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Sa famille demande justice pour Samuel Paty, mort « pour la liberté d’expression »

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui affirment aujourd'hui que la question du blasphème n'est pas ce qui avait déclenché leur campagne, même si plusieurs témoignages, leurs messages et leurs vidéos suggèrent clairement l'inverse

Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche, à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)
Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche, à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Les avocats de la famille de Samuel Paty ont réclamé jeudi justice pour le professeur d’histoire-géographie, mort « pour la laïcité » et « la liberté d’expression », tué par un jihadiste « enragé » mais aussi victime d’une condamnation à mort pour blasphème.

Quatre hommes comparaissent en appel depuis fin janvier devant la cour d’assises spéciales de Paris pour leur rôle dans ce crime, commis le 16 octobre 2020 par un islamiste radical tchétchène de 18 ans, près du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine.

Deux proches de l’assassin répondent de complicité d’assassinat, passible de la perpétuité. Mais les avocats de la famille Paty ont réservé leurs flèches les plus acérées à un parent d’élève, Brahim Chnina, aujourd’hui âgé de 54 ans, et surtout à un militant islamiste aguerri, Abdelhakim Sefrioui, 66 ans: chefs d’orchestre de la cabale en ligne ciblant le professeur jusqu’à sa mort atroce, ils avaient été condamnés en première instance à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.

Certes, ils ne connaissaient pas l’assassin. Mais c’est sur les réseaux sociaux que, quelques jours avant le crime, Abdoullakh Anzorov, avait découvert l’identité du professeur, qu’il avait décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression avant d’être abattu par la police qu’il menaçait.

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui affirment aujourd’hui que la question du blasphème n’est pas ce qui avait déclenché leur campagne, même si plusieurs témoignages, leurs messages et leurs vidéos suggèrent clairement l’inverse.

Le premier invoque le sentiment d’injustice d’un père à qui sa fille a menti en affirmant que Samuel Paty avait fait sortir les musulmans au moment de montrer les caricatures lors d’un cours auquel elle n’assistait pas; Abdelhakim Sefrioui n’aurait lui été animé que par son combat contre la discrimination et sa conviction que le professeur avait stigmatisé les élèves musulmans.

Ils veulent « faire croire qu’un homme est mort sur un malentendu », s’indigne Me Virginie Le Roy, conseil des parents du professeur et de sa soeur Gaëlle. « Il faut qu’ils cessent de nous dire que le blasphème n’était pas leur préoccupation première », poursuit-elle, dénonçant les « arguties » d’une défense « prête à s’essuyer les pieds sur un professeur décapité qui a servi les valeurs de la République ».

Une affiche où l’on peut lire « Je suis Samuel » et des fleurs placées devant l’école où travaillait le professeur d’histoire assassiné Samuel Paty, samedi 17 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris. (Photo AP / Michel Euler)

« Justice et protection »

Calme et implacable, l’émotion contenue dans la voix, elle poursuit: alors que la controverse s’apaisait au sein du collège, cette cabale est une « bombe » qui « ne pouvait qu’exploser » et dont s’est emparé un « enragé ».

Intervenant pour le fils et l’ex-compagne du professeur dans le silence de la salle Voltaire, Francis Szpiner décrit cette « condamnation à mort », cette « fatwa numérique » validée par Abdelhakim Sefrioui du haut de l’autorité religieuse qu’il s’octroie: « Celui qui blasphème doit mourir ».

« Elle est où la discrimination » dans les motivations de Sefrioui ?, interroge Thibault de Montbrial. Pour l’autre soeur, Mickaëlle, il convoque à la barre les souvenirs familiaux livrés à huis clos par la fille de cet « islamiste radical », compagnon de route du Hamas palestinien, ses « obsessions antisémites » ou encore cette sentence à propos de Salman Rushdie, lui aussi condamné à mort pour blasphème: « Cette fatwa, elle est normale, il mérite de mourir ».

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui « sont les voix qui ont désigné à Anzorov » Samuel Paty, tué pour « la République française », pour « la laïcité », pour « la liberté d’expression », tranche Me de Montbrial qui déplore l' »extraordinaire dureté » de l’audience.

Emaillées d’incidents de procédure et de contentieux juridiques soulevés par la défense, les cinq semaines de débats ont effectivement été une épreuve pour les proches, qui ont dû « répondre aux insultes » pour défendre la mémoire du « fils, du frère », du professeur bienveillant et compétent, énumère Me Le Roy.

En exprimant des regrets, « Brahim Chnina a fait du chemin », concède-t-elle. Mais Abdelhakim Sefrioui n’a pas eu « un mot d’empathie ». Il « est encore plus dangereux qu’il y a cinq ans, car il n’a tiré aucune conséquence ni de ses actes, ni de la mort de Samuel Paty, qu’il continue de malmener ». A l’audience, « il a poursuivi sa croisade ». Face à ce « danger public », elle réclame « justice ». Mais aussi « protection ».

Le parquet général prend ses réquisitions vendredi avant les plaidoiries de la défense. Le verdict est prévu lundi.

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