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Pour éviter les poursuites, Michael Steinhardt rendra 70 M de $ d’antiquités volées

Le financier et philanthrope juif est désormais interdit à vie de posséder des antiquités après que les enquêteurs ont découvert qu'il détenait plus de mille objets volés

Le financier et philanthrope Michael Steinhardt assiste au gala des Champions of Jewish Values International Awards au Marriott Marquis, le 5 mai 2016, à New York.(Crédit : Evan Agostini/Invision/AP)
Le financier et philanthrope Michael Steinhardt assiste au gala des Champions of Jewish Values International Awards au Marriott Marquis, le 5 mai 2016, à New York.(Crédit : Evan Agostini/Invision/AP)

JTA – Michael Steinhardt, le gestionnaire de fonds spéculatifs et mécène de la cause juive, a accepté de restituer 180 antiquités volées d’une valeur de 70 millions de dollars à leurs propriétaires légitimes et de ne plus jamais collectionner d’objets anciens.

En contrepartie, Steinhardt, philanthrope, président de la Steinhardt Foundation for Jewish Life et cofondateur de Taglit-Birthright Israel, une organisation qui envoie gratuitement de jeunes Juifs découvrir Israël, ne fera pas l’objet de poursuites pénales pour avoir acquis plus de 1 000 pièces provenant de 11 pays, dont l’Égypte, la Grèce, Israël, la Syrie et la Turquie, selon les procureurs.

Ce sont les termes d’un accord que Steinhardt a finalisé lundi avec le procureur du district de Manhattan, Cyrus Vance, dont le bureau a commencé à enquêter il y a plusieurs années sur une statue libanaise que Steinhardt avait prêtée au Metropolitan Museum of Art. Cette statue, ont-ils conclu, avait été prise illégalement du Liban – comme d’innombrables autres objets que Steinhardt avait amassés au fil des ans, provenant en grande partie de pays du Moyen-Orient.

Les avocats de Steinhardt et le procureur du district de Manhattan, Cyrus Vance, ont publié des déclarations séparées lundi, rapporte CNBC, avec des points de vue très différents sur l’intention : Steinhardt a dit qu’il avait acheté les objets en toute bonne foi, mais Vance n’y a pas cru.

« Pendant des décennies, Michael Steinhardt a fait preuve d’un appétit vorace pour les artefacts pillés sans se soucier de la légalité de ses actions, de la légitimité des pièces qu’il achetait et vendait, ou des graves dommages culturels qu’il causait à travers le monde », a déclaré Vance dans une déclaration distincte.

« Sa quête de ‘nouvelles’ pièces à présenter et à vendre ne connaissait aucune frontière géographique ou morale, comme en témoigne le monde souterrain tentaculaire des trafiquants d’antiquités, des patrons du crime, des blanchisseurs d’argent et des pilleurs de tombes sur lesquels il s’appuyait pour agrandir sa collection. »

Sur la photo (de gauche à droite) : Le Larnax, un masque de mort et un Rhyton à tête de cerf. (Crédit : Bureau du procureur de Manhattan)

Les avocats de Steinhardt ont dépeint leur client comme une personne naïve mais bien intentionnée.

« Steinhardt est heureux que l’enquête menée pendant des années par le procureur du district se soit conclue sans qu’aucune charge ne soit retenue, et que les objets pris à tort par d’autres soient rendus à leur pays d’origine », ont déclaré les avocats de Steinhardt. « Beaucoup de marchands auprès desquels Steinhardt a acheté ces objets ont fait des déclarations spécifiques quant au caractère licite de leur titre de propriété et à leur provenance présumée. »

Le bureau de Vance a mené l’enquête en coopération avec les services de police de 11 pays, dont Israël.

Certains des objets ont été pillés lors de conflits dans des pays comme le Liban, l’Irak et la Turquie. Steinhardt a prêté certains d’entre eux à des musées.

Selon CNBC, l’accord entre Steinhardt et Vance révèle qu’au moins l’un des objets rapatriés, une boîte contenant des restes humains provenant de Crète, s’est révélé avoir été pillé lorsque Steinhardt s’est moqué des enquêteurs qui examinaient un autre objet. « Vous voyez cette pièce ? » aurait-il dit. « Il n’y a pas de provenance pour cette pièce. Si je vois une pièce et qu’elle me plaît, alors je l’achète. »

À l’avenir, Steinhardt sera interdit à vie d’acquérir tout objet créé avant l’an 1500.

En 2019, Steinhardt, 80 ans, qui a aidé à fonder Birthright Israel et soutient un large éventail d’institutions juives, a été accusé d’avoir tendance à faire des propositions et des remarques sexuellement inappropriées à des femmes qui l’ont approché dans le cadre de leur travail dans la philanthropie juive ou les arts. Steinhardt a nié ces accusations, mais a reconnu l’existence de commentaires « grossiers, irrespectueux et tout simplement stupides ».

Michael Steinhardt lors d’une réunion à la Knesset à Jérusalem, le 26 avril 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Steinhardt, qui a 81 ans ce mardi, a fondé le fonds spéculatif Steinhardt Partners en 1967 et l’a fermé en 1995. Il a quitté sa retraite en 2004 pour diriger Wisdom Tree Investments.

L’université de New York a donné le nom de Steinhardt à sa Steinhardt School of Culture, Education and Human Development en signe de reconnaissance pour deux dons de 10 millions de dollars.

Parmi les objets remis par Steinhardt figure une tête de cerf sous la forme d’un récipient cérémoniel pour les libations, datant de 400 avant l’ère commune, qui, selon les procureurs, est apparue sans provenance sur le marché international après un pillage effréné à Milas, en Turquie. La tête de cerf est estimée à 3,5 millions de dollars, selon le procureur.

On trouve également le coffre de restes humains de l’île grecque de Crète, appelé larnax et datant d’environ 1300 avant l’ère commune, qui, selon les procureurs, a été acheté à un trafiquant d’antiquités connu.

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