Un guérisseur israélien traite Parkinson par la parole et la danse
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« La biologie, c’est la même chose que les sentiments »

Un guérisseur israélien traite Parkinson par la parole et la danse

Alex Kerten a aidé des milliers de parkinsoniens à retrouver une vie normale avec une méthode non conventionnelle reliant le corps et l’esprit

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Alex Kerten (Crédit : Debbie Zimelman)
Alex Kerten (Crédit : Debbie Zimelman)

Quand le cadre hollywoodien de 68 ans Michael Wiese a été diagnostiqué de la maladie de Parkinson il y a huit ans, il a accepté ce que ses médecins lui ont dit, que c’était une maladie neuro-dégénérative progressive, et que sa vie n’irait qu’en empirant.

Rapidement, il est devenu bossu et a connu des tremblements pendant toute la journée. Il ne pouvait plus jouer de piano ou boutonner sa chemise, et est devenu si déprimé qu’il ne quittait plus que rarement sa maison.

Wiese, qui édite également des scénarios et des livres de spiritualité (« Le voyage d’un auteur » est l’un de ses titres les plus connus) a commencé à chercher des thérapies alternatives et a entendu parler d’un homme en Israël, Alex Kerten, qui a développé une thérapie corps et esprit pour la maladie de Parkinson, nommée gyro-kinétique.

« Il est allé en Israël il y a deux ans », raconte David Brinn, directeur de la rédaction du Jerusalem Post et co-auteur d’un nouveau livre écrit avec Kerten : « Au revoir Parkinson, bonjour la vie ! ».

« En une semaine, il avait changé sa vie. Ses symptômes avaient immédiatement diminué, et il est revenu deux fois en Israël depuis, et a maintenu ses symptômes à distance depuis. »

Wiese était si content qu’il a dit à Kerten qu’il aimerait publier un livre décrivant sa technique. Wiese a présenté Kerten à Brinn, qui est devenu co-auteur du livre, et en décembre 2015, « Au revoir Parkinson, bonjour la vie ! » est arrivé dans les librairies d’Amérique du Nord.

Le livre est une combinaison d’idées médicales et psychologiques sur la maladie de Parkinson, ainsi que d’exercices pratiques de respiration, de relaxation et de danse. « Il y a eu un changement remarquable en moi et dans la façon dont je vois la vie », déclare Wiese.

Changer vos scénarios

Kerten vit et travaille dans une jolie maison d’une rue calme d’Herzliya, près de Tel Aviv. Son regard est intense, et la première chose qu’il fait quand il rencontre un nouveau client est d’étudier sa respiration, ses expressions faciales, son langage corporel et sa posture.

Souvent, le client est en état de choc parce qu’il vient d’être diagnostiqué de la maladie de Parkinson.

« Je demande quel degré de Parkisnon ils ont, et à quel point le problème qui les amène est lié à ce Parkinson, a-t-il raconté au Times of Israel. La personne ne parle pas de cela avec moi, ils ne disent que ‘Parkinson Parkinson Parkinson’. Mais son corps me dit qu’il ne dit pas la vérité. Je demande ‘Quelle est la vérité ? Qu’est ce qui a amené ce Parkinson ? Quel est le point où le Parkinson a commencé ?’ »

L'entrée de la clinique de Kerten à Herzliya (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israel)
L’entrée de la clinique de Kerten à Herzliya (Crédit : Simona Weinglass/The Times of Israel)

Kerten dit que la source de la maladie remonte souvent aussi loin que pendant l’enfance.

« Peut-être sa mère n’a-t-elle jamais montré ses sentiments, elle était très mathématique. Peut-être y avait-il des problèmes entre un frère et une sœur à cause de schéma comportemental de la famille. »

Cette approche psychologique n’est vraiment pas conventionnelle, explique Brinn. Malgré des décennies de recherche, la cause de la maladie de Parkinson n’a pas été établie, et beaucoup de chercheurs pensent qu’il s’agit d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Kerten pense qu’en plus, Parkinson est déclenché par le comportement, quand un patient épuise pendant des années son système nerveux via un état d’esprit et corporel anxieux.

