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« Tir ami » meurtrier : Un incident similaire aurait eu lieu deux jours auparavant

La télévision a cité deux membres de l'unité de Nathan Fitoussi qui ont raconté que les soldats avaient tiré en l'air lorsqu'ils avaient été surpris par d'autres militaires

Les funérailles du soldat Natan Fitoussi, tué par le "tir ami" d'un soldat israélien près de Tulkarem, en Cisjordanie, le 16 août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Les funérailles du soldat Natan Fitoussi, tué par le "tir ami" d'un soldat israélien près de Tulkarem, en Cisjordanie, le 16 août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Quarante-huit heures avant qu’un soldat ne soit tué par l’un de ses camarades qui l’avait confondu avec un suspect, un incident similaire avait eu lieu exactement au même endroit mais il s’était achevé sans faire de blessé. A cette occasion, les militaires avaient, eux aussi, procédé à des coups de semonce, a fait savoir la Douzième chaîne dans la journée de mercredi.

Nathan Fitoussi, 20 ans, a été tué lundi soir par un l’un de ses camarades de la brigade Kfir, après avoir été apparemment confondu avec un suspect alors qu’il revenait au poste de garde où il était stationné, à proximité de la ville palestinienne de Tulkarem.

Selon le reportage qui a été diffusé par la chaîne, il y avait de nombreux problèmes importants au sein de l’unité qui ont probablement contribué, d’une manière ou d’une autre, au décès de Fitoussi.

La chaîne a cité les propos d’un soldat, compagnon de garde de Fitoussi, qui aurait raconté à des amis proches que les conditions de visibilité nocturne médiocres dans le poste de garde étaient un problème déjà bien connu. Des demandes d’équipements de vision nocturne ou de torches électriques étaient restées lettre morte, a-t-il ainsi déclaré.

Le militaire a également expliqué que deux jours avant la méprise tragique ayant entraîné la mort de Fitoussi, d’autres soldats avaient déjà, eux aussi, procédé à des coups de semonce lorsqu’ils avaient été pris par surprise par des troupes amies.

Évoquant l’incident, il a indiqué que les forces poursuivaient à ce moment-là un groupe de Palestiniens qui tentaient apparemment d’entrer au sein de l’État juif sans permis de travail, ce qui arrive très fréquemment.

Soulignant au préalable l’absence de communication entre les différents postes de garde, il a ajouté qu’un autre groupe de soldats, remarquant la présence des militaires qui pourchassaient les Palestiniens mais dans l’incapacité de les identifier, avaient tenté de les arrêter, ignorant qu’ils étaient, eux aussi, des Israéliens. Ils avaient ensuite procédé à des coups de semonce.

En réponse à ces tirs, les troupes s’étaient identifiées à voix forte, établissant qu’elles appartenaient à Tsahal, et l’incident s’était heureusement terminé sans faire de blessé.

« Dans ce cas aussi, nous n’avions aucun équipement de vision nocturne et aucune lampe électrique », a noté le soldat, selon la chaîne. Il a ajouté que si l’incident avait été signalé à la hiérarchie militaire, aucune enquête n’avait été ouverte.

« S’il y avait eu une enquête, peut-être aurait-on pu empêcher l’incident avec Nathan », a dit le militaire.

Il a aussi déclaré à ses proches, selon la chaîne, que dès que son unité était arrivée à l’endroit où elle avait été déployée, les soldats avaient déploré la mauvaise visibilité depuis les postes de garde.

Il n’y a pas suffisamment d’équipements de vision nocturne pour pouvoir circuler « et la situation est donc qu’il est impossible d’apercevoir quoi que ce soit à de nombreux postes », a-t-il regretté. De la même manière, les unités manquent de torches électriques – des lampes qui ne sont données qu’aux personnels les plus âgés et les plus vulnérables, a-t-il poursuivi.

Photo non datée du sergent-chef Nathan Fitoussi, publiée par l’armée le 16 août 2022. (Crédit : Armée israélienne)

L’armée a annoncé, de son côté, que les investigations lancées sur le décès de Nathan « examineront les circonstances qui ont finalement entraîné la mort malheureuse du soldat. Les conclusions de l’enquête seront transmises au bureau du procureur militaire, qui sera chargé de les étudier. Par ailleurs, une équipe d’experts a été désignée pour tirer les leçons de ce qui s’est passé. »

Plus de détails sur l’incident meurtrier qui a ôté la vie à Fitoussi ont été livrés dans le cadre de l’interrogatoire du militaire responsable du tir. Le soldat a également participé à une reconstitution des faits sur les lieux mêmes du drame.

L’enquête initiale a déterminé que Fitoussi avait continué à courir vers l’autre militaire alors même qu’il avait essuyé une première balle, a fait savoir le site d’information Ynet.

L’auteur des tirs, qui n’a été identifié que par les initiales de son prénom en hébreu, « Aleph Mem », a tiré huit balles au total, certaines en l’air dans le cadre de coups de semonce.

Mais après que la première balle a touché Fitoussi, ce dernier, blessé, a continué à courir dans sa direction – ce qui a déterminé « Aleph Mem » à ouvrir à nouveau le feu, touchant son camarade à la poitrine.

