Quand la finale de la Coupe du monde devient un reflet du conflit israélo-palestinien
Sur les réseaux sociaux, les supporters considèrent le match de dimanche comme une rencontre hautement symbolique en raison des positions opposées de Madrid et de Buenos Aires sur Israël
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JTA — La finale de la Coupe du monde de dimanche opposera l’Argentine à l’Espagne – ce qui donnera lieu à un affrontement entre deux pays qui ont récemment adopté des positionnements diamétralement opposés sur Israël.
Leurs stars symbolisent elles aussi cette fracture : l’Argentin Lionel Messi a attiré l’attention en raison de ses liens passés avec Israël, tandis que l’Espagnol Lamine Yamal a fait la Une des journaux en brandissant un drapeau palestinien après une victoire décisive.
Sur internet, les usagers des réseaux sociaux présentent dorénavant ce match comme une sorte de prolongement du conflit au Moyen-Orient, ce qui a donné lieu à de nombreuses théories du complot anti-israéliennes et antisémites.
« Nous allons avoir une Coupe du monde Israël contre la Palestine », a écrit Ryan Rozbiani, un créateur de contenu, sur le réseau social X.
« L’Argentine est la seule équipe, parmi toutes les formations participantes, à être ouvertement et systématiquement pro-israélienne », a fait remarquer un internaute sur le même réseau social – sa biographie indique qu’il s’oppose à la république islamique d’Iran. « C’est pour ça que je soutiens les Argentins. »
Khabib Nurmagomedov, un ancien combattant de MMA qui est un défenseur féroce de la cause palestinienne, a diffusé un message similaire sur sa story Instagram en écrivant : « Je sais à qui je vais apporter mon soutien ».
Sneako, le streamer qui a diffusé des théories du complot antisémites et qui n’a pas hésité à utiliser des slogans nazis, s’est déjà exprimé il y a quelques semaines : « L’Argentine est l’Israël de l’Amérique du Sud ».
Le président argentin Javier Milei, qui se décrit lui-même comme un « anarcho-capitaliste » et qui est entré en fonction au mois de décembre 2023, a bouleversé la politique étrangère de l’Argentine à l’égard d’Israël. Le pays, dont le positionnement était plutôt critique à l’égard de l’État juif, est devenu l’un de ses plus proches alliés.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, un socialiste, s’est imposé comme l’un des détracteurs les plus virulents en Europe de la campagne militaire menée par Israël à Gaza contre le Hamas, et comme l’un des principaux défenseurs de la création d’un État palestinien.
Sanchez avait exprimé sa fierté après que l’attaquant espagnol Yamal a été photographié, au mois de mai dernier, en train de célébrer une victoire décisive avec un drapeau palestinien. La star du FC Barcelone, qui est âgée de 18 ans et dont le père est marocain, avait brandi le drapeau alors qu’il se trouvait à bord d’un bus à toit ouvert lors des célébrations du club après la victoire remportée par son équipe en Liga, le 11 mai dernier.
« Lamine n’a fait qu’exprimer la solidarité avec la Palestine que ressentent des millions d’Espagnols », avait indiqué Sanchez à l’époque. « Une raison de plus d’être fier de lui ».
L’acteur espagnol Javier Bardem – un supporter qui apparaît souvent à l’écran lors des matchs de l’équipe en Coupe du monde – est un fervent défenseur de la cause palestinienne. Il a brandi un drapeau palestinien lors de plusieurs matchs du tournoi – confiant également à un autre spectateur, lors de la récente demi-finale, que « l’existence, c’est la résistance’.
L’Espagne figure parmi les critiques les plus virulents de toute l’Europe à l’égard des actions d’Israël à Gaza depuis le début de la guerre qui avait été déclenchée par le pogrom qui avait été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 – un conflit qui dure depuis deux ans. A la fin du mois de mai 2024, l’Espagne avait officiellement reconnu un État palestinien, rejoignant ainsi un nombre croissant de pays européens plaidant en faveur d’une plus grande reconnaissance internationale du droit à l’autodétermination palestinienne.
Le discours partisan a également pris une tournure sinistre. Le PDG de CyberWell, une association israélienne à but non lucratif qui surveille l’antisémitisme en ligne, a écrit dans un communiqué que la scène gigantesque de la Coupe du monde était « exploitée par ceux qui cherchent à diffuser des théories du complot antisémites ».
Tal-Or Cohen Montemayor a expliqué que les publications qui critiquent Messi et l’Argentine « ne mentionnent souvent pas explicitement les Juifs », mais « elles invoquent des théories du complot antisémites par le biais de références indirectes ».