« Si vous êtes diagnostiqués d’un Parkinson et allez chez le médecin, il ne va jamais vous demander pourquoi vous pensez que vous avez un Parkinson, fait remarquer Brinn. Cela serait la dernière question qu’un médecin poserait. Mais c’est la première question que pose Alex. »

Etonnamment, plutôt que d’offenser le patient, la question suscite souvent des flashs d’idées. « Je n’ai jamais été autorisé à m’exprimer », dit l’un ; « Je ne me sens pas respecté par ma famille et par mes pairs. » « La panique que je ressens n’est pas vraiment sur Parkinson, c’est la panique que j’ai ressentie toute ma vie. »

« C’est son charme en quelque sorte, sa compétence et son talent, explique Brinn. Il peut regarder les gens et voir si quelque chose les ennuie, regarder dans leurs yeux et regarder leur silhouette et comprendre d’où ils viennent, et c’est comme ça qu’il aide les gens. »

Kerten mène les patients à comprendre que tout le monde est un acteur, et beaucoup d’entre nous ne sont pas conscients que jouer sans scénario place nos corps dans un perpétuel mode de combat ou de fuite.

« Si je suis en colère, j’acquiers la forme d’une personne en colère, je respire en colère, j’ai une expression de colère, mon pouls est en colère et tout mon système nerveux autonome est en colère, explique Kerten. Si j’ai peur, je prends la forme d’une personne qui a peur. Après un moment, cela devient automatique. »

David Brinn et Alex Kerten (Crédit : Debbie Zimelman)
David Brinn et Alex Kerten (Crédit : Debbie Zimelman)

Quand un patient vient à lui dans les stades précoces ou moyens de la maladie, Kerten dit qu’ils peuvent présenter les symptômes de quelqu’un avec un stage avancé, alors qu’en fait ils ne sont pas si malades. Cela est causé par l’anxiété, et également parce qu’une fois qu’on leur a annoncé qu’ils avaient Parkinson, ils commencent à jouer le rôle d’une « personne avec Parkinson », ils présentent des tremblements, des mouvements lents et une rigidité musculaire.

Par des conversations et des mouvements, Kerten est capable d’aider un patient typique qui se perçoit lui-même comme « Parkinson à 80 % » à réduire ses symptômes à « Parkinson à 20 % », ou moins.

« Parkison a des schémas comportementaux. La maladie affecte votre expression, votre respiration, votre digestion et la façon dont vous parlez avec vos mains. Si une personne n’en est pas consciente, elle devient de plus en plus parkinsonnienne, jusqu’à ce qu’elle se comporte comme si elle avait Parkinson. Nous ne laissons pas, avec la gyro-kinétique, le corps aller dans ces schémas comportementaux pour que l’effet placébo du corps empêche de trop se développer. »

Parkinson, affirme Kerten, ne tue pas. « Ce n’est pas la sclérose latérale amyotrophique, qui est une maladie terminale du système nerveux. C’est devenu une maladie chronique. Et quand c’est chronique – comme les migraines – la personne a des attaques. Et s’ils savent cela, ils peuvent le changer. »

Un Forrest Gump israélien

Brinn décrit Kerten comme un « Forrest Gump » israélien parce que sa vie s’est retrouvée au croisement de beaucoup de moments historiques.

Kerten est né de parents survivants de l’Holocauste en 1945, dans un Israël pré-étatique. Il a passé son enfance à Istanbul, où son père était stationné en tant que diplomate israélien.

Adolescent, il jouait de la guitare dans un groupe qui accompagnait des stars internationales comme Harry Belafonte et Marlene Dietrich pendant leur visite dans l’Etat nouveau-né. Dans l’armée israélienne, il a servi dans la force des opérations spéciales, puis a vécu au Japon pendant quelques années, étudiant les arts martiaux et accumulant sept ceintures noires.

Ensuite, de retour en Israël, il a étudié les mouvements de guérison à l’institut Trager et enseigné la guérison holistique pour la caisse maladie Maccabi.

Il a développé la gyro-kinétique il y a 25 ans en utilisant son expérience de la musique, des arts martiaux et de la guérison et se voit envoyer des patients par des médecins des plus grands hôpitaux israéliens. Il a même une cohorte substantielle de patients étrangers.