Fitoussi est parvenu à dire : « C’est moi » avant de s’écrouler au sol, selon Ynet.

C’est à cet instant-là qu’Aleph Mem a réalisé qu’il avait ouvert le feu sur son camarade et qu’il a appelé ses supérieurs, leur disant : « J’ai tiré sur Fitoussi, j’ai tiré sur Fitoussi. »

Les avocats d’Aleph Mem ont précisé que ce dernier coopérait à l’enquête et qu’il avait participé, mercredi soir, à une reconstitution du drame avec les enquêteurs au poste de garde où les faits se sont déroulés.

Mais ils ont aussi demandé que les investigations soient stoppées, accusant les procureurs de tenter de harceler physiquement et mentalement leur client jusqu’à ce qu’il puisse dire quelque chose qui pourra être utilisé contre lui.

Dans un courrier adressé à la police militaire, les avocats de l’avocat-général militaire ont noté qu’Aleph Mem « a été interrogé pendant de longues heures ».

« Nous comprenons parfaitement la grande importance d’une enquête minutieuse et appropriée sur cet événement terrible, et l’importance d’investigations poussées sur les circonstances dans lesquelles un tel drame s’est produit. Mais il est aussi impossible d’accepter une enquête aussi longue, dans des conditions aussi difficiles », dit la lettre.

« Il semble que le seul objectif poursuivi par cette enquête prolongée est de profiter de la situation difficile dans laquelle se trouve le jeune soldat en espérant qu’il finira par trébucher dans ses propos et qu’il changera sa version des faits – une version qui dit clairement qu’il a agi conformément aux ordres reçus et conformément aux circonstances telles qu’elles se présentaient au moment de l’incident », ont-ils dit.

« Le soldat a répondu à toutes les questions des enquêteurs et il n’y a dorénavant plus aucun intérêt à répéter sans cesse les mêmes questions alors que lui-même se trouve dans un état psychologique difficile, qu’il est épuisé et qu’il pleure la mort de son camarade », ont poursuivi les avocats.

Ils ont aussi déploré « les informations inexactes » qui ont fuité dans la presse s’agissant de l’enquête, déplorant « des préjudices pour la confidentialité de l’enquête opérationnelle, des dommages commis à la capacité de l’armée israélienne de tirer les leçons des enquêteurs et des dommages, aussi, essuyés par la confiance des militaires dans l’institution chargée de l’enquête ».

« Nous appelons les médias et les usagers des réseaux sociaux à attendre la fin des investigations et à faire preuve de la retenue nécessaire dans ces circonstances tragiques », ont-ils ajouté.

Le chef du Commandement central de l’armée israélienne, Yehuda Fuchs, sur le site où le sergent Nathan Fitoussi (encart) a été tué par un tir ami à côté de Tulkarem, une ville de Cisjordanie, le 16 août 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Selon l’enquête préliminaire, le militaire qui a ouvert le feu a respecté les procédures de tir en vigueur. Selon ces règles, le suspect doit faire l’objet d’une mise en garde verbale initiale le sommant de s’arrêter ; cette mise en garde est suivie par un coup de semonce. Les soldats ne sont autorisés à ouvrir le feu que s’ils ont le sentiment que le suspect représente une menace mortelle.

Fitoussi avait fait savoir à ses camarades du poste de garde dans lequel il se trouvait qu’il allait prier et qu’il reviendrait rapidement. Mais à son retour, l’un de ses camarades « a ouvert le feu en sa direction après s’être plié à la procédure en vigueur en cas d’arrestation – avec notamment un coup de semmonce et un tir dans les jambes », a expliqué Ran Kochav, porte-parole de l’armée, au micro de la station de radio Kan dans la matinée de mardi.

Les deux hommes se trouvaient à plusieurs mètres de distance l’un de l’autre pendant l’incident, ont révélé les investigations. Fitoussi a été blessé par deux balles et il est difficile pour le moment d’expliquer pourquoi il a pu être considéré comme une menace au moment du drame.

Selon la Douzième chaîne, qui n’a pas cité ses sources, l’une des hypothèses prises en compte dans le cadre des investigations est que Fitoussi a bien entendu les appels lancés par Aleph et que, pensant qu’ils s’adressaient à un autre suspect, il aurait couru pour lui venir en aide.

L’enquête s’efforce de déterminer comment ce malentendu fatal s’est déroulé, la raison pour laquelle le tireur a confondu Fitoussi avec un suspect alors qu’il savait que le jeune soldat était parti prier et qu’il devait revenir, et la raison expliquant également pourquoi Fitoussi n’a pas obéi aux coups de semonce lancés et qu’il ne s’est pas identifié face à son camarade.

Les parents de Fitoussi ne nourrissent aucun ressentiment à l’égard du militaire qui a mortellement blessé leur fils, a confié un ami de la famille aux journalistes, mardi.

L’avocat général de l’armée a émis un communiqué au nom du soldat, au début de la semaine, disant que ce dernier avait « suivi les ordres et les instructions ».

Au début de l’année, deux militaires appartenant à une unité de commando ont été tués dans un incident similaire survenu dans la Vallée du Jourdain, en Cisjordanie.

Emanuel Fabian a contribué à la rédaction de cet article.

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