« Les attaques lancées contre Lionel Messi, l’évocation des Protocoles des Sages de Sion et les affirmations qui laissent entendre que les Juifs contrôleraient la FIFA reposent toutes sur la même idée : celle selon laquelle le peuple juif serait le maître manipulateur secret du monde », a noté Cohen Montemayor.
Messi, capitaine de l’Argentine, a largement évité les prises de position politiques tout au long de sa carrière. A l’approche de la demi-finale de la Coupe du monde contre l’Angleterre, alors qu’une grande partie des médias argentins établissaient sans cesse un lien entre ce match et le différend entre les deux pays concernant les Malouines/Falkland, Messi a limité ses commentaires, excluant tout autre sujet que le football.
Ses relations avec Israël se sont en revanche forgées à travers le football et par le biais de visites personnelles. Il a notamment effectué des séjours à Jérusalem, il a participé à des matchs qui impliquaient des équipes israéliennes et il a établi des liens professionnels avec des entreprises israéliennes.
Un certain nombre de publications critiquant Messi et l’Argentine ont présenté des photos de la mégastar lors de ses voyages en Israël, avec notamment une photographie qui le montrait au mur Occidental, en 2013. Ces posts laissent également entendre que l’Argentine, qui a remporté quelques matchs grâce à des remontées spectaculaires en fin de rencontre, est assurée de gagner – avec l’aide des arbitres ou de la FIFA plus généralement – en raison du soutien apporté par le pays à Israël.
Cette discorde est attisée par le sentiment – qui est répandu parmi d’autres pays d’Amérique latine – que les Argentins se considèrent comme distincts du reste de la région, en partie parce qu’une grande majorité de leur population est issue d’immigrants européens. Un club argentin avait été condamné à une amende en 2023 après que ses supporters avaient fait des gestes racistes à l’encontre des supporters d’une équipe brésilienne. En 2024, des joueurs argentins avaient été vivement critiqués parce qu’ils avaient entonné un slogan à propos de l’équipe de France : « Ils jouent pour la France, mais leurs parents sont originaires d’Angola. Leur mère est camerounaise, tandis que leur père est nigérian. Mais leur passeport indique qu’ils sont français ».
L’histoire entretenue par les deux pays avec les Juifs est complexe et parfois tendue : l’Argentine, qui avait attiré une importante immigration juive au tournant du XXe siècle, était également devenue un refuge pour les nazis fuyant la défaite et la justice après la Seconde Guerre mondiale. Les Juifs avaient été pris pour cible de manière disproportionnée pendant les horreurs de la « guerre sale » qui avait été menée par le pays dans les années 1970, et le régime militaire était imprégné d’idées antisémites. L’enquête sur l’attentat à la bombe de grande ampleur perpétré en 1994 contre le centre communautaire juif de l’AMIA – une attaque dont la responsabilité avait été attribuée au Hezbollah – avait été notoirement mal menée.
Depuis les années 1970, l’Espagne s’est efforcée de réparer les persécutions, les tortures massives et l’expulsion des Juifs qui avaient eu lieu au XVe et au XVIe siècle, en mettant en avant le passé juif du pays et en encourageant l’immigration juive. Son régime fasciste était ostensiblement neutre, mais dans les faits, il avait été un allié à l’Allemagne nazie. Plus récemment, le pays a signalé une recrudescence des agressions antisémites.
Certains Argentins ont réfuté l’idée selon laquelle leur équipe serait pro-israélienne.
« Aucun Argentin, aucun vrai Argentin, ne soutient Israël », a dit un supporter dans une vidéo qui a été largement diffusée et qui a été tournée après la victoire de l’Argentine en demi-finale contre l’Angleterre. « Ne croyez pas notre putain de président, qui a été mis là-bas avec de l’argent ».
D’autres ont évoqué Diego Maradona, le grand champion argentin de football, qui avait un jour déclaré à Mahmoud Abbas : « Mon cœur est palestinien ».
Des supporters de l’Argentine et des fidèles de Messi ont encouragé leur équipe lors d’une récente soirée de visionnage à Gaza.
En Israël, un récent sondage qui a été réalisé par un magazine a révélé que l’Argentine était clairement la favorite parmi les téléspectateurs israéliens de la Coupe du monde. 38 % des personnes interrogées ont ainsi exprimé l’espoir qu’elle remporte le tournoi.
L’animateur et podcasteur juif Jonah Platt a présenté en début de semaine une analyse du « point de vue juif » sur les quatre équipes finalistes de la Coupe du monde – l’Argentine, l’Espagne, la France et l’Angleterre -, attribuant à l’Argentine la note la plus élevée parmi les équipes « que les Juifs devraient soutenir ». L’Espagne, dont le gouvernement « vise la médaille d’or de l’Europe occidentale en matière d’hystérie anti-israélienne », a écrit Platt, a été classée dernière.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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