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Stressés par la guerre et la congestion urbaine, les Israéliens s’abritent sur les toits des villes pour jardiner

Avec moults chantiers et des traumatismes d'après-guerre omniprésents, les associations à but non lucratif et les communautés se mobilisent pour créer des espaces verts dans des lieux improbables

  • Matan Israeli, fondateur de l'association à but non lucratif Muslala, dans le jardin sur les toits qu'il gère, le 18 novembre 2025. (Crédit :Zev Stub/Times of Israel)
    Matan Israeli, fondateur de l'association à but non lucratif Muslala, dans le jardin sur les toits qu'il gère, le 18 novembre 2025. (Crédit :Zev Stub/Times of Israel)
  • Des visiteurs sont assis dans la partie intérieure du jardin sur les toits de Muslala, dans le centre de Jérusalem, le 18 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Des visiteurs sont assis dans la partie intérieure du jardin sur les toits de Muslala, dans le centre de Jérusalem, le 18 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
  • Des visiteurs cueillent des légumes au jardin Azrieli à Tel Aviv (Autorisation : l'Association for Urban Farming)
    Des visiteurs cueillent des légumes au jardin Azrieli à Tel Aviv (Autorisation : l'Association for Urban Farming)
  • Lavi Refael, fondateur et PDG de l'Association for Urban Farming (à gauche), s'entretient avec un visiteur au jardin Azrieli à Tel Aviv (Autorisation : Association for Urban Farming)
    Lavi Refael, fondateur et PDG de l'Association for Urban Farming (à gauche), s'entretient avec un visiteur au jardin Azrieli à Tel Aviv (Autorisation : Association for Urban Farming)

Au-dessus du Clal Building, sur la route de Jaffa, à quelques étages au-dessus du brouhaha de l’une des artères les plus fréquentées du centre de Jérusalem, quelques personnes sont assises dans un jardin luxuriant et soigneusement entretenu, buvant du thé et discutant dans ce qui semble être un monde différent de la jungle urbaine qui se fait entendre en contrebas. À l’intérieur, une petite exposition d’art orne les murs, tandis qu’à l’extérieur, les visiteurs peuvent se promener sur des terrasses qui abritent une aire de camping urbaine, une salle de méditation, des cultures végétales – et même des ruches – à mille lieux du bruit des voitures et des trottoirs encombrés de piétons.

« Ce rooftop est un laboratoire qui explore différents modèles de durabilité urbaine », explique Matan Israeli, qui est le fondateur de Muslala, une communauté basée à Jérusalem qui se consacre à rendre les espaces urbains de la ville plus vivables. « La vie en ville donne l’impression d’être une course permanente, c’est une lutte pour l’espace – mais si on utilise judicieusement les espaces par ailleurs limités, cela peut entraîner un changement profond dans notre mode de vie. »

Alors que Jérusalem et d’autres villes du pays se développent à un rythme sans précédent et que le milieu urbain devient de plus en plus engorgé, les Israéliens cherchent à créer davantage d’espaces verts dans les lieux publics.

Cela fait des décennies que les jardins communautaires connaissent une popularité croissante au sein de l’État juif, avec une grande diversité de modèles communautaires. Aujourd’hui, alors que les Israéliens doivent faire face au traumatisme collectif de deux années de guerre contre le Hamas à Gaza et qu’ils évoluent dans un monde où il semble y avoir des chantiers partout, nombreux sont ceux qui ressentent le besoin urgent de trouver des endroits où ils pourront facilement s’évader dans la nature.

Les constructions ont connu une croissance fulgurante dans le pays, ces dernières années, sous l’effet combiné de prix qui ont atteint des records et d’une forte demande. Selon les données qui ont été transmises par la Banque d’Israël, 183 000 bâtiments étaient en chantier sur tout le territoire à la fin de l’année 2024, un chiffre sans précédent. Tel Aviv a également été classée parmi les villes les plus encombrées au monde en termes de circulation par le TomTom Traffic Index.

Les projets de développement municipal, tels que le réseau de tramway à Jérusalem et le métro de Tel Aviv, ont renforcé le sentiment d’engorgement ressenti par de nombreuses personnes qui vivent en milieu urbain.

