Un descendant d’Alfred Dreyfus promu lieutenant-colonel au sein de l’armée israélienne
Une cérémonie militaire d'une portée symbolique s'est tenue récemment à Jérusalem, sous la direction de la générale de division Orly Markman, présidente de la Cour militaire d'appel
Près de 130 ans après la condamnation inique d’Alfred Dreyfus, qui devrait attendre de longues années avant sa réhabilitation, Uriel Dreyfus, l’un des descendants directs du capitaine juif de l’armée française, vient d’être promu lieutenant-colonel de Tsahal, a annoncé l’armée israélienne.
Uriel Dreyfus, l’un des descendants directs du capitaine juif de l’armée française, porte un nom qui a fait l’histoire de France, mais aussi celle d’Israël. On se souvient en effet de la présence de Théodor Herzl à Paris au moment du procès d’Alfred Dreyfus, et de l’influence directe de « l’affaire » et de l’antisémitisme virulent qui s’exerçait en France à la fin du 19e et au début du 20e siècle sur l’émergence du sionisme.
Alfred Dreyfus, alors officier d’artillerie, est injustement accusé d’avoir transmis des secrets militaires à l’Allemagne. Malgré l’absence de preuves tangibles, il est condamné lors d’un procès marqué par un climat de haine antisémite virulente, orchestré notamment par une presse nationaliste déchaînée. Le 5 janvier 1895, dans la cour de l’École Militaire à Paris, Alfred Dreyfus subit une dégradation publique humiliante. Devant une foule scandant des slogans haineux, ses galons sont arrachés de son uniforme et son épée est brisée, avant qu’il ne soit déporté au bagne de l’Île du Diable, en Guyane française, où il passe cinq années dans des conditions atroces.
Lors de sa promotion, le lieutenant-colonel Uriel Dreyfus a tenu à souligner ce lien indéfectible avec son ancêtre, affirmant porter sur ses épaules le poids de deux histoires qui se rejoignent. « Il y a plus de 130 ans, sur une place à Paris, les galons du capitaine Alfred Dreyfus ont été arrachés de son uniforme et son épée brisée », a-t-il rappelé avec émotion.
Les galons recousus
Il a ensuite décrit comment, dès son incorporation dans Tsahal, il a eu pleinement conscience que chaque grade obtenu représentait une étape dans la réparation de cette injustice passée.
Pour lui, ce moment n’est pas seulement une réussite personnelle, mais le signe que « les galons arrachés dans la honte sont désormais recousus avec fierté sur l’uniforme de Tsahal, au sein d’un État juif souverain ».
Le discours d’Uriel Dreyfus a également établi un parallèle entre les épreuves subies par sa famille et les défis auxquels fait face l’État d’Israël aujourd’hui. Il a évoqué la mémoire du 7-Octobre, soulignant que l’histoire du peuple juif continue de s’écrire dans la douleur et la résilience. « Ces dernières années ont été parmi les plus difficiles de nos vies », a-t-il dit en rendant hommage aux camarades, subordonnés et commandants tombés au combat. Selon lui, la détermination de ses ancêtres doit servir de boussole face aux menaces actuelles, qu’il s’agisse des missiles, du terrorisme ou des campagnes de désinformation internationales qui visent à délégitimer Israël.
En sa qualité de juge militaire en Cisjordanie, Uriel Dreyfus a insisté sur l’importance cruciale du système judiciaire au sein de l’armée. Il considère que les tribunaux militaires constituent la « colonne vertébrale de la démocratie israélienne ». Il a défini sa mission comme la protection d’un espace sacré « où les mots sont plus forts que les balles et où la vérité est l’autorité suprême ».
Une quête de vérité qui fait écho au combat acharné mené par la famille Dreyfus et ses soutiens, tels qu’Émile Zola, pour obtenir la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus en 1906.
Cette promotion intervient alors que la France a récemment rendu hommage à la mémoire du capitaine, le promouvant à titre posthume au grade de général de brigade, tandis qu’Emmanuel Macron décidait en 2025 de faire du 12 juillet une journée de commémoration nationale « pour Alfred Dreyfus, pour la victoire de la justice et de la vérité contre la haine et l’antisémitisme ».
Le fait qu’un descendant de Dreyfus atteigne le rang de lieutenant-colonel (le grade final occupé par Alfred Dreyfus à la fin de sa carrière) sous l’uniforme d’une armée juive indépendante revêt une dimension symbolique qui dépasse les frontières nationales.
Pour Uriel Dreyfus, c’est l’affirmation que le peuple juif n’est plus une victime impuissante face à l’arbitraire, mais un peuple capable d’administrer sa propre justice dans son propre État.
Comme l’a résumé l’officier devant ses pairs : « Nous survivrons et nous l’emporterons, car nous n’avons pas d’autre pays ni d’autre armée ».







