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Rejet des recours contre la construction du téléphérique à Jérusalem

La Cour suprême a décliné sa compétence en l'absence d'élément frauduleux. Privés de tout recours légal, les opposants au projet annoncent le lancement d'une campagne publique

Vue d’artiste donnant à voir un téléphérique traversant la vallée de Hinnom, à partir d’une vidéo promotionnelle. (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Vue d’artiste donnant à voir un téléphérique traversant la vallée de Hinnom, à partir d’une vidéo promotionnelle. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

La Cour Suprême a rejeté, dimanche, quatre recours contre le projet controversé de construction d’un téléphérique vers la Vieille Ville de Jérusalem, privant ses opposants de tout recours légal.

Au nom d’une formation de trois juges, le juge Yosef Elron a indiqué que le rôle de la Cour consistait à intervenir dans les décisions d’urbanisme frauduleuses ou lorsque les promoteurs prenaient des décisions fondées sur des considérations non pertinentes ou excédant les limites du projet initial.

Ce n’est pas le cas du projet de téléphérique, a établi Elron.

Accusant le tribunal d’avoir pris une décision politique, l’organisation à but non lucratif « Emek Shaveh », qui lutte contre l’implantation d’une ligne de téléphérique dans la capitale, a indiqué que la campagne publique ne faisait « que commencer ».

L’organisation de gauche, spécialisée dans la protection du caractère public des antiquités et qui combat l’instrumentalisation de l’archéologie à des fins politiques, s’affronte depuis longtemps à la puissante Fondation de la Cité de David, privée et de droite (connue sous le nom d’Elad en hébreu).

Elad se consacre au maintien d’une présence juive dans le bassin de la Vieille Ville, et l’un de ses plus grands projets est la construction d’un centre d’accueil des visiteurs à l’extérieur des murs de la Vieille Ville, qui comprendra la station de téléphérique au niveau de la Porte des Maghrébins.

Vue d’architecte de la station de téléphérique située à côté du complexe culturel First Station, à Jérusalem. (Crédit : Avec la permission de l’Autorité de Développement de Jérusalem)

Eli Ben Ari, le conseiller juridique d’Adam Teva V’Din, autre opposant au projet, a déclaré que la décision de construire un téléphérique n’aurait pas dû être prise sans une étude approfondie des autres villes anciennes. Une telle enquête aurait montré qu’aucune autre ville n’aurait osé construire un téléphérique aussi proche d’anciens remparts de la ville, a-t-il assuré.

Ben Ari a ajouté qu’avaient été trop rapidement écartées de meilleures options, à la fois plus simples et moins chères, pour limiter les embouteillages autour des murs de la Vieille Ville – objectif déclaré du téléphérique.

Les opposants au projet comptent également parmi eux des propriétaires de magasins de la Vieille Ville ainsi que des résidents du quartier palestinien de Silwan, au-dessus duquel passera le téléphérique, et la communauté karaïte dans son ensemble.

Cette dernière affirme que le fait de faire passer un téléphérique au-dessus de son cimetière, situé sur les pentes sud de la vallée de Hinnom, équivaudrait à le recouvrir et le rendre inaccessible aux membres de la communauté, selon la loi religieuse karaïte.

Le cimetière karaïte de Jérusalem photographié le 2 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Dusan Vranic)

Le projet d’un montant de 200 millions de shekels, autorisé par le gouvernement en novembre 2019, dessine un couloir de 1,4 kilomètre partant de la zone commerciale et de divertissement de l’Ancienne Gare à Jérusalem-Ouest, survolant une vallée principalement peuplée de Palestiniens de Jérusalem-Est pour arriver à la Porte des Immondices de la Vieille Ville, près du mur Occidental et du site archéologique de la Cité de David.

Le téléphérique s’appuiera sur une quinzaine de pylônes, de neuf à 26 mètres de haut, visibles depuis des points clés surplombant la vallée de Hinnom.

Plans d’architecte d’un téléphérique à Jérusalem donnant à voir des pylônes parallèles à l’Ancien Rempart. (Crédit : Partie des plans soumis au Comité National de Planification).

