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Pittsburgh : des grands-parents pleurés pour une vie trop vite interrompue

Bernice et Sylvan Simon, qui s'étaient mariés dans la synagogue où ils ont été abattus, ont été salués comme ayant incarné les parfaits "bubbe" et "zayde" américains

Les amis et la famille de  Bernice et Sylvan Simon lors de leurs funérailles, le 1er novembre 2018 (Crédit : Arielle Kaplan/JTA)
Les amis et la famille de Bernice et Sylvan Simon lors de leurs funérailles, le 1er novembre 2018 (Crédit : Arielle Kaplan/JTA)

PITTSBURGH, Pennsylvanie (JTA) — Bernice et Sylvan Simon s’étaient mariés à la congrégation Tree of Life, il y a 62 ans. Semaine après semaine, ils assistaient aux offices, là-bas, discutant avec la rescapée de la Shoah qui prenait place sur le banc situé devant le leur.

Et samedi, quelques heures avant de retrouver leur famille pour célébrer l’anniversaire de leur fille, ils ont été froidement abattus lors du massacre qui a fait 11 victimes juives.

Dans leurs éloges funèbres prononcés dans la chapelle funéraire Ralph Schugar, les enfants et les petits-enfants de Bernice et Sylvan Simon ont décrit un couple chaleureux, aimant, qui incarnait presque parfaitement l’idéal des « bubbe » et « zayde » (grand-père et grand-mère en yiddish) américains.

Pendant plus de six décennies, ils avaient construit une famille qui était devenue le centre de leurs existences – se créant des souvenirs lors des anniversaires et des fêtes, avec notamment les célèbres purées de Bernice. Inoubliables également, le bonheur de Sylvan, quand il se réjouissait des prouesses accomplies par l’équipe des Pirates de Pittsburgh, les Steelers et les Penguins.

« C’est tellement dur de réaliser que plus jamais, elle ne me prendra la main en me demandant : ‘Sais-tu combien nous t’aimons ?’, » a dit Marissa Simon, leur petite-fille, évoquant Bernice, sa « Bubbe« . « Ma bubbe et mon zayde ont vécu une vie remplie d’amour et de bonheur, et les actes atroces commis dans la matinée du 27 octobre n’effaceront jamais la beauté de ce qu’ont été mes grands-parents ».

Bernice and Sylvan Simon (Crédit : JTA)

Marissa n’a pas été la seule membre de la famille à exprimer son chagrin face à ces deux existences fauchées. L’épouse et le mari, qui étaient âgés respectivement de 84 et 86 ans, ont été décrits comme remplis d’énergie, de vie et d’humour. Leur fils aîné, Mark, a indiqué que lorsqu’il s’est rendu à leur domicile après la fusillade, il découvert l’endroit décoré pour la fête d’anniversaire de sa sœur. Il n’a pu s’empêcher de s’attendre à voir les deux silhouettes descendre de l’escalier.

« Nos parents ont tout fait ensemble », a-t-il expliqué. « Ils étaient profondément amoureux l’un de l’autre… La majorité du temps, il était impossible de les joindre sur le téléphone de la maison. Ils étaient toujours sortis faire du shopping, des courses, rencontrer des amis, faire du bénévolat auprès des organisations communautaires, ou à la synagogue ou, comme il est normal passé un certain âge, chez le médecin ».

Marc Simon s’est souvenu de ses parents comme d’un « phare lumineux » dont l’exemple pourra aider à « éradiquer la haine qui les aura menés à leur mort prématurée ».

Une femme dépose des fleurs devant la synagogue Tree of life, du quartier de Squirell Hill, à Pittsburgh, après un attentat dans unes synagogue qui a fait 11 morts, le 28 octobre 2018. (Crédit : Brendan Smialowski / AFP)

Le couple Simon a connu une tragédie en 2010 lorsque l’un de leurs quatre enfants, Martin, est mort dans un accident de moto. Ils étaient restés proches de leurs enfants et leurs petits-enfants, même si certains d’entre eux étaient géographiquement éloignés. Leur fils Michael, qui vit en Californie, parlait à ses parents deux à trois fois par semaine – ces derniers s’intéressaient particulièrement à la scolarité de ses enfants et au comportement du nouveau chiot de la famille.

« Même s’il y a de la distance entre nous, nous faisons encore partie de la vie des uns des autres de manière très forte », a dit Michael. « Pendant nos conversations, je pouvais toujours entendre papa, derrière, poser des questions ou commenter nos conversations. Ma mère disait toujours : ‘Mais attends ton tour, Syl !’, », s’est-il souvenu.

Michelle Simon Weis a dit que sa mère était sa « meilleure amie ».

Marissa a raconté que son grand-père, un homme au tempérament bavard et blagueur, la laissait le coiffer lorsqu’elle était petite.

« Mon zayde faisait toujours en sorte que vous vous sentiez bien « , a-t-elle expliqué. « Il me disait toujours qu’il était fier de moi et qu’il fallait que je travaille dur pour devenir médecin, et que je pourrais ainsi m’occuper de lui. Et je suis si triste de me dire que jamais, je ne pourrai le faire ».

Marissa s’est souvenue de Bernice qui sautillait à ses côtés en chantant « A Bushel and a Peck », et a noté que « elle était toujours là quand j’avais besoin d’elle, même lorsque je pensais que je n’avais besoin de personne ».

Les six membres de la famille qui ont pris la parole – trois enfants et trois petits-enfants – ont dit chérir les souvenirs partagés avec Bernice et Sylvan et ressentir un profond chagrin à l’idée de ne plus les avoir à leurs côtés.

« Faisons en sorte que le grand amour, l’admiration et la compréhension mutuelle que nourrissaient mes parents l’un pour l’autre puisse servir de phare lumineux à chacun d’entre nous », a dit Marc. « Puisse-t-il briller dans le monde entier, atténuer et enfin éradiquer la haine qui a été le moteur de cet événement horrible ».

Bernice et Sylvan Simon laissent derrière eux trois enfants et six petits-enfants.

Anat Halevy Hochberg de Brooklyn au mémorial improvisé dressé près de la synagogue Tree of Life en hommage aux 11 victimes tuées le 27 octobre 2018 lors d’une fusillade survenue dans le quartier Squirrel Hill de Pittsburgh. (Crédit : AP/Gene J. Puskar)

Il y a eu une autre cérémonie d’inhumation, le même jour : celle du docteur Richard Gottfried, un dentiste qui travaillait à temps partiel dans une clinique soignant des réfugiés et des immigrés. La victime la plus âgée, Rose Mallinger, 97 ans, sera enterrée vendredi. Sa fille a été blessée dans l’attaque.

Le suspect de cette fusillade a plaidé non-coupable lors de sa comparution devant une cour fédérale. Les procureurs ont demandé qu’une requête de peine de mort à son encontre soit envisagée.

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