A Jérusalem, Muslala cherche à enseigner comment trouver une plus grande paix par le biais de la création d’espaces verts au-dessus des bâtiments d’habitation. Selon Israeli, il y a, dans la ville, environ 30 millions de mètres-carrés d’espace inutilisé sur les toits des bâtiments – et son organisation à but non lucratif propose des formations, des outils et même des kits de démarrage pour aider les propriétaires à créer leurs propres jardins en hauteur.

Des visiteurs sont assis dans la partie intérieure du jardin sur les toits de Muslala, dans le centre de Jérusalem, le 18 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

L’organisation travaille également en collaboration avec la municipalité pour prendre en charge un réseau de neuf jardins publics qui ont été installés sur les toits de la ville. Le principal se trouve au huitième étage du Clal Building, un centre commercial qui avait été construit dans les années 1970 et qui est tombé en ruine.

Il y a environ 2 000 mètres-carrés d’espace intérieur et extérieur sur le « Mirpeset » (balcon) – et ce dernier accueille environ 50 000 visiteurs par an, explique Israeli. Créée il y a 10 ans, son organisation à but non lucratif a mis en place un modèle de revenus diversifié, à partir de multiples sources : ainsi, elle propose des ateliers et des cours, elle organise des événements et elle propose du camping urbain au « Gag Eden » (un nom sous forme de jeu de mots : « Gan Eden » fait référence au paradis ; « gag » signifie « toit » en hébreu).

Mais cela ne suffit pas à couvrir les cinq millions de shekels de frais de fonctionnement de Muslala, chaque année – même si cela permet d’atténuer certaines des difficultés liées à la nécessité constante de collecter des fonds, et que l’association a aussi pu élargir les limites de ses projets durables sur les toits, explique son fondateur. Des herbes et des légumes sont aussi cultivés sur le site – ils sont généralement mis à la disposition des bénévoles et ils ne sont pas destinés à la vente.

Le jardin sur le toit de Muslala dans le centre de Jérusalem, le 18 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Muslala va procéder ce mois-ci au lancement de son tout dernier projet : un petit café qui sera tenu par de jeunes adultes autistes, où les clients pourront commander des boissons, des sandwichs et des pâtisseries à déguster dans la sérénité de cette oasis ouverte sur le ciel.

« Nous sommes implantés ici depuis dix ans maintenant et nous avons atteint ce stade où nous avons enfin terminé la mise en place de nos bases et de nos travaux de rénovation, nous avons le sentiment d’être bien établis », se réjouit Israeli. « Nous avons acquis beaucoup de connaissances dans notre domaine, et nous cherchons maintenant à travailler avec davantage de partenaires et avec d’autres municipalités ».

Un horizon vert dans la Grande Orange

Dans le même temps temps, à Tel Aviv, une autre organisation à but non lucratif verte a récemment lancé un projet similaire sur un rooftop. Le nouveau jardin Azrieli, qui est situé au sommet du centre commercial Azrieli, offre une oasis de verdure et des cours sur l’agriculture urbaine à des particuliers et à des groupes – y compris à des groupes appartenant aux entreprises de haute technologie qui s’y sont implantées – avec pour objectif d’aider les gens à mieux gérer leur alimentation.

« Notre objectif est d’améliorer la sécurité alimentaire en Israël, en aidant les gens à découvrir comment changer leurs habitudes alimentaires pour vivre de manière plus saine », explique Lavi Refael, qui est le fondateur et le président de l’Association For Urban Farming, qui gère le projet. « Nous mettons en place des programmes éducatifs en direction des écoles et des familles à travers tout le pays, et nous leur apprenons à créer leurs propres fermes urbaines et à pratiquer l’agriculture sur les toits, où ils peuvent produire des aliments sains et de qualité ».

Le jardin Azrieli à Tel Aviv. (Autorisation : Association For Urban Farming)

L’organisation de Refael dirige plusieurs centres d’agriculture urbaine à travers le pays – dont un grand centre situé sur l’avenue Rothschild à Tel Aviv – mais le nouveau jardin d’Azrieli, qui a ouvert au mois de septembre, est l’un des plus sophistiqués de ce type au monde, dit-il.