Une station intermédiaire se situera au mont Sion et un dépôt de stockage pour les cabines sera aménagé dans le quartier d’Abu Tor.

Les défenseurs du projet au ministère du Tourisme et à la municipalité de Jérusalem soutiennent que le téléphérique attirera les touristes et contribuera à décongestionner la zone entourant les murs de la Vieille Ville, de la manière la plus verte, la moins perturbatrice et la plus soutenable financièrement. Il permettra également de conduire jusqu’à 3 000 visiteurs par heure de Jérusalem-Ouest au mur Occidental, le site le plus vénéré où les Juifs peuvent prier.

Les nombreux opposants au projet soutiennent qu’il est très envahissant, en plus d’être culturellement et politiquement irresponsable, et qu’il ne fera que déplacer le problème de circulation vers l’Ancienne Gare.

Vue d’artiste d’une gare sur le parcours du futur téléphérique qui s’étendra de la première gare de Jérusalem au mur Occidental dans la Vieille Ville. (Crédit : Avec la permission de l’Autorité de développement de Jérusalem)

Coupant l’herbe sous le pied des opposants, Elron a assuré qu’aucun vice ou défaut n’entachait la décision du ministère du Tourisme de renvoyer le projet à la commission nationale de l’infrastructure, et que cette dernière avait reçu suffisamment d’éléments, que le projet répondait à la définition d’un projet de tourisme et de transport, et que le ministère des Transports avait été suffisamment impliqué dans les décisions.

Le point de vue du ministère du Tourisme selon lequel il s’agissait d’une véritable attraction touristique était suffisant, a déclaré Elron, ajoutant: « Il convient de garder à l’esprit que la Cour Suprême ne substitue pas son pouvoir discrétionnaire à celui du ministre, mais [demande seulement] si le pouvoir discrétionnaire s’écarte des limites du caractère raisonnable. »

Elron et les deux autres juges, Alex Stein et Anat Baron, ont également conclu, contrairement aux affirmations des opposants, qu’une analyse adéquate des solutions alternatives avait été réalisée.

Dans sa décision, Elron n’a pas remis en cause un plan de circulation très critiqué dont les conclusions privilégient le téléphérique comme alternative préférable – plus rapide et plus simple – au tramway. Il n’a pas établi de rapport détaillé sur les objections des habitants de Silwan et des propriétaires de magasins de la Vieille Ville.

Capture d’écran d’une vidéo promotionnelle pour le projet de téléphérique de la Vieille Ville de Jérusalem donnant à voir une vue d’artiste de cabines passant au-dessus de la vallée de Hinnom. (Crédit : YouTube)

En ce qui concerne les revendications de la communauté karaïte, Elron n’a trouvé aucune justification pour intervenir, notant que les pourparlers entre la communauté et la société de développement de Jérusalem avaient échoué. Il a appelé à leur reprise.

La société de développement de Jérusalem avait proposé d’éloigner les lignes de téléphérique de la partie ouverte du cimetière et de déplacer les tombes touchées à ses frais, a précisé Elron.

Il est important de mettre en balance la protection de l’intégrité des morts avec l’intérêt public inhérent à la réalisation du projet, a écrit Elron, concluant qu’en l’absence de « possibilité pratique » de déplacer la ligne plus loin que la proposition initiale, et sans dégât aux sépultures, le compromis trouvé par le gouvernement et le Comité national de l’infrastructure était « approprié et proportionné ».

Elron a déclaré que l’affirmation principale des opposants selon laquelle le téléphérique était inapproprié pour le paysage et l’environnement de la Vieille Ville était compréhensible.

« Il s’agit d’une question complexe », a-t-il écrit, « nécessitant un équilibre délicat entre un large éventail de considérations. »

Mais il est clair que toute solution – de l’ajout d’autobus à l’absence d’action – aura un prix. Il n’y a « pas de solution parfaite » et les autorités de planification, conscientes des difficultés, ont tout de même décidé d’autoriser le téléphérique, a-t-il conclu.

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