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Interview

Sharansky : Israël doit prendre « une position morale claire » contre Poutine

La faiblesse de l'Occident a donné à Poutine les "clés du ciel" dans la région et seule la "solidarité absolue du monde libre" peut l'arrêter, a déclaré l'ancien prisonnier de Sion

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Natan Sharansky, militant israélien des droits de l'homme et président du Centre commémoratif de Babyn Yar, à Kiev, en Ukraine, le 6 octobre 2021. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP Photo)
Natan Sharansky, militant israélien des droits de l'homme et président du Centre commémoratif de Babyn Yar, à Kiev, en Ukraine, le 6 octobre 2021. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP Photo)

Natan Sharansky, ancien prisonnier de Sion, militant des droits de l’homme, ancien ministre du gouvernement israélien et ancien chef de l’Agence juive, a exhorté Israël à adopter « une position morale claire » contre l’offensive lancé par le président russe Vladimir Poutine en Ukraine.

Sharansky, qui est né dans ce qui est aujourd’hui Donetsk, en Ukraine, a qualifié l’attaque de Poutine de défi à « tous les principes fondamentaux du monde libre ».

Dans une interview accordée lundi au Times of Israël, il a déclaré qu’il s’était retrouvé « dans une minorité d’un seul homme » lorsqu’il a exprimé des sentiments similaires lors de plusieurs apparitions dans les médias israéliens : « Certains m’ont dit que la première obligation morale d’Israël était de protéger ses citoyens, et que si cela signifiait rester silencieux ou ne pas irriter Vladimir Poutine, que la realpolitik l’emportait sur la clarté morale.  »

Et le fait est, a-t-il souligné, « ce n’est pas de la lâcheté pour Israël que de chercher à ne pas irriter Poutine. Nous sommes dans une situation où, en raison de la faiblesse de l’Occident, Poutine détient les clés du ciel dans notre région. Pour nous protéger de l’Iran, des bases militaires que l’Iran établirait [directement à la frontière d’Israël], il est indispensable que nous ayons de bons rapports avec la Russie ».

Néanmoins, a estimé Sharansky, « le moment est trop critique, pas d’un point de vue tactique, mais stratégiquement », pour qu’Israël reste silencieux.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, a condamné l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, la qualifiant de « violation grave de l’ordre international ». Le Premier ministre Naftali Bennett qui a gardé contact avec Poutine ainsi qu’avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a offert de jouer un rôle de médiateur entre les deux pays et d’envoyer de l’aide humanitaire en Ukraine, tout en se gardant de critiquer directement ou même de nommer la Russie.

Le Premier ministre Naftali Bennett rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sochi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Selon Sharansky, Poutine « cherche à changer l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale, selon lequel votre voisin plus puissant ne peut pas vous priver de votre liberté. Il veut défier l’ensemble du monde libre ».

« Il croit qu’il est le seul au monde à être prêt à utiliser la force, et qu’il restaurera la domination historique de la Russie. »

La seule chose qui puisse l’arrêter, dit Sharansky, « c’est la solidarité absolue du monde libre. »

Natan Sharansky, prisonnier de Zion est escorté par l’ambassadeur américain Richard Burt après que Sharansky a franchi la frontière au pont Glienicker le 11 février 1986, au début d’un échange d’espions et de prisonniers est-ouest à Berlin. (Crédit : AP Photo/Archives)

Il a aussi demandé combien de temps Israël pensait pouvoir continuer à ne pas prendre parti. « Lorsque les Nations unies voteront des sanctions contre la Russie, n’allons-nous pas les soutenir ? » s’est-il interrogé. « Allons-nous être ceux qui empêchent les sanctions ? »

« Les Israéliens qui ne sont pas d’accord avec moi ne sont pas des lâches », a répété Sharansky. « Il y a de véritables considérations de realpolitik. Israël a des arguments très sérieux sur les raisons pour lesquelles il doit être prudent. J’espère que malgré cela, le pays adoptera une position plus claire. »

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