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Un Franco-Kurde condamné à 20 ans de prison pour le meurtre du petit ami de sa fille

"Ce dossier brasse de vrais enjeux de société", qui ont "trait à la place des femmes, la question du vivre ensemble", a résumé l'avocat général Michel Mazars.

Illustration : des livres de droit et un marteau de juge. (Crédit : Pixabay)
Illustration : des livres de droit et un marteau de juge. (Crédit : Pixabay)

Muhittin Ulug, un restaurateur franco-kurde, a été condamné jeudi à 20 ans de réclusion criminelle en France pour avoir massacré le petit-ami de sa fille à coups de couteau en 2014, après avoir surpris le couple nu au domicile familial.

L’avocat général avait, lui, requis 30 ans pour cet acte « barbare » devant la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais, dans le nord de la France.

Muhittin Ulug, 52 ans, comparaissait pour avoir tué en juillet 2014 Julien Videlaine, 20 ans, dans un « véritable déchaînement de violence », le frappant de « 19 coups de couteau », même « lorsqu’il était à terre », pour « la simple raison (…) qu’il venait sans doute d’avoir des relations sexuelles avec sa fille », a résumé l’avocat général Michel Mazars.

Même le directeur d’enquête de la police judiciaire « n’avait jamais été confronté à une telle scène ».

« Ce dossier brasse de vrais enjeux de société », qui ont « trait à la place des femmes, la question du vivre ensemble (…) C’est la promesse républicaine que ça questionne », a lancé Michel Mazars.

L’accusé, lui, assurait depuis son arrestation qu’il a cru protéger sa fille d’un agresseur. « J’ai perdu l’esprit », croyant ma fille « en danger », a-t-il encore répété mercredi, racontant être rentré plus tôt, dans leur pavillon de Nogent-sur-Oise (au nord de Paris), car la jeune femme de 19 ans ne répondait pas au téléphone. Trouvant les portes fermées et une fenêtre ouverte, il aurait « paniqué ».

La vérité « est dans la parole de sa fille » après le drame, a estimé Michel Mazars. Blessée à la main, cette dernière jure alors aux policiers avoir tenté de s’interposer entre son père et Julien, qu’elle aimait et voyait contre la volonté de ses parents.

Elle évoque alors le traditionalisme de son père, qui interdisait à ses filles toute relation amoureuse et l’avait menacée de mort si elle désobéissait. Placée sous protection policière, elle a un temps vécu en foyer.

À la barre, elle s’est accablée mercredi, affirmant, en larmes, être la « seule responsable » pour n’avoir « pas fait les choses dans les règles » de sa famille.

Muhittin Ulug s’est comporté « comme un lâche » en fuyant en Turquie, dont il ne sera extradé qu’en 2019 après un long combat de la famille Videlaine, a asséné encore l’avocat général.

« C’est l’acte d’un homme qui est devenu fou », en voyant sa fille « nue avec un inconnu », qui a voulu « effacer cette scène », a plaidé pour la défense Me Frank Berton.

« On est le produit de sa culture », tente-t-il d’expliquer. « Il est fruste. Une ‘capacité intellectuelle limitée' », insiste-t-il. « On parle de ‘crime d’honneur’, mais il n’y a pas d’honneur à tuer un homme ». Dans le box, l’accusé acquiesce, en larmes.

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