenman, mais aussi sur les partisans de la Seconde Guerre mondiale qui ont combattu les nazis en Ukraine.

« Partisan Song: A Holocaust Story of Resilience, Resistance, and Revenge [NDLT : Chant partisan : résilience, résistance et vengeance lors de la Shoah] » par James A. Grymes (Citadel Press, Kensington Publishing Corp.)
Le précédent livre du musicologue Grymes, « Violins of Hope », sur les violons de la Shoah et le luthier israélien qui les restaure, a remporté le National Jewish Book Award en 2014. Il a découvert Gildenman (connu sous le nom de guerre « Oncle Misha ») grâce à un garçon au grand talent musical nommé Motele Schlein.

Le garçon, violoniste prodige, avait rejoint le groupe de partisans juifs de Gildenman après s’être caché puis avoir fui lorsque les nazis avaient déporté à Auschwitz sa famille, originaire du village biélorusse de Karmanovka.

Intrigué par Gildenman, ce personnage qu’il connaît peu, Grymes se penche sur son histoire, ce qui ne fait qu’attiser son intérêt et son admiration pour les talents de l’homme, en tant que chef partisan mais aussi en tant que musicien, à Korets, avant la guerre.

Grymes estime avoir mieux compris Gildenman le jour où il est tombé sur « Freedom Songs », un recueil de chansons bundistes en yiddish compilé par Joseph Gladstein pour les collections de Yad Vashem, le Centre mondial de mémoire de la Shoah à Jérusalem.

Un orchestre à Korets, à la fin des années 1930. Moshe Gildenman est le deuxième homme à partir de la gauche, au troisième rang. (Archives familiales — Projet Racines polonaises en Israël / Musée POLIN de l’histoire des Juifs polonais)

En tant que musicien et chef d’orchestre, Gildenman avait utilisé ces partitions à Korets, et les avait conservées tout au long de la guerre.

« Cela m’a donné un aperçu du monde musical dans lequel avait baigné Gildenman à Korets. Ces chansons étaient à ce point importantes pour lui qu’il avait emporté les partitions avec lui. Il n’avait qu’une toute petite sacoche et ne pouvait emporter qu’un tout petit nombre de choses. Ce sont des chants qu’il connaissait sans doute par cœur, car ils étaient assez connus. Et malgré tout, il a décidé de garder la partition », souligne Grymes.

Chacun des chapitres de « Partisan Song » est précédé d’un extrait d’un des chants tirés de « Chants de la liberté », ou de l’un des chants partisans que Simka, fils de Gildenman, a gardés en souvenir de camarades disparus, après-guerre.

Moshe Gildenman à l’époque où il était partisan, début 1943. (Musée de la Maison des Combattants du Ghetto, Israël/Archives photo)

Si les paroles des chansons donnent un aperçu des pensées et de la détermination des partisans, elles ne sont qu’un cadre.

La plupart des lecteurs seront plutôt attirés par l’action et le drame qui culminent lorsque Gildenman, à l’âge de 44 ans, devient Oncle Misha, le tueur. Au début, sa petite bande de Korets, rejointe par des Juifs rencontrés en forêt, combat seule avant de rejoindre les rangs des partisans ukrainiens quelques mois plus tard.

Connus sous le nom de « Groupe Juif de l’oncle Misha », ils relevaient du commandement ukrainien mais fonctionnaient comme une unité distincte.

Le groupe de Gildenman fut accepté parmi les partisans soviétiques, utilisés par Staline pour distraire les Allemands et permettre à l’Armée rouge de progresser à l’ouest. Leur rôle consiste essentiellement à saboter les infrastructures, détruire les voies d’approvisionnement et recueillir des renseignements derrière les lignes de l’Axe.

Un courage oublié de tous

Au total, l’oncle Misha et son groupe menèrent plus de 150 opérations de combat.

Une unité de partisans soviétiques traverse une rivière à gué. (Photographié par Yakov Davidson. Musée de la Maison des Combattants du Ghetto, Israël / Archives photographiques)

Vers la fin de la guerre, Gildenman rejoignit les rangs de l’armée soviétique en qualité d’ingénieur de combat pour effectuer des missions extrêmement dangereuses à l’avant des lignes de front. Pour autant, ni Gildenman ni ses compagnons combattants juifs n’ont eu les honneurs qu’ils méritent.

« Il existe des journaux de combat [de partisans ukrainiens] qui parlent de ce qui s’est passé… Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais vraiment parlé des partisans juifs… A partir du moment où [le groupe d’oncle Misha] a rejoint les rangs des partisans soviétiques, on trouve dans les archives officielles des mentions des batailles auxquelles il a pris part, mais sans le moindre hommage aux partisans juifs », déplore Grymes.

Faute de mention des partisans juifs dans les archives ukrainiennes ou soviétiques, Grymes a dû trouver le moyen de faire correspondre les souvenirs d’après-guerre de Gildenman (attention spoiler : son fils et lui ont survécu à la guerre) au contenu des archives officielles afin de donner à lire un récit exact sur le plan historique.

« Je voulais voir ce que je serais capable de démêler, de comprendre. La plupart des sources sont ses propres écrits. De grands historiens de la Shoah [qui le mentionnent brièvement dans des ouvrages universitaires] se sont servis de ses écrits sans vraiment les étudier en profondeur. Le moment clé, pour moi, a été mon temps de recherches dans les archives partisanes de Kiev et surtout le jour où j’ai pu corroborer son récit avec le récit historique », explique Grymes.

La famille Gildenman (Simcha, Golda, Moshe, Feigela), au milieu des années 1930. (Avec l’aimable autorisation de Yousef (Seffi) Hanegbi)

Il ne fut pas vraiment surpris que Gildenman, qui se souvenait généralement des événements liés aux fêtes, se soit trompé sur certaines dates et certains lieux.

Ses souvenirs étaient bien réels, mais il y avait parfois des imprécisions dans le lieu ou la date exacts.

« Ce qui arrive souvent avec des témoignage personnels. Les gens ne donnent pas des informations inexactes intentionnellement, mais d’après ce que nous savons aujourd’hui de la mémoire, les choses peuvent se mélanger — surtout en ce qui concerne les dates et les lieux. Cela arrive à tout le monde, particulièrement à quelqu’un qui a vécu le traumatisme du ghetto, de la perte de ses proches et des années de combat », explique Grymes.

James A. Grymes (Photographie de Magen Marie)

Après la guerre, Gildenman n’est pas retourné pas à Korets. Il a pris la tête d’une toute nouvelle communauté de 27 500 réfugiés juifs réinstallés à Szczecin, en Pologne.

Il était actif au sein d’Ihud (Unité), un mouvement sioniste favorable à un État judéo-arabe partagé en Palestine, sans conflit.

Il a également documenté et témoigné de ce qu’il avait vécu durant la guerre, en tant que partisan et soldat, avant d’immigrer en Israël avec son fils en 1951. Il est décédé en 1957.

Grymes mérite tous les éloges pour sa persévérance à faire connaître l’histoire de Gildenman.

On se demande comment l’histoire d’un individu aussi extraordinaire a été presque oubliée, ce qui invite à réfléchir à la manière dont les événements historiques peuvent changer une personne.

« C’est très exactement le cœur de son histoire. Il est passé du statut de leader communautaire pacifique à celui d’auteur d’actes brutaux pour se venger. Mais une fois la guerre terminée, il a déposé les armes et passé le reste de sa vie à faire en sorte de faire advenir la paix », conclut Grymes.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.