« Le groupe Azrieli considère qu’il s’agit d’un précieux projet philanthropique et il a investi beaucoup d’argent dans son développement », fait remarquer Refael. Le jardin de mille mètres-carrés est gérée par 15 employés rémunérés. Il propose un riche programme, avec l’organisation d’ateliers et d’événements.

« Lors d’une journée type, on peut avoir une école qui va venir pour un atelier, puis des personnes âgées qui vont venir prendre part à leur cours hebdomadaire, avec ensuite une visite organisée par une entreprise du secteur des hautes-technologies, avec des activités familiales dans la soirée », explique Refael. « C’est comme un parc d’attractions dédié à l’agriculture ».

Lavi Refael, fondateur et PDG de l’Association for Urban Farming (à gauche), s’entretient avec un visiteur au jardin Azrieli à Tel Aviv (Autorisation : Association for Urban Farming)

L’association utilise également cet espace pour proposer une agrothérapie aux personnes souffrant de symptômes psychologiques liés à un traumatisme – un phénomène qui s’est généralisé depuis que le Hamas a lancé sa guerre contre Israël, le 7 octobre 2023.

« Après le 7-Octobre, nous avons commencé à travailler avec les familles des otages et nous avons développé un modèle de thérapie basée sur l’agriculture, spécialement adapté à ce que les Israéliens ont vécu », explique-t-il. « Nous essayons de collecter des fonds pour proposer cette thérapie gratuitement dans tout le pays, et ce afin d’aider les personnes qui n’ont pas les moyens de se la payer. »

Il y a d’autres jardins publics abrités sur les toits de Tel Aviv – c’est notamment le cas au Centre Dizengoff – ainsi que de nombreux jardins privés.

Jardiner au niveau du sol

Pour ceux qui souhaitent se rapprocher de la nature au niveau du sol, il y a, selon les estimations, entre 400 et 600 projets de jardins communautaires de différents types en Israël – des dizaines autour de Tel Aviv et environ 70 à Jérusalem. Ces espaces sont organisés et gérés par les habitants et ils ont adopté des modèles différents. Certains permettent aux résidents de s’approprier des parcelles individuelles pour y cultiver leurs propres produits, tandis que d’autres – comme c’est le cas de Bustan Brodi, un jardin situé dans le quartier de Kiryat Shmuel, qui se trouve dans le centre de Jérusalem – sont entièrement communautaires et offrent un espace partagé où des activités personnelles et familiales peuvent se côtoyer.

Le jardin communautaire Bustan Brodi à Jérusalem, le 16 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Bustan Brodi a été l’un des premiers jardins communautaires de Jérusalem. Il a été créé en 2004 après que les résidents qui vivaient à proximité ont envoyé une pétition au maire de l’époque, Uri Lupolianski, se souvient Danny Brachia, le principal responsable du site. Après que la municipalité a accordé une subvention initiale de 10 000 shekels pour son lancement, des bénévoles des environs se sont mis au travail, déblayant les débris du terrain abandonné, installant des systèmes d’irrigation, plantant des arbres. Ce sont des volontaires qui continuent à s’occuper du jardin chaque semaine, et d’autres dons de particuliers ont contribué à en faire l’un des espaces verts les plus réussis de la ville, note Brachia.

Entre les arbres fruitiers, les fleurs et les plantes, il y a plusieurs bancs, des chaises et des tables de pique-nique. Il y a aussi une petite pergola, une bibliothèque commune et une installation très utilisée par les adeptes du compostage, un endroit où les déchets organiques abandonnés par les résidents du voisinage sont transformés en engrais. Des événements sont organisés de temps à autre, notamment des fêtes et des réjouissances communautaires.

Danny Brachia, responsable bénévole du jardin communautaire Bustan Brodi à Jérusalem, le 16 novembre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« La différence entre ce jardin et un parc municipal, c’est que nous, les habitants du quartier, nous sommes responsables de tout ce qui s’y passe », explique Danny Brachia. « Nous gérons la planification, nous organisons le travail des bénévoles et nous veillons à ce que tout fonctionne de manière indépendante. Ce sont les membres de la communauté qui font en sort que nous puissions profiter d’un endroit agréable, tous ensemble ».

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