Sur la frontière israélo-libanaise, l’espoir d’en finir avec la guerre
"Tout le monde est tendu. Mais nous n'avons pas le choix. Je pense qu'il faut en finir," résume un retraité de Kiryat Shmona

La rue principale de Kiryat Shmona, à la frontière entre Israël et le Liban, offre un visage presque normal, avec ses magasins ouverts et des habitants assis en terrasse.
Mais lorsque retentissent les sirènes au-dessus de cette ville israélienne, annonçant l’arrivée d’une roquette tirée depuis l’autre côté de la frontière par le mouvement pro-iranien Hezbollah, tous se précipitent vers les abris.
Contrairement à d’autres régions, où les sirènes signalent des missiles iraniens qui mettent dix minutes à parcourir des milliers de kilomètres, il ne faut que quelques secondes pour que les roquettes du Hezbollah atteignent Kiryat Shmona et les autres localités frontalières du nord d’Israël.
« Tout le monde est tendu. Mais nous n’avons pas le choix », confie à l’AFP Israël Raziel, un chauffeur de taxi à la retraite qui profite du soleil au moment où une jeep de l’armée prend la direction du nord, vers le Liban.
L’homme de 64 ans dit ne pas avoir peur, après avoir connu les alertes aux roquettes depuis les années 1970, à une époque où les défenses antiaériennes étaient presque inexistantes.
Même si pour lui la nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah ressemble de très près à celle qui s’est officiellement achevée en novembre 2024, il veut espérer qu’elle sera la dernière.
« Je pense qu’il faut en finir », résume le retraité.
Chars et bulldozers
Sur les routes de cette région de Haute-Galilée, les mouvements de troupes en direction du Liban sont visibles depuis que le Hezbollah a lancé lundi une vague d’attaques en direction d’Israël, pour venger la mort d’Ali Khamenei, tué le 28 février dans une frappe israélienne à Téhéran.
Depuis, l’armée israélienne mène des frappes massives au Liban et a annoncé mercredi prendre le contrôle de nouvelles positions dans le sud du pays.
Des camions chargés de chars ou de bulldozers blindés filent vers le nord, puis reviennent à vide une heure plus tard.
Dans les stations-service, des groupes de soldats attendent des instructions, avec en toile de fond le mont Hermon enneigé, ou Jebel al-Cheikh, à la frontière avec la Syrie.
Dans la vallée de Houla, où se trouve Kiryat Shmona, le grondement de l’artillerie israélienne résonne au-dessus des vergers de pêchers et de cerisiers, en écho aux explosions provoquées par les interceptions de roquettes du Hezbollah par la défense antiaérienne israélienne.
A Kiryat Shmona, une forte détonation suit de peu le hurlement des sirènes. Un petit nuage blanc s’élève au-dessus de Margaliot, un village situé sur les hauteurs qui longent la frontière.
« Il y a des attaques de notre côté, comme du leur. Ça ressemble à une très longue histoire d’amour », ironise Igor Solokov, un chef cuisinier installé à Kiryat Shmona depuis 2019.
« J’espère qu’un jour cela se terminera, que nous atteindrons nos objectifs et que nous vivrons en paix », ajoute cet homme de 37 ans qui a servi à la frontière durant le dernier conflit entre le Hezbollah et Israël en marge de la guerre à Gaza. Près de 60.000 habitants du nord d’Israël avaient alors quitté leurs foyers.
Cette fois, l’armée a assuré qu’il n’y aurait pas d’évacuations.
« Pour évacuer où ? Tel-Aviv, c’est pire », lance Shlomi Aboudboul, propriétaire d’une échoppe de shawarma, en évoquant les missiles iraniens qui visent la grande métropole du centre d’Israël.
Cet habitant de 52 ans explique que, contrairement à d’autres, il a choisi de garder son restaurant ouvert pour servir à manger aux soldats de passage à Kiryat Shmona.
Plus au nord, juste sur la frontière, les rues du village de Metula sont désertes. Seuls les échos de la guerre déchirent le silence.
Des coups de feu résonnent depuis le village libanais de Khiam, où, mercredi, le Hezbollah a déclaré avoir affronté des soldats israéliens.
Plus près de Metula, on aperçoit les villages libanais de Marjayoun et de Kfar Kila, vides et en ruines depuis le conflit de 2023-2024.
A Kiryat Shmona, Toni Maloul, une enseignante à la retraite qui a été évacuée en 2024, affirme que cette fois, elle restera dans sa maison coûte que coûte, quitte à passer ses nuits dans l’abri souterrain.
« Je suis née ici, personne ne me forcera à quitter Kiryat Shmona », assure cette femme de 69 ans.