La Dr Marieta Anca-Herschkovitsch, directrice de la clinique des pathologies du mouvement de l’hôpital Wolfson de Holon a écrit dans l’introduction de son livre que « beaucoup de méthodes alternatives ont été développées pour traiter Parkinson en utilisant le mouvement, mais personne n’a réussi comme lui ».

Le Dr Marieta Anca-Herschkovitsch, directrice de la clinique des pathologies du mouvement, à l'hôpital Wolfson de Holon (Crédit : Debbie Zimelman)
Le Dr Marieta Anca-Herschkovitsch, directrice de la clinique des pathologies du mouvement, à l’hôpital Wolfson de Holon (Crédit : Debbie Zimelman)

Mais mis à part les centaines de clients qui paient au fil des ans, y a-t-il une preuve que la méthode de Kerten fonctionne ?

« Non, il n’y a pas de preuve scientifique, dit Brinn. Mais l’activité aide les patients Parkinson, c’est une grande partie de ce que fait Alex. »

En effet, la fondation nationale américaine de la maladie de Parkinson recommande au moins 2h30 d’exercices par semaine pour les patients atteints de la maladie.

« Et je pense que cela va au-delà de l’effet placebo – il aide les patients à travailler sur leurs problèmes à propos d’avoir Parkinson, c’est en partie psychologique et en partie tout l’ensemble esprit – corps. Vous avez été capable d’en parler, et quelque part cela allège votre poids. »

En effet, les scientifiques savent depuis longtemps que simplement croire à un traitement peut avoir des effets physiques réels sur le corps, et c’est ce qui est couramment décrit comme l’effet placébo.

De nouvelles recherches montrent que même les patients à qui l’on dit qu’ils reçoivent un placébo voient une réduction de leurs symptômes, ce qui signifie qu’il est assez de croire à l’effet placébo pour que celui-ci fonctionne. Dans un essai du New Scientist, la journaliste Jo Marchant va plus loin, ajoutant que simplement « penser positif » a des bénéfices tangibles pour la santé.

« L’optimisme semble réduire l’inflammation causée par le stress et les niveaux d’hormones du stress comme le cortisol. Il pourrait aussi réduire la susceptibilité aux maladies en refroidissant l’activité du système nerveux sympathique et en stimulant le système nerveux parasympathique. Ce dernier gouverne ce qui est appelé la réponse ‘repos et digestion’, l’opposé du combat ou de la fuite. »

Une autre technique que Kerten enseigne aux gens est d’être si conscient de son corps, de sa respiration et de son battement cardiaque qu’ils peuvent éteindre leur réponse au stress à volonté.

« Je n’ai pas Parkinson, mais cela m’aide avec ma connexion esprit – corps, dit Brinn. Si je m’inquiète pour l’argent, je suis capable de le mettre de côté et de revenir à mon état d’équilibre. Cela ne s’en va pas, mais je m’inquiète moins. »

Transparence totale : j’ai rencontré Kerten tout en ayant une douleur au dos, et après une heure de conversation, mes symptômes avaient diminué.

Kerten n’est pas pour jeter ses médicaments, mais pour les prendre en tandem avec la gyro-kinétique. Ensuite, une fois que vos symptômes ont diminué, vous pouvez retourner voir le médecin et réduire votre dosage. C’est la clé, parce que Kerten pense que beaucoup des symptômes de Parkinson dérivent en fait des médicaments.

Kerten conseille à quiconque achète son livre d’avoir également une séance en face-à-face avec un thérapeute proche de chez lui pour qu’il puisse commencer à comprendre comment la psychologie et la biologie interagissent.

« La biologie, c’est la même chose que les sentiments », dit-il.

Il y a aussi une vidéo d’exercice de six minutes sur YouTube et Kerten offre la première consultation de 30 minutes sur Skype pour les personnes qui sont loin.

Kerten pense que chacun peut tirer parti de son livre, même les personnes jeunes et en bonne santé.

« Notre vie est comme un livre – chaque jour une page s’en va. Si vous n’utilisez pas vos pages correctement, vient un moment où vous dites, ai-je vraiment vécu la vie ou ai-je subi ma vie ? La souffrance devient chronique. Vous n’avez pas besoin d’être malade pour connaitre la gyro-kinétique. Vous devez ressentir votre corps et écouter votre corps. »

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