Tel Aviv: la hausse du niveau de la Méditerranée fait remonter les eaux souterraines
Le directeur de l'hydrologie de l'Autorité de l'eau appelle urbanistes et promoteurs à se préparer à une menace méconnue liée au changement climatique qui pèse sur les infrastructures urbaines
Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Le directeur de l’hydrologie de l’Autorité de l’eau a exhorté les urbanistes et les responsables impliqués dans le développement urbain à se préparer à une conséquence souvent méconnue du changement climatique dont les effets se font déjà sentir dans les parkings souterrains : la montée des eaux souterraines.
Yakov Livshitz a recensé des infiltrations d’eau souterraine dans les parkings des quartiers de Bavli, Ramat Hahayal et du vieux quartier nord près de la place Basel, à Tel Aviv.
L’augmentation des températures, largement due à l’utilisation des combustibles fossiles par l’homme, entraîne la fonte des glaces et la montée du niveau des mers. En Israël, où la mer Méditerranée est presque entièrement enclavée, ce processus progresse plus rapidement que la moyenne mondiale.
L’Institut israélien de recherche océanographique et limnologique, qui surveille le niveau de la mer depuis 1992, a constaté une augmentation moyenne de 4,6 millimètres par an, comparativement à une hausse annuelle mondiale de 3,25 millimètres.
À mesure que le niveau de la mer monte et que les nappes souterraines alimentées par les précipitations s’épuisent sous l’effet du pompage pour les besoins humains, l’eau de mer s’infiltre davantage à l’intérieur des terres. Plus lourde que l’eau douce, l’eau de mer s’insinue sous celle-ci, poussant ainsi les nappes souterraines et le niveau phréatique vers le haut.
En octobre 2024, l’Autorité de l’eau a rendu public un rapport de Livshitz sur l’impact de trois scénarios d’élévation du niveau de la mer sur des lieux situés à différentes distances de la Méditerranée le long de la plaine littorale.
Développés par le ministère de la Protection de l’environnement, ces scénarios prévoyaient une élévation du niveau de la mer de 57 centimètres, 80 centimètres et 91 centimètres d’ici 2100.
Les recherches ont permis de prédire une élévation du niveau phréatique de 57 à 91 centimètres à Netanya d’ici 2100, à une distance de 0,125 kilomètre du littoral, et de 21 à 27 centimètres 14 kilomètres plus loin, à l’intérieur des terres.
Pour Tel Aviv et d’Ashdod, les prévisions concernant la zone la plus proche du littoral étaient similaires.
Mais pour les lieux situés à 14 kilomètres, le rapport indique des chiffres de 23 à 32 centimètres à Tel Aviv et de 17 à 23 centimètres à Ashdod.
Selon Livshitz, la montée du niveau des eaux souterraines « pourrait inonder les réseaux d’égouts urbains, et aggraver considérablement la fréquence et l’intensité des inondations urbaines à l’avenir… ».
En l’absence d’une planification adéquate, poursuit-il dans son rapport, cela pourrait endommager les réseaux d’approvisionnement en eau et d’égouts, entraîner l’effondrement des stations d’épuration, détériorer les infrastructures souterraines essentielles telles que les réseaux électriques et de communication, provoquer l’infiltration d’eau souterraine dans les sous-sols des bâtiments mal construits ou mal conçus, et même compromettre la stabilité des structures.
Livshitz a appelé à inventorier les risques potentiels et à cartographier en 3D les infrastructures essentielles. Un appel qui n’a pas encore été entendu.
Dans une interview accordée au Times of Israel, Livshitz a indiqué ne pas avoir encore constaté de dommages aux infrastructures causés par la montée des eaux souterraines due à l’élévation du niveau de la mer.
Les exemples d’infiltration d’eau souterraine dans les parkings souterrains s’expliquent par une construction de mauvaise qualité, a-t-il poursuivi. Les bâtiments auraient dû être correctement étanchéifiés.
Dans les immeubles où des infiltrations d’eau souterraine ont été détectées, les habitants doivent être facturés pour l’évacuation de l’eau, a-t-il expliqué. Pour être exemptés de paiement, ils doivent disposer d’un permis spécial leur permettant d’installer des pompes et de renvoyer l’eau dans l’aquifère côtier d’où elle provient.
« Cette question n’est pas aussi urgente que les missiles iraniens », a ajouté Livshitz. « Ce phénomène se produit en permanence. Nous avons le temps de nous préparer, mais si nous ne le faisons pas, nous aurons des problèmes. »
Interrogé sur l’état de préparation des autorités chargées de la planification, il a répondu : « J’ai présenté mon rapport aux principales instances décisionnaires. Elles commencent peu à peu à en tenir compte. »
Et de poursuivre : « Nous savons qu’il existe d’autres exemples, mais nous réfléchissons encore à la meilleure façon d’appréhender ce phénomène. Comme il s’agit de lieux situés profondément sous terre et susceptibles de servir à protéger les habitants en cas d’attaques de missile, il est particulièrement important qu’ils restent secs. »
Livshitz collabore actuellement, jour et nuit, avec les constructeurs du métro de Tel Aviv. « Ils nous demandent constamment de leur donner des informations sur les niveaux des eaux souterraines à l’avenir, afin de pouvoir construire en conséquence », a-t-il confié au Times of Israel.
À l’heure actuelle, l’intrusion d’eau de mer n’a pas d’effet significatif sur l’eau douce pompée pour la consommation, a-t-il précisé.







